2021 aura été une année des plus challenging que ce soit sur le plan humain ou écologique. Nous revenons, dans cette première édition de l’année, sur les événements ayant dominé l’actualité environnementale. Qu’ils furent positifs ou négatifs, une chose est sûre : le Mauricien est prêt à bouger des montagnes pour crier son amour pour son île. Une île en voie de développement, mais à quel prix ? Avec d’un côté les tentatives de bannir le plastique à usage unique et de l’autre, des projets de loi controversés, l’on ose espérer que cette année, au-delà des sempiternelles campagnes de nettoyage et de reboisement, nous aurons aussi droit à une vraie prise de conscience collective, et ce, à tous les niveaux, pour un développement plus durable, plus vert et somme toute plus sain pour notre île.
L’Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020
Le plastique a vraiment la vie dure à Maurice, mais l’on y arrive. Début 2021, l’Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020 interdisant l’usage de 10 produits en plastique à usage unique prend enfin effet. Les industriels locaux ont ainsi eu jusqu’au 15 janvier 2022 pour écouler leur stock de plastique non-biodégradables et à usage unique pour l’industrie agroalimentaire et trouver des alternatives plus ecofriendly. Si tous ont su coopérer, il existe encore des petits malins qui essaient de passer entre les mailles des filets des autorités. Ainsi, dans un communiqué émis durant la semaine, le ministère de l’Environnement met en garde tous ceux qui se sont lancés, et qui pensent à se lancer dans la fabrication de “fake biodegradable/compostable bags”. Uniquement ceux enregistrés auprès du directeur de l’Environnement peuvent fabriquer ce type de produits biodégradables et compostables. Ceux agissant dans l’illégalité sont passibles d’amendes allant de Rs 2000 à Rs 100 000. Tout cas suspicieux doit être rapporté au ministère sur le 203 6200.
En outre, à partir du 1er mars 2021, de nouveaux types de sacs en plastique non biodégradable notamment : les sacs en rouleaux (roll-on) ; les petits sacs (pocket type) couramment utilisés pour les “dholl-puris”, fruits confits, entre autres, ainsi que les sacs transportés par les passagers débarquant à l’aéroport ou arrivant au port contenant leurs achats dans les boutiques hors taxes, et tous ces types de sacs en plastique non biodégradable fabriqués aux fins d’exportation ont éte interdits sous le Environment Protection (Banning of Plastic Bags) Regulations 2020. Et les pailles attachées aux briques de jus et autres ont fait leur exit le 15 avril 2021. Et à partir du 15 janvier 2022, les produits en plastique non biodégradable et à usage unique utilisés par l’industrie alimentaire locale mentionnés ci-dessous seront interdits sous ces mêmes régulations : les gobelets (cups) et bols jetables utilisés uniquement pour l’emballage de produits alimentaires tels que les produits laitiers, yaourts, glaces et desserts ; et les plateaux jetables (barquettes/plastic trays) utilisés uniquement pour le “Modified Atmosphere Packaging (MAP)” de produits alimentaires frais, cuits et précuits tels que les viandes, charcuteries, burgers, fruits de mer et fromages.
La Environment Protection Act (EPA) plus sévère
Toujours en 2021, et dans le cadre de la campagne nationale lancée par le ministère de l’Environnement Ou Zet Salté, Dimounn Li Koz Ou, trois nouvelles amendes ont été fixées sous l’Environment Protection Act (EPA) 2002 concernant le littering and illegal dumping. Ainsi, ceux et celles surpris en train de se débarrasser de déchets domestiques ou commerciaux, de débris de construction, de meubles de maison, de carcasses d’animaux, de déchets médicaux ou même de déchets verts solides ou liquides dans la nature, dans n’importe quel lieu public, dans un canal, drain, lac, dans une rivière ou dans un cours d’eau et de même que dans la rue, sur les trottoirs ou en pleine forêt et sur un terrain abandonné, seront passibles d’une amende de Rs 25 000. Et tout individu attrapé en train de jeter ou de laisser derrière lui des morceaux de papier, des emballages, des couches, des canettes vides et des restes de fruits, en pleine nature, dans un parc national ou dans un jardin public, dans une rivière, dans la forêt, sur la plage, sera passible d’une amende allant de Rs 3 000 à Rs 5 000.
L’Offshore Petroleum Bill
Développer la Blue Economy, oui, mais à quel prix ? Une semaine avant la tenue de la COP26, le gouvernement mauricien, persuadé du “potentiel” de ce projet dans la région, propose l’Offshore Petroleum Bill amené à remplacer la Petroleum Act et qui ambitionne de positionner l’île Maurice comme un “Regional Petroleum hub” dans la région, permettant ainsi l’exploration et l’exploitation pétrolière de notre Zone économique exclusive (ZEE). “The object of this Bill is to repeal the Petroleum Act, a legislation which dates back to the year 1970, and replace it with a new and more appropriate regulatory regime for the conduct of petroleum activities in the seabed and subsoil areas of the maritime zones of Mauritius, such as the prospecting, exploration, retention and production of petroleum.” C’est ce qui est indiqué dans l’Explanatory Memorandum de l’Offshore Petroleum Bill daté du 15 octobre.
