Les trois bateaux de pêche taïwanais ont été retirés des récifs de Pointe-aux-Sables et de Bain-des-Dames. Pour autant, les pêcheurs de la région ne sont pas contents, car ils disent avoir constaté de gros dégâts causés à la barrière de corail. Ils invitent le centre de recherches d’Albion à venir faire un constat des lieux. Le Syndicat des pêcheurs envisage de porter plainte à la police dans les jours à venir.
Après le Weng Hung Dar 168 et le Maan Yu Feng 1, le Maan Yu Feng 168 a été retiré des récifs de Pointe-Tortue, à Bain-des-Dames, vendredi dernier. Les opérations en vue de renflouer les trois bateaux de pêche taïwanais, échoués respectivement les 22 et 23 février dernier, auront duré presque un mois. Si le pire a pu être évité, des questions subsistent cependant au sujet des traces d’hydrocarbures aperçues jusqu’à Baie-du-Tombeau, et capturées par des images vidéo.
Toutefois, l’état des récifs sur les lieux du naufrage des trois bateaux taïwanais suscite des interrogations. Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs, fait état de beaucoup de dégâts causés sur place. « Des pêcheurs ont plongé et je peux vous dire que la situation est catastrophique. J’invite les experts du centre de recherches d’Albion ou du Mauritius Oceanography Institute à venir faire un constat de visu, pour voir si on est en train de dire la vérité », ajoute-t-il.
Il rappelle que ce n’est pas la première fois que des bateaux de pêche étrangers échouent dans cette région. « Que reste-t-il de notre biodiversité ? Que fait-on pour protéger nos récifs ? Il est clair qu’il y a eu négligence dans cette affaire. Pourquoi a-t-on donné l’autorisation aux bateaux de s’approcher alors que la mer était houleuse ? » se demande-t-il.
Judex Rampaul fait également ressortir que deux des trois bateaux de pêche taïwanais ont fait naufrage en plein jour. « On ne peut pas dire qu’on n’avait pas vu les récifs en plein jour. C’est vrai que la mer était houleuse, mais au moins, on aurait pu éviter de s’en approche », s’insurge-t-il.
Estimant qu’il y a eu négligence à plusieurs niveaux, le Syndicat des pêcheurs prévoit de porter plainte à la police bientôt. « Il y avait également 90 tonnes de diesel sur l’un des bateaux. Est-on autorisé à transporter autant de diesel en mer ? Quelle était la capacité du réservoir ? » maintient-il.
Judex Rampaul regrette également qu’aucune considération n’ait été accordée aux pêcheurs des régions concernées, qui n’ont pu pratiquer leurs activités pendant les opérations. « Il y avait des interdictions sur 1 km2 autour des deux sites. Où le pêcheur qui a un permis pour cette région va-t-il travailler ? Au moins, on aurait pu leur accorder une aide, surtout que le coût de la vie a grandement augmenté ces derniers temps. » Une lettre dans ce sens a été adressée au ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo.
Le Syndicat des pêcheurs est soutenu dans cette bataille par l’activiste Ivan Bibi. Ce dernier a aussi porté plainte à la police pour négligence, suivant l’échouement des trois bateaux de pêche taïwanais. Il s’est dit solidaire des pêcheurs. « Tout comme le gouvernement vient en aide aux planteurs lorsqu’il y a des cyclones et des fortes pluies, il doit aussi soutenir les pêcheurs financièrement dans cette épreuve. Quitte à ce que l’assurance lui rembourse l’argent dépensé par la suite », fait-il comprendre.
Judex Rampaul invite les autorités compétentes à faire un constat des lieux sur les sites des naufrages dans les plus brefs délais. Il souhaite surtout que le rapport soit rendu public. Il est également critique envers ceux qui ont assuré les opérations. Selon lui, les barrages flottants n’ont pas été placés aux bons endroits, ce qui aurait permis aux hydrocarbures de s’échapper.

