Après des mois d’escalade et de tension, la guerre tant redoutée a finalement débuté en Ukraine dans la nuit de mercredi 23 à jeudi 24 février avant même la fin de l’allocution du président Poutine annonçant au monde entier « une opération militaire pour défendre les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine ».
Les attaques coordonnées menées sur différents fronts à l’aide de missiles, roquettes, avions de combat et hélicoptères contre les positions ukrainiennes ont fait, dès le premier jour, plusieurs victimes de deux côtés, selon différentes agences de presse sur le terrain.
Plus de 30 ans après l’indépendance de l’Ukraine, État d’Europe orientale connu jadis comme le grenier du continent du point de vue de la production céréalière, le peuple attendait avant tout de ses dirigeants qu’ils jugulent la corruption, rétablissent l’état de droit et redressent la situation financière du pays au bord de l’écroulement. Même le Fonds monétaire international (FMI) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Or, cette guerre risque d’assommer davantage l’économie du pays et de tirer vers le bas la qualité de vie des Ukrainiens. Malgré les efforts infatigables de négociation des dirigeants de l’UE qui craignent l’éventualité cauchemardesque d’un embrasement de toute la région, ce coup d’échec de Vladimir Poutine modifie considérablement la donne sur l’échiquier et redessine la carte des relations internationales.
Pourtant, ces deux républiques phares de l’ex-URSS abritent un seul peuple, séparé par une ligne frontalière mais ayant la même culture, les mêmes traditions et parlant la même langue – tous les Ukrainiens parlent le russe et la langue ukrainienne ressemblant à plus de 90% au russe. Presque chaque famille ukrainienne a un parent ou un proche en Russie et des milliers de personnes de deux côtés, pour des raisons professionnelles ou autres, franchissent chaque jour la frontière dont des étudiants russes de la ville frontalière de Belgorod, qui font le trajet de quelques dizaines de kilomètres pour rejoindre l’université de Kharkiv en Ukraine. C’est dire combien les liens et connexions entre individus, peuples et institutions transcendent la sphère politique mais que la guerre fait toujours voler en éclats.
Par ailleurs, un monde dont les dirigeants des grandes puissances ne peuvent s’entendre pour résoudre leurs différends par la négociation n’est point porteur d’espérance. Menaces, provocations et mises en garde ne font qu’envenimer davantage la situation et aujourd’hui, le spectre d’une 3e guerre mondiale se profile à l’horizon. Et le plus grand perdant ne serait autre que la planète dans son ensemble. Ainsi, ceux qui s’attendaient à la fin de la guerre froide après la chute du communisme au début des années 90 ont vite déchanté. Toutes les conditions étaient pourtant réunies pour l’émergence d’un monde plus sûr et paisible, mais le naturel revenant toujours au galop, les Occidentaux auraient alors rapidement identifié la Russie comme le nouvel héritier de la défunte URSS. Dans quel but, après tout, l’OTAN a maintenu son existence après la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991 si ce n’est que pour mieux isoler la Russie afin de la pousser dans son dernier retranchement ?
C’est effectivement dans cette optique que le bouclier anti-missile de l’OTAN a été déployé en Pologne sous prétexte de lutter contre les « États voyous » dont l’Iran et la Corée du Nord. Pourtant, la signature de l’Accord de Moscou en 1989, prônant le démantèlement du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne n’avait été rendue possible que par l’engagement ferme de George Bush, président américain d’alors, à Mikhaïl Gorbatchev selon lequel les frontières de l’OTAN ne s’étendraient pas d’un pouce vers l’Est. Mais, la suite, on la connaît. Si la frontière de l’OTAN coïncide aujourd’hui avec celle de la Pologne à l’Est, l’adhésion éventuelle de l’Ukraine à l’Organisation signifierait son rapprochement de la frontière russe à l’Ouest. Ce que Moscou veut, à tout prix, éviter, quitte à subir les conséquences d’une guerre de grande ampleur, pour garantir la sécurité de son peuple et son territoire.
La paix entre les hommes, impliquant une énorme volonté et responsabilité au niveau global, est devenue un impératif de survie pour toute l’humanité. Et la crise ukrainienne ne fait pas exception à la règle.