Et, malgré les vives réactions de la communauté locale et scientifique, ce projet de loi semble sur la bonne voie pour être voté. D’autant qu’il avait été annoncé en octobre dernier que la compagnie française (Compagnie Générale de Géophysique) CGG — dont l’État a retenu les services, bien en amont de la présentation officielle du projet de loi cette année — a identifié quatre sites potentiels pour l’exploration pétrolière dans la ZEE mauricienne. Affaire à suivre…Vox populi, vox dei : ces manifs citoyennes qui ont marqué l’année
2021 aura connu son lot de manifestations citoyennes. Mauvais point pour les promoteurs de projets controversés, ainsi que les autorités de tutelle, mais bon point pour la démocratie !
La marche du sel contre Legend Hill
En février, plusieurs citoyens, organisations et politiques décident de se rassembler pour la « Marche du Sel ». Ils ont marché de l’église de Rivière-Noire jusqu’au terrain de foot de la baie de Tamarin pour dire “Non !” au projet touchant les Salines et au projet Legend Hill. D’ailleurs, le citoyen engagé Percy Yip Tong, entouré de plusieurs autres habitants de la région, ont manifesté chaque matin, pacifiquement, à l’entrée du chantier de Legend Hill. Et le 24 février, il devait être arrêté sous une charge de “obstructing police”, avant d’être traduit en cour à Bambous et de retrouver sa liberté après avoir payé une caution de Rs 60 000. Par ailleurs, après la Marche du Sel, la demande conjointe de Stop Order des Village Councils de Tamarin et de Rivière-Noire a été déposée le 10 mars. Et ce, après celle déposée par Kemraz Ortoo, conseiller du Village Council de Gros-Cailloux et ancien président du conseil de district.
Face aux critiques et aux nombreuses interrogations quant à l’obtention de permis de construction dans cette zone environnementale sensible, le promoteur de ce projet immobilier s’étalant sur 20 arpents de terre sur le flanc de la montagne de La Tourelle, MJ Développement, affirme avoir obtenu toutes ses autorisations administratives entre juillet 2018 et janvier 2021 (Licence EIA, BLUP infrastructures, BLUP Bâtiment et les diverses Clearances). Legend Hill est aujourd’hui presque complété.
La marche de ReA contre l’Offshore Petroleum Bill
« Oui à la vie, non à la mort ! »
« Lavi, pa lamor ! » Tel était le leitmotiv de la marche pacifique organisée par Rezistans ek Alternativ et la General Workers’ Federation dans les rues de la capitale pour s’opposer à l’Offshore Petroleum Bill.
Une marche “mortuaire”, comme l’ont décrit les organisateurs, et qui s’est voulue avant tout symbolique, au moment même où se tenait la COP26 à Glasgow. Jeunes et moins jeunes se sont ainsi réunis, vêtus de noir, sous le soleil de plomb port-louisien pour tenter de ramener les autorités à la raison.
Fridays for Future Mauritius (FFFM)
Ces jeunes déterminés pour sauver leur île
Ils n’ont jamais arrêté de manifester. Les jeunes de Fridays for future Mauritius (FFFM) en ont dans le ventre et sont déterminés pour faire entendre leur voix. Dans un entretien accordé à Week-End, Soufyaan Timol, jeune activiste, nous disait clairement : “FFFMauritius a deux objectifs: conscientiser la population quant aux problèmes associés au changement climatique, et faire pression sur l’État et le secteur privé pour qu’ils prennent des mesures pour protéger l’environnement et les inciter à mettre sur pied un modèle durable. Nos manifestations servent à réaliser ces objectifs (…) L’histoire de notre pays nous démontre que l’action a un impact. Les droits élémentaires — comme le droit de vote, la pension de vieillesse, la santé gratuite, l’éducation gratuite, les droits des travailleurs — sont le fruit de l’engagement des uns et des autres. On pense notamment à l’activisme de gauche des années 1940 et des années 1980. Il faut le répéter. Le changement climatique n’est pas une fable. C’est un enjeu existentiel. Nous n’avons qu’une seule et unique maison, la Terre. Il faut donc s’organiser et agir. L’avenir de tout un chacun en dépend.”Nos forêts, notre patrimoine
Selon Botanic Gardens Conservation International, Maurice perd ses forêts…
L’état de nos forêts inquiète. Dans le récent rapport State of the World’s trees de Botanic Gardens Conservation International, il est indiqué que Maurice figure seconde parmi les trois pays avec un plus fort taux d’espèces menacées, soit 57%, après Madagascar (59%), alors que le taux en moyenne tourne autour de 11% pour les autres pays du monde. Des chiffres glaçants qui montrent l’urgence d’agir.
À Chamarel, des arbres bicentenaires abattus
À Chamarel, l’abattage d’arbres endémiques dénoncé par les écoactivistes et parlementaires. Ainsi, la députée Joanna Bérenger avait demandé, lors d’une question parlementaire en début d’année au ministre de l’Environnement Kavy Ramano, de mettre un terme à l’abattage des arbres à Chamarel, dont des ébéniers centenaires, pour agrandir la route dans cette localité. Que nenni ! Et ce projet au cout de Rs 367 millions, pourtant très attendu et annoncé en mai 2020, reste controversé du point de vue de l’éthique écologique. Car malgré l’urgence de réparer ce tronçon de route abîmée par l’usure et les intempéries, il n’en est pas moins qu’il s’agit la de l’abattage d’arbres bicentenaires. Par ailleurs, selon plusieurs ONG, il n’y a pas eu de EIA pour ce projet…

