Ils sont 27 étudiants de deuxième année du programme d’études Social Work de l’Université de Maurice (UoM) à suivre un stage de six semaines à la Citizen Support Unit (CSU) et au Citizen Advice Bureau (CAB). Portés sur le travail social, ces jeunes veulent aider à développer une société meilleure en offrant leur soutien à ceux qui en ont besoin. Cela dit, pour eux, être travailleur social est inné et dans l’âme, sous peine le service offert ne soit alors pas authentique.
Après deux semaines de formations à la CSU et dans les CAB à travers le pays, ces jeunes étudiants ont été exposés au travail social sur le terrain. Ils ont été conviés au bureau de la CSU, à Port-Louis, pour partager leurs expériences de ces deux dernières semaines. Girty Eléonore, Assistant Citizen’s Advice Bureau Coordinator, soutient ainsi que le travail social n’est pas seulement réservé aux ONG. « Ce stage est une pépinière pour que nous puissions former les futurs professionnels », dit-il.
« À travers leur stage, ces jeunes ont appris comment certains problèmes sont résolus. En rencontrant l’équipe de l’innovation, de la communication, du monitoring et de l’évaluation, ils peuvent prendre conscience de la manière dont les objectifs sont atteints », fait-il ressortir en ajoutant que « ce stage permet aux jeunes de travailler avec un esprit plus ouvert ».
En ce moment, ces 27 jeunes sont dans les bureaux du CAB et participent à des réunions de la Task Force. « Ils comprennent l’utilisation de la technologie pour aller plus loin », ajoute encore Girty Eléonore, qui fait ressortir que ce stage permet de leur faire comprendre que « le travail ne consiste pas à s’asseoir tout au long de la journée, mais d’être productif sur leur lieu de travail ». Grâce à ce stage, « ils apprendront comment éviter de juger les autres et à respecter l’éthique ».
Ce stage fait partie du programme d’études de ces 27 étudiants. Après eux, la CSU accueillera d’autres jeunes issus d’autres universités.
KENNY ELÉONORE :
« Un travailleur social ne doit pas se focaliser sur son intérêt personnel »
Kenny Eléonore, 22 ans, a suivi les traces de son père, aussi actif dans le social. Comme ce dernier, ce jeune dit avoir toujours voulu être au service des autres. « J’ai choisi le Social Work à l’UoM, car c’est un domaine que je connais. En effet, le travail social est inné dans ma famille. Avant que mon père ne débute professionnellement dans le secteur du travail social, il aidait les gens de Cité La Cure, où nous habitons. Et à chaque fois que j’ai vu mon père aider les autres, j’ai voulu faire la même chose », soutient-il.
Kenny Eléonore explique que son choix de Social Work à l’UoM a été très naturel. À travers ce cours, il veut maîtriser des outils pour pouvoir aider les gens à différents niveaux. Lors de son stage à la CSU et dans les différents CAB, il dit ainsi avoir compris comment le travail social se pratique sur le terrain. « Cela a été l’occasion de tester nos connaissances », dit-il. Il ajoute avoir appris comment approcher les personnes ayant besoin de soutien.
En dehors de ces études, Kenny participe aussi aux œuvres sociales d’ONG de sa région, lesquelles « n’ont pas assez de fonds », selon lui. « De ce fait, elles dépendent des autorités et d’autres partenaires pour pouvoir réaliser leurs projets. »
Cela dit, « faire du social n’est pas donné à tout le monde », pense-t-il. « L’une des valeurs à avoir est l’empathie. Cette valeur est essentielle et doit être encouragée, car le contact humain se perd. » Durant son stage de deux semaines, il explique avoir été à Sainte-Croix et à Montagne-Longue, où il a pu aider les habitants.
Après ses études, le jeune homme souhaite intégrer le service public. Après quoi, il aimerait s’engager en politique, car il pense avoir la capacité de pouvoir changer les choses « une fois dans une sphère élevée ». Car si, pour lui, le travail social « nécessite du financement », cet engagement réclame « surtout du volontariat, qui ne coûte rien ». Un travailleur social, dit-il, « ne doit pas se focaliser sur son intérêt personnel, mais doit intervenir dans des combats qui lui tiennent à coeur ».
TANAYAA SEEBORUN :
« Le travail social est ma passion »
Inspirée par le travail de sa grand-mère et sa grande cousine, Tanayaa Seeborun, 21 ans, dit avoir été un peu poussée vers les cours de Social Work par ses proches. Si elle dit avoir choisi d’autres programmes, le cours de Social Work était cependant sa priorité.
