Le siège de conseiller d’Alain Letandrie, élu du MSM en 2015, a été officiellement déclaré vacant vendredi au conseil de Beau-Bassin/Rose-Hill « under section 37 (3) of the Local Government Act 2011 », souligne le CEO de ville Reechaye Dheerendra, dans une missive adressée, le 6 décembre, au principal concerné, dont la décision d’intégrer le managing committee du Reform Party (RP) a mal été digérée par les ténors du MSM, qui l’ont exclu du parti.
Alain Letandrie conteste la décision de la mairie en soutenant que cette dernière n’a pas été en mesure d’énoncer formellement les contours de cette sanction. Par le biais d’une motion rédigée par son avoué Pazhany Rangasamy, il a logé une contestation formelle à la Cour suprême. L’affaire sera appelée le 19 décembre.
Il y a eu du grabuge vendredi au conseil après l’annonce faite par le maire David Utile à l’effet que le siège d’Alain Letandrie a été déclaré vacant. Le conseiller du PMSD Olivier Barbe a commencé par exprimer son total désaccord quant à la décision de la mairie, tout en saluant « le courage d’Alain qui est réputé pour son impartialité lorsqu’il s’agit du bien-être de la ville. » Le ton est monté d’un cran lorsque l’élu bleu a affublé le MSM et ses dirigeants de « Mouvement Sans Moralité », avant d’être rappelé à l’ordre par David Utile, qui lui a demandé, en vain, de « withdraw his words. »
Rejoint dans son réquisitoire par son collègue Zaed Nanhuck, Olivier Barbe a demandé au maire d’expliciter les contours de cette sanction, mais le brouhaha qui régnait n’a pas permis de continuer des débats. Zaed Nanhuck et Olivier Barbe ont été expulsés avant d’être rejoints par leurs compères Chimène Lucile, Gilwyn L’assiette et Arnaud Poinoosawmy, non sans avoir croisé le fer avec l’adjoint au maire, Nazir Jungee (MSM). Olivier Barbe, qui est avocat de profession confie ne pas vouloir envenimer la polémique : « Je reste persuadé que la cour prendra en compte l’intention du législateur avant de se prononcer. Je souhaite bonne chance à Alain. »
À l’instar des conditions du voyage de Nazir Jungee au Maroc, en juillet pour assister, au coût de Rs 187 000, à une conférence, sans avoir obtenu l’aval du conseil, mais celui du ministère des Collectivités locales, l’interprétation des Standing Orders and Rules of Local Governement Act n’arrête plus d’accentuer les polémiques et les indécisions au sein des municipalités. Une question subsiste autour de l’éviction d’Alain Letandrie : n’avait-il pas le droit de siéger en indépendant au même titre qu’Armand Hungley, qui avait été évincé du « groupe des élus ML » en août 2020 après avoir refusé d’accorder son vote à Ken Fong (ML) tout en s’affichant aux côtés des membres de Linion Pep Morisien (LPM) ?
J-C Barbier : « Son éviction est justifiée »
Selon un cadre du ML, « si Armand Hungley a bien été exclu du groupe des élus ML, le leader du parti Ivan Collendavelloo a refusé de l’expulser de toutes les instances du parti, vu qu’il n’a jamais crié sur tous les toits qu’il s’était joint à un autre parti politique, contrairement à Alain Letandrie, dont la photo s’affiche en grand sur la photo officielle du managing committe du parti de Roshi Badhain, en sus de critiquer à tout bout de champ les actions de l’alliance gouvernementale. Son éviction est justifiée. »

Jean-Claude Barbier (LPM), ancien lord-maire dans les années 1990, abonde dans le même sens : « Des amendements ont été apportés à la Local Government Act au début des années 2010 pour se prémunir du transfugisme au sein des mairies. Lorsque j’étais lord-maire, cette disposition n’existait pas et chacun pouvait changer de casaque et siéger en indépendant en toute quiétude. Alain Letandrie a non seulement annoncé qui’il rejoignait le RP, tout en étant exclu du MSM, mais le leader du RP Roshi Badhain a également annoncé, en grande pompe, l’arrivée de son nouveau poulain au sein de son managing committee. Ce dernier savait très bien ce qu’il faisait et l’exclusion d’Alain Letandrie est on ne peut plus logique. »
D. Nagalingum : « Rétablir la transparence »
L’ex-premier magistrat des villes sœurs Deven Nagalingum (MMM) — même s’il soutient qu’Alain Letandrie a fait preuve de « naïveté » en annonçant ouvertement son adhésion au managing committee du RP — souligne qu’ « un membre ou un élu a le droit de ne pas être d’accord avec la politique de son parti. La prise de position d’Alain Letandrie sur la mauvaise gestion de la mairie est justifiée et ne doit pas être la cause de son éviction du conseil. » Deven Nagalingum plaide pour une réforme en profondeur des lois régissant les mairies pour « rétablir la transparence et l’autonomie des élus qui semblent être les marionnettes du gouvernement central actuellement. »
Renganaden Menon Yetty (PTr), qui a occupé le fauteuil mairal de Vacoas-Phœnix entre 2012 et juin 2014, a une toute autre interprétation de la section 37 (3) de la Local Government Act 2011 et plaide pour qu’Alain Letandrie retrouve son siège : « Cela dépend du parti ou de l’alliance qui lui a octroyé l’investiture. Alain Letandrie a été élu sous la bannière de l’alliance MSM-PMSD-ML qui n’existe plus. Il peut donc siéger en indépendant. » Un autre ancien maire, sous couvert de l’anonymat, réfute ces arguments : « Seuls les résultats officiels publiés par la Commission électorale sont pris en compte. Lorsqu’une personne est élue, c’est le nom de son parti et pas de l’alliance qui lui a octroyé le ticket qui est affiché à côté du sien. »
« La vie devient un cauchemar sous ce régime »
«Je suis un élu légitime et je reste persuadé que la cour me donnera raison. » C’est ce que nous a confié Alain Letandrie, vendredi soir, après que son poste a été déclaré vacant par le maire. Dans cet entretien, il dévoile les raisons qui l’ont poussé à prendre ses distances du MSM, en égratignant au passage le PM.
