L’année 2022 tire à sa fin. Il serait dommage de ne pas s’arrêter au dernier numéro de la publication Revi Lalit de Klas N0.149, Novam-Desam 2022. La lecture de la revue pourrait nous aider à savoir quelle posture devrait-on prendre face aux différentes ébullitions politiques qu’a connues notre pays. Du moins pour ceux qui sont dans la même position que moi et qui suivent les choses avec circonspection. Fondée en 1976, Revi Lalit de klas est une publication marxiste-léniniste (pour faire simple) qui donna naissance au parti d’extrême gauche Lalit. Cette revue est peu connue aujourd’hui par la jeune génération. Ses différents numéros au fil du temps sont devenus une source d’analyse intéressante de la société mauricienne. Les numéros de la revue sont souvent cités dans la liste des références des thèses universitaires consacrées à Maurice.
Le dernier numéro (40 pages) contient notamment cinq éditoriaux, une explication sur l’affaire portée par Lindsey Collen devant la Cour Suprême contre l’amendement à l’Immigration Act 2022 et le mariage, le cas des habitants des « site lamyant » (maisons en amiante), une dimension internationaliste avec un compte rendu du rapport de la Commission des Nations Unies par Navi Pillay, ancien juge de la Cour Suprême au Sud Afrique, qui conclut que l’occupation de la Palestine par Israel est illégale et une section théorie et explication sur le « Program tranzisionel : ki li ete ? » et « Ki ete enn revolision ? » et d’autres articles. Ce que la revue appelle « Editorial » est différent en termes de contenu et de style comparé à ce qu’on connait habituellement des éditoriaux. D’abord il y a plus d’un éditorial et chacun n’est pas signé et occupe plus d’une page. Au fait l’« Editoryal » dans Revi Lalit de Klas se présente comme une analyse fouillée d’une problématique avec une grille de lecture « analyse de classes ». Editoryal N0.2 qui s’intitule « Trwa fason ki pa ditu itil opoz MSM » (p.6) mérite toute notre attention. Je consacre mon article aux points saillants de cet éditorial.
Populisme
La revue nous dit que tout ce qui est « anti-gouvernemental », déclenché depuis dans le sillage des actions aux slogans BLD et BZTD, aussi justifiées soient les raisons, n’est pas nécessairement « bon ». Il s’agit ici de voir comment est menée cette opposition contre le gouvernement et qui le mène. Même si la masse est remontée contre un gouvernement, quand cette protestation prend la forme d’un « muvman demas popiler », la situation peut devenir pire après le départ du gouvernement contesté. C’est le cas de tout mouvement populiste dans l’histoire politique dans le monde. En effet, les études en science politique définissent en général le populisme comme une idéologie (ou mouvement politique) qui fait la promotion du « peuple ». Le discours populiste développe une triple méfiance chez le peuple. Premièrement, il s’agit de la méfiance à l’endroit de certaines élites (partis, députés, fonctionnaires) ; deuxième, contre un prétendu système caché (complot) qui trahirait les intérêts fondamentaux du peuple et troisième, à l’endroit d’entités ou de mouvances internationales, de certains pays étrangers. Revi Lalit donne des exemples de cette triple méfiance. Aussi, le populisme est un style politique : doctrine simple, chef fort, musclé, et charismatique avec des organisations de masse structurées. Le populisme est souvent marqué par des formes d’anti-intellectualisme et d’antiparlementarisme ; il peut également, du moins dans certains cas, être xénophobe. Le populisme s’appuie sur la prétention que le peuple est fondamentalement « bon » et « sain » et qu’il aurait été trompé ou trahi. Le populisme prend souvent un caractère moralisateur, lié à une symbolique « nostalgique » de retour à la « vérité profonde » ou de redressement national par une osmose directe (sans intermédiaire) entre un chef et son peuple. Selon les tenants de cette idéologie, l’État, guidé par le leader populiste, doit jouer un rôle de premier plan, étant à la fois un « justicier » et un « arbitre ». Or, la revue nous dit que nous sommes aujourd’hui sous le règne du « kapital finansye » avec les banques, compagnies, assurances qui contrôlent et gèrent les data (p.35). Nous ne sommes plus dans le rapport bourgeoisie d’Etat versus bourgeoisie traditionnelle. Les formes de pouvoir ont changé. Après les élections, la répartition des pouvoirs est modifiée.
Kontrakter, Procurement & Azan ankoler
La revue explique que tous ceux qui gravitent autour de l’équipe victorieuse ne s’attend pas à obtenir un portefeuille ministériel. Le nombre de ministres est d’ailleurs limité. Mais chacun sait qu’une autre façon d’avoir une bonne part (« so bout ») c’est d’être « kontrakter » en obtenant le « tender » et « komann procurement ». Il arrive aussi que tous ne pourront avoir le « tender » et c’est cette situation qui crée une catégorie d’agents politiques que la revue appelle « azan ankoler ». C’est la nouvelle donne en politique à Maurice même si l’affairisme a toujours existé en politique. La revue explique comment certains protagonistes de l’opposition extraparlementaire actuelle ont été à un moment ou un autre dans l’équipe victorieuse mais déçus par la suite. C’est cette situation qui amène une désintégration ou une déliquescence politique.
« Lopozisyon meynstryim »
La revue trouve que « Lopozisyon meynstryim » est mené en bateau en voulant s’associer à l’opposition extraparlementaire car la campagne BTZD amène de facto une liquidation des partis politiques traditionnels. L’Editoryal N0.2 décrit cette situation en ces termes : « li pe deza amenn enn dezintegrasyon akselere tu sa parti dan lopozision-la, zot mem ». (p.7). Quant aux dérives de la police, un article (p.23) relève des cas de « fos sarz-kriminel » depuis 1997 à 2013 et qui ont été rejetés par les magistrats et dans certains cas sévèrement critiqués par la cour.
Et alors ?
L’ « Editoryal N0.2 » de Revi Lalit de Klas vient quelque part soulever la question de crédibilité des combats et de ceux qui le mènent. Est-ce que le combat pour de bonnes causes est mené pour de bonnes motivations ? Pour la revue la seule manière de faire avancer les choses c’est avec un programme politique compris par ceux qui le portent. Dans Editoryal N0.4, les dernières lignes se lisent ainsi : « Li kapav paret difisil. Li kapav vreman difisil. Me napena sime kupe. Samem sa. »
Références
« Glossaire », Ecole de politique appliquée, Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Sherbrooke, Québec, Canada.
Revi Lalit de Klas, N0.149, Novam 2022-Desam 2022

