En mémoire de Lata Mangeshkar – Reshad Khan Jafferbeg : « Un frein à l’épanouissement de la musique »

Avec ses 55 ans de carrière dans le domaine de la musique, Reshad Khan Jafferbeg accueille la nouvelle du décès de Lata Mangeshkar avec beaucoup de tristesse et garde un très grand souvenir d’elle pour l’avoir inspiré dès son plus jeune âge. Pour lui, cette disparition met « un frein à l’épanouissement de la musique ».

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« Nou tou finn vinn par nou kreater et nou bizin al ver li, nou bizin aksepte sa. Li tris et personelma, se enn gran mankma. Nou pe pass par enn peryod kot boucou bann gran artis pe ale », dira-t-il au Mauricien.

Soulignant qu’il y a un grand nombre d’excellents musiciens, avec chacun son style et son genre, qui occupent le paysage musical mondial, il n’en demeure pas moins que le départ de Lataji constitue un frein à l’évolution de la musique. « Nous continuerons à entendre ce qu’elle a chanté mais nous n’en entendrons pas de nouvelles. Je souhaite que la nouvelle génération continue à l’écouter. » Car pour Jafferbeg : « Il faut que de belles et de bonnes choses nous viennent à l’oreille pour produire. Lataji avait la musique dans la peau et lorsqu’une personne de cette pointure disparaît, c’est un choc pour le monde ».

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Issu d’une famille de musiciens, le jeune Jafferbeg commence à jouer du tabla à l’âge de cinq ans. « J’étais inspiré par mon père, lui-même grand chanteur et les musiciens qui venaient jouer à la maison. » Reshad Jafferbeg est aussi bercé par l’émission Aap ki passan, animée par Abdus Salaam Ahmadi sur les ondes de la radio nationale, tous les jours après 15h. « C’est ainsi que j’ai découvert des chanteurs comme Mohamad Raffi, Mukesh… et la première voix féminine que j’ai rencontrée était celle de Lata Mangeshkar, qui était unique. »

En outre,  Jafferbeg a eu l’occasion d’accompagner une des élèves de Lata Mangeshkar dans les années 70. « C’était une très grande expérience de pouvoir jouer les morceaux de Lata Mangeshkar avec elle dans le cadre d’un programme réalisé par Chandraduth Gokoolsing, un ancien producteur de la MBC, » précise-t-il tout en regrettant que« je n’avais pas eu l’occasion d’aller écouter Lataji lorsqu’elle était venue à Maurice ».

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Reshad Jafferbeg se produit dans des soirées privées, dans des hôtels et des restaurants avec son groupe, le Bahar-e-Mosiki. Cependant, depuis 2019, la troupe ne joue plus dans les hôtels à cause des restrictions liées à la crise sanitaire du Covid-19. Il donne aussi des cours de musique aux enfants et aux jeunes. Il a également une expérience internationale pour s’être produit dans plusieurs pays dont les États-Unis, plus précisément à New York, et en France. Ainsi, pour lui, la musique est universelle et il souhaite qu’on maintienne l’harmonie dans le monde. Il joue de plusieurs instruments : tabla, dolok, naal, derbouka, djembe et harmonium. Il chante également. Il fait de la musique fusion, du ghazal, du Qawalli, et du Bollywood. « Je préfère le ghazal », affirme-il. Le 30 octobre 2021, Reshad Jafferbeg a fêté ses 55 ans de carrière musicale.

« Manque de considération aux artistes »

Lors d’un échange avec Le Mauricien, Reshad Khan Jafferbeg déplore le manque de considération accordée aux artistes à Maurice. « Moris servi bann artis, pa donn zot zot valer », fustige-t-il en pointant du doigt les politiciens qui font appel à eux pour faire leur éloge, notamment en période de campagne électorale. Alors que, dit-il, un artiste doit demeurer au-delà de ces considérations. « La musique est universelle et il n’y a pas de monopole », dit-il.

Reshad Jafferbeg dénonce aussi le compartimentage des chanteurs et musiciens dans le paysage local. Selon lui, « parce que je suis musulman, je peux faire un spectacle à l’occasion de la fête d’Eid, avec le MBC par an ». Or, comme la musique, il se considère universel avec le droit de faire n’importe quel genre de musique et de chanter dans n’importe quelle langue en toute occasion. « L’artiste ne peut pas être un instrument au service des politiciens et du communautarisme. On ne peut pas diviser la communauté des artistes. » Pour lui, ils préservent et disséminent la culture d’un pays. « Quand nous nous produisons à l’étranger, nous représentons notre culture et nous en sommes honorés par les pays hôtes. Malheureusement, notre valeur est peu ou pas reconnue dans notre pays », s’appesantit-il.

Accueillant favorablement le décret de deux journées nationales du gamaat en hommage au défunt Sona Noyan et du seggea en mémoire à Joseph Reginald Topiz, dit Kaya, il affirme : « Kan Noyan ti la, pa ti fer naryen ! Kan Kaya ti la, pa ti fer naryen ! Voila ki konsiderasyon donn artis. »
Reshad Jafferbeg prend l’exemple de l’Inde qui a toujours honoré ses artistes de leur vivant, à l’instar du défunt Lata Lageshkar consacrée plusieurs fois par son pays.

HOMMAGE – Lata Mangeshkar

GOPIO International : « The darkest day of the world of music »

Réagissant au décès de Lata Mangeshkar survenu le 6 février à Mumbai, GOPIO International, par la voix de son président, Mookheswur Choonee, ancien ministre des Arts et de la Culture et ambassadeur de Maurice en Inde, lui rend hommage en ces termes : « Today when India bids adieu to its nightingale of Bollywood, for GOPIO international its the darkest day of the world of music. »
Pour l’association, « she was an unparalleled icon that epitomizes humility, simplicity, grace and greatness ». Il ajoute que : « Lataji a inspiré, aidé et nourri des générations entières avec sa voix angélique. The magic of her voice and her legacy will continue to rule and live in the heart of millions like us in the diaspora for eternity. »

L’IGCIC rendra hommage à Lata Mangeshkar

Le Centre Indira Gandhi pour la culture indienne travaille actuellement sur un événement hommage à Lata Mangeshkar. C’est ce qu’a annoncé le directeur de cette institution indienne opérant sous l’égide du ICCR (Indian Council for Cultural Relations) du ministère indien des Affaires étrangères. « We are still working on it and the date will be announced soon », a-t-il affirmé au Mauricien.
Née le 27 septembre 1929, Lata Mangeshkar est décédée le 6 février de cette année. Playback Singer légendaire du cinéma indien, elle a bercé plusieurs générations de Mauriciens sur une période longue de sept décennies. Lata Mangeshkar avait été admise à l’hôpital Breach Candy de Mumbai après avoir contracté le Covid-19. Elle y est restée presque un mois avant de partir.

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