« Le travail social est une manière de m’exprimer. Dans la vie, nous rencontrons des gens qui ont des difficultés et qui n’arrivent pas à combattre leurs problèmes. Mais les travailleurs sociaux sont présents pour les aider. Ils sont des guides », dit-elle. Ainsi, après deux semaines de stages, elle dit avoir appris notamment comment utiliser le portail de la CSU. Mais elle a aussi aidé son CAB Organiser à trouver des solutions à certains problèmes rencontrés.
À ce sujet, elle explique avoir par exemple rencontré une dame âgée que le neveu voulait mettre à la porte. « Nous avons aidé cette personne et nous l’avons guidée vers les bureaux appropriés. Nous avons aussi fait notre part du travail. Elle a pu résoudre son problème et est revenue vers nous pour nous remercier », dit-elle. Ce qui lui a provoqué beaucoup d’émotion, dit-elle. « Je ne m’attendais pas à ce que cette dame revienne vers nous pour nous remercier », dit-elle.
Pour autant, elle explique que même si elle est de nature empathique, elle doit aussi faire preuve d’une certaine « solidité intérieure face à ceux qui souffrent ». La jeune femme fait d’ailleurs aussi du social durant ses heures libres. Et une fois ses études terminées, son rêve est de se joindre à une ONG s’occupant des femmes battues. « J’ai vu ces problèmes chez moi, et cela me tient à coeur. Je comprends la douleur de ces femmes et de leurs enfants », avoue-t-elle. Elle demande d’ailleurs aux femmes violentées de « ne pas avoir peur de dénoncer ces actes de violences ». Son choix de carrière, Tanayaa Seeborun ne l’a pas pris pour l’argent, dit-elle, « mais plutôt pour ma satisfaction personnelle ».
HESHNI GHUNOWA :
« Le travail social me rend heureuse »
Heshni Ghunowa est en deuxième année d’études et a choisi le Social Work car le travail social la rend heureuse. « J’ai toujours été inspirée par mon père, qui est un travailleur social. À chaque fois que les gens venaient chercher de l’aide chez moi, il n’hésitait jamais à les aider. Il n’en attendait rien, juste des bénédictions qu’il obtiendrait en aidant les autres », dit-elle.
Heshni fait ressortir que peu d’étudiants choisissent ce cours à l’UoM. Or, pour elle, cette formation a « toute son importance, étant donné que la société dans laquelle nous vivons est minée par beaucoup de problèmes ». Elle prend notamment exemple sur des personnes souffrant de problèmes mentaux. « Un travailleur social aide ceux qui sont dans ces souffrances. À quoi sert-il de ne pas vivre une vie correctement ? »
Heshni Ghunowa dit aussi avoir noté que beaucoup de personnes ayant des problèmes ne viennent pas de l’avant « de peur d’affecter leur image ». Durant son stage, elle dit avoir appris « comment travailler avec les personnes rencontrées, en nous mettant dans leur peau ». Si elle dit vouloir être « très utile aux autres », elle avoue cependant qu’elle a un défaut : le fait « d’assimiler les émotions rapidement », ce qui est une faiblesse, selon elle. « Je dois travailler dessus », fait ressortir la jeune fille.
À la fin de ses études, Heshni Ghunowa souhaite travailler dans une ONG. Après quoi elle compte en ouvrir une « pour s’occuper du bien-être des personnes âgées, car beaucoup d’entre elles sont abandonnées par leurs proches ».
MEHRINE YARALLY :
« Nous ne réalisons pas que tout le monde a une histoire »
Contrairement à ses condisciples, Mehrine Yarally, 21 ans, n’a pas choisi cette filière par affinité, mais parce qu’après avoir fait son HSC, une amie lui en a parlé. « Ce cours correspond à mes valeurs personnelles », dit-elle.
Lorsqu’elle a commencé sa formation, ce qu’elle a appris, dit-elle, a comblé sa soif de connaissances. « De plus, j’aime travailler avec les enfants, et ce cours est un bonus pour moi », ajoute l’étudiante. Durant son stage de deux semaines, elle explique ainsi avoir travaillé sur des projets tels le Backyard Gardening et avoir appris « les rouages du travail social et ses difficultés ».
Et ce n’est pas tout, car durant son cours à l’UoM, elle a aussi appris « à être professionnelle sur le lieu du travail » et « à se dissocier des sentiments des gens ». Ce qui n’aura pas été facile, car elle aura été confrontée à des situations réelles, lui faisant alors comprendre la difficulté de se contenir « face aux problèmes des gens ». Concernant l’empathie justement, elle estime que « cette valeur est essentielle, mais combien de personnes en font preuve ? ».
Mehrine Yarally aimerait que les gens « expriment plus de bonté » et que « les actes de gentillesse soient plus présents ». Elle poursuit : « Nous avons tendance à trop juger les gens sans même les connaître. Nous ne réalisons pas qu’ils ont tous une histoire. » Après ses études, elle compte travailler avec les enfants sur le terrain.

