Vikash Ramdonee (UDRRU) : « Nous sommes dans une situation très malsaine pour les étudiants »
Cela fait une semaine déjà depuis que le monde éducatif est en ébullition avec un possible renvoi des examens de School Certificate (SC) et de Higher School Certificate (HSC). Alors que la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, avait annoncé le rapport du comité technique pour mardi dernier, rien n’a été communiqué jusqu’ici.
Étudiants, parents et éducateurs sont dans l’expectative, alors qu’on s’apprête à rouvrir les écoles mercredi prochain pour un troisième trimestre d’enfer, surtout pour ceux et celles prenant part aux examens de fin de cycle au secondaire.
Les différents partenaires déplorent ainsi l’absence de consultations sur ce dossier et souhaitent qu’aucune des parties ne soit pénalisée par une éventuelle décision unilatérale du gouvernement.
Inquiétudes, stress et colère d’une part… Soulagement, attentes et espoir, de l’autre… Les sentiments diffèrent chez ceux qui sont contre et ceux qui sont en faveur du renvoi de ces examens. Le silence radio des autorités ne fait qu’empirer la situation et le monde de l’éducation est en pleine agitation depuis une semaine. Sarah, étudiante en grade 13, devant prendre part aux examens de HSC bientôt, se dit au bord du Burn-Out avec une telle situation.
« La situation a été tellement compliquée depuis le début de la pandémie. J’aurai dû avoir déjà passé mes examens en octobre de l’année dernière, mais on a changé le calendrier scolaire. Avec la fermeture des écoles, il a fallu s’adapter aux cours en ligne et tout le problème que cela comporte. Je ne dors presque pas depuis des semaines pour compléter mes courseworks. Aujourd’hui, je ne sais plus si je dois continuer à ce rythme ou lever le pied. Je suis complètement perdue. Personnellement, je veux en finir une bonne fois », lâche-t-elle.
Cette équation est vécue péniblement par beaucoup d’étudiants et leurs parents. D’autres sont complètement perdus et ne savent pas s’ils seront en mesure de compléter le programme d’études avant le début des examens, prévus à partir du 11 avril, selon le calendrier de Cambridge International Examinations, pour la zone administrative 4. Ce qui est sûr, c’est qu’il semble avoir un consensus des différents partenaires au sujet de la possibilité de tenir les examens en deux temps. Soit en avril/mai/juin pour ceux qui sont prêts soit en octobre/novembre pour ceux qui ne le sont pas. Mais dans la pratique cela est-il possible ?
Après avoir évoqué des craintes pour les étudiants qui ne sont pas en mesure de prendre part aux examens dans la June Series, Gilberte Chung, la directrice du Service Diocésain de l’Éducation Catholique (SeDEC), prône le dialogue. « Notre souhait est qu’il y ait des consultations avant une décision finale », fait-elle savoir Gilberte Chung au courant de la semaine, tout en précisant qu’il n’y avait pas dans le contexte actuel, de solution one size fits all solution. Toutefois, à ce jour, cet appel est resté sans réponse.
Entre-temps, le rapport des techniciens aurait été bouclé et transmis au bureau du Premier ministre. Mais le SeDEC n’est pas le seul partenaire de l’éducation à être dans l’expectative.
Les syndicats des collèges d’État sont également dans l’attente, alors que les classes reprennent dans quelques jours. Une situation que Vikash Ramdonee, secrétaire de l’United Deputy Rectors and Rectors Union (UDRRU) qualifie de malsaine pour les étudiants. Il rappelle que les principaux partenaires, notamment le SeDEC, les collèges d’État et les collèges privés sont unanimes sur le fait qu’il faut donner le choix aux étudiants, mais regrette que le ministère soit en train de négocier dans leur dos.
« J’ai pris connaissance d’une information, à l’effet qu’il y a des négociations avec Cambridge pour le report de ces examens en octobre. Cette information n’a pas été démentie par le ministère de l’Éducation jusqu’ici. La question que je me pose, c’est de quel droit on va demander le renvoi des examens quand les principaux partenaires sont d’accord pour que ceux qui sont prêts passent leurs examens en avril et après pour les autres. Certains disent octobre, mais moi je dirai en avril 2023, car il y a des implications, notamment, des syllabus différents. Et puis, que vont faire les universités locales pour le recrutement si les examens se tiennent en octobre ? On va changer les dates une fois de plus ?» se demande-t-il.
Il déplore également que l’avis des étudiants, les principaux concernés, ne soit pas pris en considération. « J’espère que les parents et les Parents Teachers’ Associations vont assumer leurs responsabilités », renchérit-il. Il se demande également sur quelles données le ministère s’est basé pour réclamer un éventuel renvoi quand les chefs d’établissements des 63 collèges d’État ont relevé que 90% de leurs étudiants étaient prêts pour les examens en avril. « Notre union est en faveur de l’institution d’un comité indépendant pour décider de cette affaire. Nous notons également un silence complet du MES, alors que nous sommes dans une cacophonie généralisée », poursuit-il.
Vikash Ramdonee fait ressortir que la question a aujourd’hui dépassé le cadre éducatif pour se transforme en une question politique. « Ce serait bien que la politique politicaille reste en dehors de cette affaire. La situation est déjà très stressante pour nos étudiants, ne la rendons pas encore plus compliquée. Comme je l’ai dit, nous sommes dans une situation très malsaine où les étudiants, au lieu de se concentrer sur leurs préparations des examens, doivent maintenant se stresser à cause du renvoi ou pas des épreuves», dit-il.
