Les souffrances de la vie, on en a connu tous. Et celles vécues par Shikha Baichoo Eisenberg l’ont poussée à « transformer ces peines » en des histoires positives. Son livre, intitulé The 8 positive tales from Mauritius, paraîtra d’ici peu. L’auteure tient à apporter de l’espoir à ceux qui n’osent dire leurs souffrances.
Toutes les cases que la société considère « normales », elle les a toutes cochées. « J’avais l’impression de vivre une vie très routinière », avoue Shikha Baichoo Eisenberg. Toutefois, la disparition de deux êtres chers a bouleversé son quotidien de façon inattendue. Ne pouvant continuer à vivre sa vie « de routine », elle a quitté son emploi « très bien rémunéré et sécurisé » dans le secteur financier pour se lancer dans l’entrepreneuriat. « Je cherchais un sens plus profond à mon but dans la vie », dit-elle.
Ainsi, en s’embarquant dans la quête du bonheur, elle s’est posé des questions sur ce qui déprime les gens. « Ce sujet m’a donné une nouvelle détermination dans la vie. J’ai ainsi démarré un programme de bien-être à travers le yoga et la méditation. J’ai réalisé que la méditation a aidé à calmer mon esprit », confie-t-elle. Cette méditation a aussi déclenché en elle le désir de peindre.
Shikha Baichoo Eisenberg explique qu’elle a commencé à peindre quelques illustrations sans aucune planification. Et dans cette voie spirituelle est née sa peinture de “red fody” de Maurice. D’ailleurs, cette peinture figure sur la couverture de son livre. Au fur et à mesure de ses méditations, elle dira avoir noté que ses illustrations ressemblaient à des couvertures de livres pour enfants.
De ce fait, l’auteure lit beaucoup sur la thérapie de l’art. « Nous avons tous un mécanisme d’adaptation en nous qui peut émerger si nous sommes bien guidés et si nous arrivons à le dégager à travers une introspection », fait-elle part. La peinture est sa méditation. Elle s’inspire de la nature mauricienne pour peindre. « Les énergies à Maurice sont très palpables, et les couleurs locales sont une vraie inspiration aux illustrations », souligne l’auteure.
« Ce livre est un cadeau que j’offre. C’est un livre qui touche tout le monde. Les histoires sont très pertinentes et montrent l’importance de communiquer nos sentiments aux autres, et ne pas les enfouir. Et aussi de ne pas prétendre être joyeux quand ce n’est pas le cas », dit-elle. Les illustrations sont très colorées et vives pour que les parents puissent également parler à leurs enfants des sujets dont ils n’ont pas l’habitude de parler, comme l’importance des sentiments, d’être soi-même, de libérer son potentiel et ne pas se comparer aux autres.
« Ce sont des sujets que les parents doivent aborder avec leurs enfants car il existe beaucoup de “peer pressure” et de “bullying” dans les écoles. Il y a aussi beaucoup de choses que les enfants ne disent plus aux parents. De plus, il y a beaucoup de parents qui sont trop occupés à travailler et sont stressés car ils n’arrivent pas à arrondir leur fin de mois. Ce livre est une façon de parler des choses bien plus essentielles et importantes que l’argent et le paraître et tout ce qui est superficiel », fait-elle valoir.
Pour Shikha Baichoo Eisenberg, le Covid-19 est aussi un rappel de l’essentiel. Elle constate que le taux de dépression et de suicide est élevé dans le monde et que certains sujets ne sont même pas discutés dans les familles. Ainsi, plusieurs sont livrés à eux-mêmes. Mais un deuxième décès en septembre de cette année viendra provoquer un autre bouleversement dans sa vie.
Ces deux disparitions inattendues ont créé une sorte d’énergie et de dynamisme chez Shikha Baichoo Eisenberg. « Lorsque j’avais fait expérience de la première perte, j’avais créé un moyen pour m’en sortir. Mais après une deuxième perte, je me suis sentie amputée », révèle-t-elle. Et ainsi, elle a imaginé et écrit histoires, les accompagnant d’illustrations. Ces histoires, dit-elle, ont été écrites suivant le même processus de méditation et de recueillement. « J’ai l’impression d’être un outil de communication. Je ne prends pas le crédit pour les illustrations et les histoires. Je crois qu’il y a un message qui est transmis à travers moi grâce à l’aspect méditatif qui existe dans l’œuvre », dit-elle.
Shikha Baichoo Eisenberg réalise que la vie est courte et qu’il faut aider les gens au lieu de leur faire peur. Elle a aussi suivi un cours à l’université de Pennsylvanie aux États-Unis sur la psychologie positive. Dans sa quête du bonheur, elle a parlé avec des grands du domaine tels Martin Seligman qui est le fondateur de psychologie positive.
En six mois, Shikha Baichoo Eisenberg a réalisé 14 peintures. Et pour ce faire, elle s’est retirée comme un ermite après la fermeture de sa boutique à Grand-Baie La Croisette. Sa boutique, dit-elle, faisait des réparations de cuir, de sacs, de chaussures, de vêtements. Tout le travail que réalisait sa boutique, selon elle, était « dans la durabilité » car elle voulait lutter contre le “mass consumerism”.
« Je voulais changer ma vie mais aussi inculquer à la société l’importance de préserver les choses existantes au lieu de les jeter et acheter sans réfléchir », dit-elle.
Sa boutique a fermé ses portes en décembre 2019. Et pendant le confinement, elle s’est concentrée sur ses peintures. Et lors du naufrage du Wakashio, elle a été tellement bouleversée qu’elle s’est lancée dans la peinture d’animaux en voie de disparition à Maurice. De plus, elle a fait appel à la Wildlife Foundation pour qu’elle puisse verser une partie des fonds qu’elle aura recueillie.
Dans le livre, le lecteur trouvera une histoire sur l’environnement qui montre l’entraide des Mauriciens. L’exemple vient du naufrage de MV Wakashio. Une histoire inspirée d’un amour vrai est aussi incluse. Une autre histoire concerne une fille stressée à cause des examens et qui avait cessé de regarder par la fenêtre. Le pic-pic, un oiseau du pays changera le cours de sa vie. « Chaque illustration est accompagnée d’une morale pour compléter l’histoire », dit-elle. Le livre contient des histoires différentes pour les enfants qui s’apprêtent à aller se coucher.
Selon Shikha Baichoo Eisenberg, les histoires qu’on a l’habitude de raconter aux enfants ne sont plus d’actualité car ces derniers ont évolué. Elle regrette que les histoires actuelles n’aient plus de leçon de morale comme dans le passé. « J’ai voulu apporter à Maurice des histoires qui peuvent être lues par les parents et les enfants », dit-elle. D’ailleurs, elle dit avoir trouvé des gens en larmes après la lecture de son livre.
Shikha Baichoo Eisenberg a utilisé toutes ses économies afin de publier son livre. Ce livre sera vendu à Rs 695 au Bookcourt, à ELP et à Le Coffee-Shop à Floréal. L’auteure part aux États-Unis en février de l’année prochaine pour la distribution de son ouvrage. Un directeur artistique de Netflix a aussi pris contact avec Shikha pour qu’elle fasse connaître son livre. Lors de son séjour aux États-Unis, elle rencontrera plusieurs personnes qui feront la promotion de son livre. Une séance de dédicaces est prévue ce samedi 18 décembre à Bagatelle.
Par ailleurs, toujours dans un souci de préserver l’environnement local, Shikha Baichoo Eisenberg et son époux lanceront bientôt leur entreprise qui se spécialisera dans la transformation des serviettes et draps des hôtels en des produits qui seront vendus dans les boutiques des hôtels.

