Syndicalisme : Atma Shanto convoqué pour une manif après… trois ans

Le négociateur de la Fédération des travailleurs unis (FTU), Atma Shanto, a été convoqué par la CID lundi pour s’expliquer sur une manifestation qui s’est tenue en… 2019, devant la National Land Transport Authority (NLTA), à Cassis. La police est d’avis que ce rassemblement était illégal et qu’il a causé l’obstruction de la route. Toutefois, le Timing de la police dans cette affaire, qui remonte donc à trois ans, suscite des interrogations.

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Surprise pour Atma Shanto lundi dernier. Il a été convoqué par la police pour « manifestation illégale » et « obstruction de la route » à Cassis en 2019. Il s’agissait en fait d’une opération de la Federation of Hotel Taxis Associations, dont Atma Shanto est le négociateur. On sait que cette fédération reprochait à la NLTA de ne pas agir contre la concurrence déloyale sur leurs bases d’opérations respectives dans des hôtels à travers l’île. Les chauffeurs étaient notamment remontés sur le fait que des tour-opérateurs et autres vans soient autorisés à venir récupérer des clients dans les hôtels concernés, alors qu’eux payent un permis d’opération à la NLTA pour faire le même travail.

Ce n’est que trois ans plus tard que la police a décidé de convoquer Atma Shanto. Le syndicaliste explique : « on n’a dit qu’un surintendant de police avait logé une plainte contre moi pour manifestation illégale et obstruction de la route. Je suis parti avec mon avocat, Me Bisham Ramdonee, et j’ai fait valoir mon droit au silence. Je serai convoqué une nouvelle fois la semaine prochaine. »

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Atma Shanto ne cache pas son étonnement que la police réagisse après tout ce temps. Cela représente, selon lui, une tentative d’intimidation de la part de la police. « Cela me rappelle que j’avais été arrêté suite à une manifestation tenue à Roche-Bois contre les conditions de travail chez Akriti Jewel. Un consultant de cette entreprise, et qui est aussi un membre de l’Employment Relations Tribunal, avait porté plainte contre moi pour diffamation. »

Pour cette affaire également, la police avait réagi sur le tard, soit trois mois après la tenue du rassemblement. Traduit en Cour le 28 juillet, Atma Shanto avait par la suite été arrêté, mais avait refusé de payer sa caution. Il avait alors été transféré à la prison de Beau-Bassin. Plus tard dans l’après-midi, Ashok Subron était parti payer la caution pour qu’il soit libéré. Et cinq mois plus tard, la Cour avait rayé la charge contre Atma Shanto.

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Cette nouvelle convocation pousse ainsi le syndicaliste à se demander s’il est devenu une victime de la police. « Paret zot pe rod atas bann lake ferblan ek mwa. Me mo pa pou les mwa intimide. Sa fer 30 an ki mo dan sindika, mo pou kontinye mo laksion. »

Alors que la police le convoque après trois ans pour une manifestation, Atma Shanto avance n’avoir rien entendu, en revanche, de la plainte qu’il avait logée contre la police à la National Human Rights Commission. « Mon camarade Linley Bergue et moi-même avions déposé une plainte à la National Human Rights Commission contre la police pour atteinte à nos droits. C’était lors d’une manifestation à Mahébourg contre les conditions de travail dans un hôtel. »

Ce jour-là, la police avait interdit aux manifestants d’utiliser le porte-voix. « Tous ceux qui étaient présents à Mahébourg ce jour-là avaient vu les agissements des hauts gradés de la police. Cependant, notre plainte à la NHRC est restée sans suite jusqu’ici. » Atma Shanto dénonce un « rétrécissement de l’espace de liberté à Maurice ». Selon lui, la situation est d’autant plus compliquée depuis que le nouveau commissaire de police, Anil Kumar Dip, est en poste.

Le paradoxe de cette affaire, c’est qu’après trois ans, Atma Shanto n’est plus le négociateur de la FHTA. La fédération, qui militait notamment pour l’aménagement de Taxi Desks dans les hôtels, a depuis pris d’autres options, que le syndicaliste n’a pas voulu suivre.

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