Se trouvant à la lisière de plusieurs traditions culturelles, le révérend Docteur Eddy Cheong See, membre du clergé anglican, partage ses réflexions sur son identité à la veille du Nouvel an chinois. Bercé dès sa plus tendre enfance de mots hakkas, kreol, français et anglais, et imprégné plus tard par les envoûtantes paroles de Jacques Brel tout en appréciant le séga, le reggae, etc., le prêtre anglican réalise le « privilège » de vivre dans une société multiculturelle.
Le Nouvel an chinois interpelle Eddy Cheong See sur son identité. L’occasion pour lui de rassembler tous les éléments qui ont constitué la particularité de sa personne aujourd’hui. Avoir des attaches antérieures chinoises, être Mauricien et chrétien, ayant pour langue maternelle le kreol, ayant étudié dans la langue anglaise et française, vivant au quotidien en entendant cette dernière langue, que ce soit au travail ou en côtoyant des amis, c’est son identité à lui. « Plusieurs couches de culture m’habitent. D’origine chinoise, je suis né à Maurice. Je suis chrétien, pas baptiste, mais anglican. Le Sino-mauricien que je suis a été bercé par des influences françaises, kreol et anglaises. Mes études, je les ai faites principalement en anglais.», dit-il.
Comme l’écrivait Maalouf dans Les Identités meurtrières (« Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un “dosage” particulier qui n’est jamais la même d’une personne à l’autre »), Eddy Cheong See reconnaît là « un riche patrimoine culturel, un don de Dieu pour le chrétien que je suis et qui a formé ma personnalité ». Petit, se souvient-il, « on m’a appris les valeurs de la culture chinoise », comme le respect des aînés, la piété filiale. « On m’a inculqué les pensées de Confucius et de Lao She. Plus tard, mes oreilles se sont familiarisées avec les chansons de Brel, de Mike Brant ou encore de Kaya. Toute cette expérience profonde, nous la devons à l’île Maurice plurielle. »
Ce qui fait que, dans bien des pays du monde, il ne se sent étranger. Ainsi, en Asie, s’il partage avec les habitants des similitudes physiques qui peuvent le faire paraître comme leurs semblables, ces derniers ne parviennent que difficilement à comprendre comment il ne partage pas leur langue.
« Les Asiatiques ne parviennent pas à comprendre comment le Révérend Cheong See, de physionomie semblable à la leur, ne peut s’exprimer dans leur langue. S’il est vrai que je suis capable de m’exprimer de manière rudimentaire en hakka, je ne saurais par contre prêcher en chinois. Même si, enfant, on m’a inculqué les paroles de Confucius et que la manière dont j’agence les meubles dans ma maison est héritée de la culture chinoise, de même que mes habitudes culinaires, je suis aussi habité par d’autres richesses culturelles. Je peux ainsi parler de Baudelaire ou de Socrate », ajoute-t-il.
Pour le révérend docteur, cette pluralité devrait nous rappeler notre rôle privilégié de bâtisseurs de ponts et nous pousser à résoudre des incompréhensions et différends ici et là. « Notre patrie n’était pas autochtone. Ce sont des immigrants qui ont constitué la population du pays. Des gens d’Europe, d’Afrique, d’Inde et d’Asie se sont rencontrés pour donner naissance à une société pluriculturelle. Cela me fait penser au kaléidoscope, où la lumière blanche se décompose en un spectre de couleurs lorsqu’elle traverse un prisme », s’émerveille-t-il.

