Malgré les droits des enfants reconnus par plus de 195 pays, les enfants demeurent toujours victimes d’abus. Et l’un des abus qui prend de l’ampleur à Maurice est celui de l’exploitation sexuelle. L’accès facile à la technologie, le manque d’éducation et de suivi familial sont les causes majeures derrière la prolifération des abus.
Menant régulièrement des campagnes de sensibilisation sur le terrain dans le but d’aider à protéger les droits des enfants, l’organisation non-gouvernementale, Halley Movement, dresse un constat triste, pour ne pas dire accablant.
“L’exploitation sexuelle des enfants est une triste réalité à Maurice. C’est un problème très grave pour la population et s’accroît depuis plusieurs années”, affirme Mahen Busgopaul, secrétaire général de Halley Movement, tout en soulignant le phénomène grandissant de la circulation de photos de mineures et de femmes sur la toile cette année en dépit du cadre légal répressif.
Dans son analyse sur cette situation qui s’aggrave, il estime que les facteurs qui contribuent à la vulnérabilité des enfants et des jeunes à l’exploitation sexuelle sont la pauvreté, l’isolement social, la marginalisation, la pression des camarades surtout au niveau de l’adolescence. La facilité pour l’acquisition des équipements technologiques offerts par les parents et le manque de sensibilisation sur l’aspect sont aussi d’autres causes.
Depuis le début de cette année, le nombre de cas d’exploitation des enfants recensés par Halley Movement s’avère être inquiétant. Helpline Mauritius, un service d’assistance de Halley Movement pour venir en aide à ceux qui ont besoin de soutien a enregistré une hausse du nombre de cas d’exploitation sexuelle des enfants lors du premier confinement.
“L’exploitation sexuelle des enfants rapportée chez nous prend différentes formes, entre autres, l’exploitation sexuelle, le trafic des enfants, le chantage émotionnel. Depuis le dernier confinement, Helpline Mauritius a enregistré au moins une centaine des cas. En voyant leurs photos compromettantes en ligne, les enfants ainsi que certaines femmes ont également voulu mettre fin à leurs jours”, ajoute-t-il.
Mahen Busgopaul explique que cette hausse est due à l’utilisation des différentes technologies par les élèves du primaire et du secondaire pour avoir l’interaction sociale qu’ils veulent. “Certaines plateformes peuvent être risquées. Nous avons tendance à discuter avec des gens, par exemple, sur un jeu en ligne et cela vous redirige vers d’autres services où les enfants peuvent être exploités”, dit-il.
Malgré les conseils offerts par Helpline Mauritius, il déplore qu’il n’y a aucune confirmation si ces conseils sont respectés à la lettre. Condamnant les actes qui pourront stigmatiser les mineures, surtout les enfants et ainsi que leurs familles en ces temps difficiles avec la situation du COVID-19, Mahen Busgopaul demande aux autorités et aux familles d’assurer un soutien psychologique à ceux qui sont les plus vulnérables.
Par ailleurs, organisant annuellement le Mauritius Internet Governance Forum, l’objectif de cette année est de voir davantage de cas d’exploitation des enfants rapportés. Pour le secrétaire général, il est important que les gens prennent conscience que le OCSE (Online Child Sexual Exploitation) existe et qu’ils soient attentifs et qu’ils en parlent avec leurs enfants pour qu’on arriver à déceler ces cas très tôt.
De l’autre côté, l’ambassade des États-Unis qui avait organisé une identification et prise en charge des victimes de violence fondée sur le sexe et de traite des êtres humains à Maurice au mois de septembre dernier met en exergue les menaces de la technologie sur les enfants.
“Avec la technologie viennent malheureusement de nouvelles menaces pour les enfants en raison de la facilité d’accès et de communication. Nos lois doivent refléter l’évolution rapide de ces technologies afin de garantir que nos enfants ne restent pas vulnérables à ces nouvelles formes d’exploitation”, soutient Matthew Kohlmann, chef du bureau de la sécurité à l’ambassade des États-Unis pour Maurice et les Seychelles. Il avance que les enfants sont particulièrement vulnérables et nécessitent une attention et des soins particuliers lorsqu’il s’agit des expériences traumatisantes d’exploitation ou de violence.

