L’UKRAINE EN AVANT-GOÛT : Il était une fois le monde des rapaces

Il était une fois le monde des rapaces, où aigles et vautours dominaient bêtes et races, pour les soumettre tour à tour.

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L’équilibre des géants

Jadis, une confrontation planétaire avait opposé toutes les espèces, leur imposant les affres de la guerre. À l’issue des combats, les vainqueurs se réunirent pour troquer leur peu de vertu, contre l’envie de dépecer les faibles et les vaincus. On s’accorda sur la définition du pré carré de chacun et deux fiers volatiles se couronnèrent seigneurs d’une partie du monde. Tout les opposait, hormis leurs insatiables appétits, leurs froideurs et leurs mépris. Toutefois, malgré quelques tensions localisées, l’équilibre de cette terreur imposée éloigna le spectre d’une rixe généralisée. Et c’est ainsi que passèrent années et décennies.

Les pieds d’argile

À force de s’échiner à affûter son bec et à être plus visible qu’il n’était fort et agile, l’un d’eux s’épuisa tel un colosse aux pieds d’argile. Son empire s’effrita, réduisant à peau de chagrin son prestige d’autrefois. Il vit alors son rival grappiller ses anciennes satrapies, et défiler tel un chacal aux portes de sa patrie. L’aigle bicéphale en fût tant aigri qu’il opta de retrouver son rayonnement d’antan. Il régnait alors sur les ruines de sa grandeur passée et jugulait d’une serre d’acier les plus frondeurs de ses sujets. L’heure avait sonné de rappeler le dicton des aînés, et que « plus un pas en arrière »  ne serait concédé.

La gloire de Bucéphale

Le son du tocsin ressuscita la fibre perdue, en agitant l’espoir de rétablir l’équilibre déchu. Plusieurs fois, l’aigle acculé tempêta en soubresauts, infligeant de violents coups de bec à ses anciens vassaux. Bien qu’affaiblie, la bête n’était pas morte, demeurant habile, fière et forte. Cependant, son ennemi, l’aigle du Kapital, ne tint pas compte des mises en garde, misant sur le pouvoir de son éclat pour éblouir et museler ces agitations hagardes. Confiant en lui et tenté par la sublimation de l’hégémonie, il méprisa les cris de cette nation honnie. Dès lors, cohortes et guerriers furent rassemblés par l’aigle bicéphale. Il enfourcha son destrier et lui promit la gloire de Bucéphale.

Puissance et impuissance

Aveuglé par ses prétentions impérialistes, il tendit son bras pour donner le la et envoyer ses forces au combat. Dans un discours fleuve adressé au monde, il dévoila le visage de son âme furibonde. Il menaça d’irradier sous son arme de feu, quiconque oserait entraver l’avènement de ses vœux. Dépassé par les événements, l’aigle du Kapital réunit ses amis à la hâte, le lion, le coq et la noria de ses satrapes. On se mit à discuter, ébauchant des solutions qui n’en étaient pas et se perdant en allocutions auxquelles on ne croyait pas. Du haut de son assurance et de sa puissance, il dût faire aveu de son impuissance.

Un monde multipolaire

On découvrit que l’équilibre maintenu jusqu’alors était précaire, et ne survivrait pas à un monde devenu multipolaire.  Car dans l’ombre des géants, d’autres avaient pris leur envol et aiguisé leurs dents. Chacun d’entre eux attendait en silence, l’heure d’être assez grand pour hurler son existence. À l’instar des deux mentors qu’ils avaient épiés et suivis, ils clamèrent haut et fort la honte d’être asservis. En porte-étendards des nouveaux insoumis, ils lorgnèrent vers des rêves qu’ils avaient tus ou omis. Croquer son voisin n’était plus une chimère, offrant aux jeunes ogres une foison de terres étrangères.

Des vautours en herbe

La planète courrait à l’anarchie, dans des horreurs à expier, faisait fi des accords comme des « chiffons de papier ». Des décennies d’une paix relative venaient de voler en éclat en une furia explosive. On lâcha les chiens, les loups et les démons, les faibles, les parias et les sans nom. Ils furent envoyés exprimer leur haine à l’abattoir, ouvrant à des millions d’âmes les portes du purgatoire. Prenant la mesure de cette sanguinaire cacophonie, des vautours en herbe firent entendre leurs symphonies. Les puissants aigles de naguère perdirent des plumes ou un trône, abandonnant dans cette guerre leurs fortunes et symboles.

Le cycle du sang

D’autres maîtres prirent le relais de leurs zélés aînés et se proclamèrent les Mercator du nouvel ordre des ailés. Et il en fut ainsi dans le cycle du sang et des larmes, soumettant les âmes à la loi des puissants et des armes. Oui, il en fut ainsi, aussi longtemps que l’homme continua à se prendre pour une bête, oubliant qu’il était homme.

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