Le Port-Louis (île Maurice) d’hier et d’aujourd’hui (XXXV) – La dépopulation de Port-Louis : genèse, évolution et dénouement (II)

Port-Louis est une ville plus ou moins calme dans les années 1880. Au cours de cette décennie, Maurice a été administrée successivement par les gouverneurs sir George Bowen (1879-1883), sir John Pope Hennessy (1883-1889) et sir Charles Cameron Lees (1889-1892).

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Sous l’administration de Bowen, Hennessy et Lees, la population de Port-Louis s’élevait à quelque 56 000 habitants. Ce nombre aurait été beaucoup plus élevé si plusieurs milliers de ses habitants n’avaient pas fui, après les épidémies de choléra et de paludisme, vers les parties plus élevées de l’île, vers des endroits comme Curepipe et Rose-Hill dans les Plaines-Wilhems. Cependant, malgré cet exode, la ville de Port Louis demeurait le centre administratif, commercial et d’affaires de l’île. « Port-Louis est resté le centre des affaires et tous les jours, les “émigrants” de Plaines-Wilhems se rendaient en ville par train. » (1)

Le train devenait indissociable de la vie port-louisienne avec tout un train d’activités autour de la Gare centrale (voir le hors-texte). Ceux qui travaillaient dans les bureaux du Mauritius Government Railways à Port-Louis venaient s’installer dans la ville pour être plus près de leur travail. « Lorsque les chemins de fer ont commencé, c’était la pratique d’exiger que le personnel travaillant au siège social à Port-Louis habite dans cette ville. » (2)

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Cette pratique a duré tant qu’aucune menace sanitaire ne guettait la ville. Mais voilà que «vers l’année 1888, l’incidence des maladies dues à la fièvre est devenue si grande que le personnel a été autorisé à s’installer à la campagne et des passes gratuites ont été émises pour leur permettre de se rendre à leurs bureaux à la Gare centrale et de rentrer après le travail. » (Idem) Le mouvement a été suivi par des habitants de Port-Louis. En fait, cette nouvelle vague de « dépopulation » de la ville de Port-Louis s’est poursuivie jusque dans les années 1920 où sa population serait tombée en dessous de 50 000 habitants (contre 70 000 pour les Plaines-Wilhems).

Des innovations matérielles et culturelles malgré tout

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La dépopulation n’a pas empêché Port-Louis de bénéficier de certaines innovations tant matérielles que culturelles au cours des années 1880. Ainsi, sous l’administration du gouverneur sir George Bowen (1879-1883), Port-Louis s’est doté du Mauritius Institute. « Il (le gouverneur sir George Bowen) était un universitaire classique et a aidé à faire adopter des lois pour la fondation du Mauritius Institute. Cela a donné aux sociétés savantes de Maurice un lieu de rencontre ; plus tard, l’Institut a occupé un bâtiment à Port-Louis, abritant plusieurs collections de livres, peintures, fossiles et animaux empaillés. » (3)

Toussaint raconte que « le Mauritius Institute, à la fois musée et bibliothèque publique » a été construit « sur l’emplacement de l’Hôtel de l’Univers, incendié le 24 octobre 1877 ». Et d’ajouter que : « La première pierre en fut posée le 23 novembre 1880. En janvier 1885, le bâtiment était achevé et la magnifique collection d’histoire naturelle réunie par M. Julien Desjardins, qui se trouvait au collège Royal, y fut transférée dans le courant de ce mois. » (4)

Alors que le Mauritius Institute était en construction, sir George Bowen gratifiait Port-Louis de sa première ligne téléphonique. « Ajoutons que c’est sous l’administration de ce gouverneur (sir George Bowen) que fut commencée dans la capitale l’installation du premier réseau téléphonique par l’Oriental Telephone Company… La première ligne téléphonique qui fonctionna à Maurice reliait l’Hôtel du Gouvernement au Réduit, résidence du chef de la colonie, située dans le quartier de Moka. Elle fut inaugurée en janvier 1883. Le 27 juin, l’Oriental Telephone Company reçut la permission d’installer dans la capitale un réseau qui fut inauguré le 29 octobre de la même année. » (Idem)

Ce n’était pas fini. Sous l’administration du successeur de sir George Bowen, le gouverneur sir John Pope Hennessy, l’éclairage à l’électricité faisait son entrée à Port-Louis. « Signalons que le 14 juillet 1884, sous l’administration de sir John Pope Hennessy, un essai à l’éclairage à l’électricité avait été tenté au théâtre principal ; l’année suivante, à la même date, l’éclairage électrique fut inauguré également à l’Hôpital Civil par les soins du gouvernement. » (Idem)

Un centre de vie culturelle très animé

Port Louis est demeuré un centre de vie culturelle animée tout au long des années 1880. Les jubilés et les centenaires étaient célébrés en grande pompe. Des expositions et des processions de toutes sortes donnaient du piment et des couleurs à la vie et attiraient une foule immense.

« Nombre de faits indiquent que la capitale, bien qu’ayant perdu beaucoup de sa valeur intrinsèque, ne continue pas moins à exercer une influence assez considérable. Elle reste toujours le centre nerveux de la colonie. Toutes les solennités s’y déroulent. Ce sont, à cette époque, pour ne citer que les principales… la visite du duc de Manchester, le 29 mai 1884 ; les fêtes du jubilé de la Reine, les 20 et 21 juin 1887 ; la célébration du centenaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1889…

Le jubilé de la Reine et le centenaire de la prise de la Bastille furent célébrés avec un éclat particulier. C’est à l’occasion de la première de ces solennités que furent faits au Port-Louis les premiers essais d’illumination par faisceaux lumineux (flood-lighting). La communauté chinoise, qui avait pris à cette époque une certaine importance, donna l’année suivante, du 19 au 21 juin, de grandes réjouissances en l’honneur de la Reine. Le fameux dragon… fut promené en grande pompe par la ville en cette occasion avec son cortège pittoresque de monstres mythologiques.

Le 14 juillet 1889 donna lieu également à des fêtes splendides… M. Camille Sumeire, directeur de l’Albion Dock, construisit pour la circonstance un modèle réduit de la célèbre Tour Eiffel, qui fut élevé sur la Place du Théâtre… Outre ces réjouissances, il y avait encore les solennités de la Saint-Louis (avec grand-messe, banquet officiel, distribution de vivres aux pauvres de la capitale, réjouissances diverses pendant le reste de la journée et, le soir, une illumination) et de la Fête-Dieu, des expositions, organisées par la Société Royale des Arts et des Sciences, dont deux des plus belles eurent lieu le 26 octobre 1881 et le 3 décembre 1884, le Carnaval des jeunes gens, le Yamçé, les courses, le théâtre, le cirque dont le cirque Bell, le 25 mai 1880… » (Idem)

Bibliographie

1. Toussaint, Auguste, Port Louis, A Tropical City, George Allen & Unwin Ltd, 1973.

2. Jessop, Arthur, A History of the Mauritius Government Railways, Government Printing, Port-Louis, 1961.

3. Barnwell, P.J. & Toussaint, A. A Short History of Mauritius, Longmans, Green & Co., Londres, 1949.

4. Toussaint, Auguste, Port-Louis, deux siècles d’histoire (1735-1935), La Typographie Moderne, 1936.

5. Burrun, Breejan, Le train renaît de ses cendres au pays du dodo – L’histoire du train à l’île Maurice (1864-2019), Editions de l’Océan Indien, 2019.

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