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rejoindre le Reform Party (RP) en tournant le dos au MSM ?
— Il faut que les choses soient claires sur un point. J’ai rejoint le managing committee du RP et non pas les instances du parti enregistré à la commission électorale. Les prérogatives d’un managing committee se limitent à des décisions stratégiques liées aux activités sociales, sportives et culturelles menées sur le terrain. C’est écrit noir sur blanc et je pourrais en faire autant dans d’autres plateformes et organisations affiliées à des partis politiques. Quant à la question de savoir si j’ai tourné le dos au MSM, je préfère ne pas leur tendre le bâton pour me faire battre. Je suis un élu légitime et il est hors de question pour moi de démissionner du parti orange et du conseil.
Vous jouez beaucoup sur les mots pour évoquer votre adhésion au RP en donnant l’impression de vouloir, coûte que coûte, vous agripper à votre siège de conseiller. Sur une question de principe, n’aurait-il pas été plus correct de soumettre votre démission du parti orange ?
— Si je voulais vraiment m’agripper à mon siège d’élu et à ses avantages financiers, croyez-vous que j’allais prendre mes distances du MSM, et donner mon aval au managing committee du RP pour qu’il annonce mon adhésion sur la toile ? Non, les choses auraient été faites en catimini. La décision d’adhérer à ce comité n’a été prise sur un coup de tête. On a affaire à des personnes qui œuvrent dans l’ombre au quotidien pour s’assurer du bien-être des habitants de Beau-Bassin/Rose-Hill, indépendamment de leurs affinités politiques, qui se sentent délaissées et parfois marginalisées. Les jeunes membres du managing committee ont, en l’espace de quelques mois, travaillé beaucoup plus que de nombreux élus de la ville en sept ans ! Je dois continuer mon combat en toute indépendance au sein du conseil en m’entourant des membres de ce comité sur le terrain. J’irai jusqu’au bout de mes convictions.
La mairie a brandi la section 37 (3) de la Local Government Act pour déclarer votre poste de conseiller vacant. Quelle interprétation faites-vous de cette disposition de loi, histoire de mettre toutes les chances de votre côté en cour ?
— La section 37 (3) indique clairement qu’un poste de conseiller devient vacant après que ce dernier a informé, par courrier, le CEO de la ville de son intention de démissionner. Le conseil est complètement à côté de la plaque et je reste persuadé que la Cour suprême me donnera raison dans cette affaire.
Pour en revenir à la première question à laquelle vous n’avez répondu qu’à moitié, outre la gestion de la mairie, que vous avez souvent qualifiée de « mauvaise », votre « prise de distance » du MSM est-elle aussi liée à la ribambelle de scandales qui secouent le parti ?
— Si je dois faire une liste de questions et interpellations que j’ai adressées au conseil et qui sont restées sans réponses, beaucoup d’habitants seront choqués. Voyez comment le conseil et le gouvernement gèrent la crise de l’état lamentable des rues et des pénuries d’eau depuis plus de quatre ans. C’est une honte ! L’argent du contribuable a été gaspillé par ces petits copains qui ont failli à leurs tâches. ll n’y a aucun plan de sortie de crise et la colère des habitants est tout simplement ignorée. Bann zafer bazik sa. Ce n’est que tout récemment que le Premier ministre a annoncé, en grande pompe, que la CWA allait enfin mettre fin à ce marasme. Asterla so lizie ouver. Pa ti kapav donn CWA travay-la pou fer avan. Au niveau de la politique nationale, le constat est que les Mauriciens n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Leur vie devient un véritable cauchemar sous ce régime. Le Premier ministre ne peut plus se ranger derrière l’excuse de la guerre en Ukraine pour justifier sa décision de maintenir le prix de l’essence, alors que le baril de pétrole a baissé considérablement. Je salue la grève de la faim menée par Nishal Joyram, qui a été un combat noble et légitime. Le pire n’est pas que ses revendications ont été balayées d’un revers de la main, mais c’est le mépris qu’il a essuyé des autorités.
L’affaire du meurtre non élucidé de l’ex-agent du MSM Soopramanien Kistnen, sur lequel le gouvernement semble peu enclin à faire la lumière, fait-elle partie des éléments qui ont contribué à cette prise de distance du parti soleil ?
— En effet, d’autant qu’un ministre a été appelé à step down dans affaire. C’est hallucinant ! L’ICAC, la police et le PM ont-ils vraiment la volonté d’élucider ce crime qui concerne un agent qui s’est battu corps et âme pour que trois députés puissent être élus. Qu’est-ce qui pousse le PM à entretenir le flou dans cette affaire ? Ce dernier projette l’image d’un homme dépassé par les événements.