Dans son appel aux autorités, Gilberte Chung a plaidé pour que le choix soit laissé aux étudiants et leurs parents. Elle estime également qu’il faudrait faire un survey pour évaluer la situation, avant une décision finale.
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Angela Ghurburrun (Student Common Front) : « Pourquoi a-t-on attendu la veille des examens pour parler des problèmes ? »
Le Student Common Front avait prévu d’organiser hier soir, une discussion élargie avec environ 200 candidats aux prochains examens de SC et de HSC, pour se prononcer sur le maintien ou le renvoi des examens. Selon la présidente, Angela Ghurburrun : « j’entends beaucoup de personnes parler dans les médias sur le renvoi des examens, mais quand je parle à des étudiants, autour de moi, je constate que tout le monde veut en finir avec les examens. Je pense que le problème vient du fait qu’il n’y a pas de données précises sur le nombre d’étudiants qui sont prêts et ceux qui ne le sont pas. Chacun parle par rapport à ce qu’il voit dans son entourage. »
Cette étudiante, qui fréquente une académie, rappelle que beaucoup de ses camarades et elle-même ont déjà fait leurs demandes d’admission dans des universités étrangères et que cela représente un coût. « Nous avons déjà promis d’envoyer les résultats en août et maintenant, maintenant si je n’ai pas ces résultats qu’est-ce que je vais leur dire ? Ils ne vont pas me donner une place automatiquement l’année prochaine », laisse-t-elle entendre.
De même, elle dit ne pas comprendre pourquoi on a attendu la veille des examens pour parler de ces difficultés. « Alors que nous aurions dû nous concentrer sur nos révisions, nous nous retrouvons dans une situation stressante. Est-ce qu’on ne savait pas avant qu’il y avait des problèmes, que des étudiants n’avaient pas de Device ou qu’on n’allait pas pouvoir compléter le syllabus ? Pourquoi attendre la veille des examens pour parler de ces problèmes ? »
Le Student Common Front procèdera à un vote lors de la discussion en ligne et fera connaître sa position par la suite. Angela Ghurburrun fait également part des difficultés que pourraient rencontrer certains étudiants, notamment le changement de texte de littératures, si les examens sont renvoyés. Déjà, rappelle-t-elle, certains ont dû recommencer à zéro, alors qu’ils avaient déjà complété des textes littéraires, lorsqu’on a changé le calendrier scolaire.
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Un ancien cadre du MES : « Toujours possible de demander un renvoi »
Un ancien cadre du Mauritius Examinations Syndicate (MES), sollicité pour un avis sur la situation actuelle, indique qu’un renvoi des examens est toujours possible, si les procédures sont enclenchées avec Cambridge à temps.
« Il est vrai que nous sommes à deux mois des examens, mais Cambridge acceptera s’il y a une raison valable. Donc, le plus important, si les autorités veulent demander un renvoi des examens de SC et de HSC, est de préparer un dossier solide. Autrement, ce sera trop facile de venir dire par la suite, que Cambridge n’a pas accepté », dit-il. Il rappelle également qu’à la fin de 1981, les examens de SC et de HSC avaient été annulés carrément, en raison de cas de tricherie.
Ce dernier est aussi d’avis que les examens peuvent se tenir en deux parties comme proposé par des partenaires de l’éducation, mais une fois de plus, il faut savoir combien veulent passer les examens en avril et combien veulent le faire en octobre ou l’année prochaine. « Comme je l’ai dit, nous avons encore du temps, mais il faut s’activer pour avoir toutes ces données. À mon avis, si 50% des candidats ne sont pas prêts, c’est énorme. Mais il faut avoir des données sûres. Le plus vite on agit, le mieux c’est. »
Quant à savoir si un renvoi des examens a des implications financières importantes, l’ex-cadre du MES répond par la négative. « Les professionnels de Cambridge sont toujours en train de travailler sur des examens et préparer des questionnaires. On peut même garder les questionnaires exclusivement destinés aux candidats mauriciens pour la prochaine session », conclut-il.
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Lucien Finette (ex-directeur MES) : « Possible d’organiser 2 sessions d’examens »
L’ancien directeur du MES, Lucien Finette, est d’avis que des dispositions peuvent être prises pour que les examens se tiennent en deux parties, soit en avril et en octobre.
« Nous sommes partenaires de Cambridge International Examinations depuis 50 ans et ils doivent comprendre que nous nous retrouvons face à une situation difficile. À mon avis, nous pouvons bien organiser les examens pour ceux qui sont prêts en avril et pour ceux qui ne sont pas prêts en octobre. J’irai même plus loin, en disant que nous pouvons aussi repousser les examens disons à août-septembre, et permettre à tout le monde de prendre les épreuves en même temps. À ce moment-là, ce sera des examens spécifiquement pour Maurice », dit-il.
Lucien Finette soutient que la question financière ne devrait pas constituer une priorité. « Ce serait injuste si nous organisions une seule session en avril ou en octobre, car d’une manière ou d’une autre, il y aura des candidats qui seront pénalisés. Il ne faut pas être égoïste. Avec les deux sessions, nous pourrions attendre la fin de la seconde pour proclamer les lauréats car rien ne dit que tout le monde est prêt parmi ceux qui vont compete. »
Dans tous les cas de figure, il souhaite que le MES enclenche déjà les discussions avec Cambridge en faisant comprendre qu’« il ne faut pas attendre la dernière minute pour aller négocier. »

