Primaire : Un manque d’enseignants met la pression sur les Support Teachers

Ces instituteurs appelés à remplacer et se voient attribuer des classes pour lesquelles ils n’ont pas été formés Inquiétudes sur les aptitudes des apprenants appelés à changer de classe après un trimestre

Un manque accru d’enseignants se fait sentir dans les écoles primaires publiques en ce début d’année. Du coup, les responsables d’établissements doivent jongler avec le personnel en place et, souvent, ce sont les Support Teachers qui se retrouvent à assurer le rôle de « bouche-trou ». Parfois, ils se voient attribuer des responsabilités qui ne sont pas les leurs. La situation se complique davantage avec la décision du ministère de l’Éducation de faire monter en grade supérieur certains enfants après un trimestre.

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L’école a repris avec son lot d’inconvénients. Outre la pluie qui joue au trouble-fête en ce début d’année, c’est également un casse-tête pour des maîtres d’école d’assurer le bon déroulement des cours. Un manque accru d’enseignants dans les écoles publiques est ainsi décrié. Avec les départs à la retraite et les promotions, des postes vacants sont à combler et le ministère de l’Éducation n’a pas encore procédé à des recrutements.
À titre d’exemple, dans une école très cotée de l’Est, une enseignante « remarquable », selon les parents, a été promue Deputy Head Master (DHM). Elle a pris son nouveau poste dans une autre école de la région et, pendant ce temps, des élèves se retrouvent… sans enseignant. Au grand dam des parents, qui s’arrachent les cheveux.

Dans une autre école, les élèves de Grade 1 sont sans enseignant depuis le début de l’année. Du coup, c’est la DHM qui est appelée à assurer les classes. Mais voilà que la School Clerk a été transférée ailleurs. La DHM doit cette fois retourner au bureau pour assurer le travail administratif. « Nous ne savons plus où mettre la tête, tant nous devons assurer toutes ces responsabilités », témoigne une Head Mistress (HM).

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Tous attendent avec impatience que le ministère recrute de nouveaux enseignants. Mais là encore, ils ne seront pas à l’école tous les jours, puisqu’ils devront en parallèle suivre les cours au Mauritius Institute of Education (MIE). Même si des Supply Teachers sont recrutés pour ce genre de situations, le problème reste entier dans certaines écoles. Dans de nombreux cas, les Support Teachers qui ont appelés à assurer les remplacements.
Le seul hic, c’est que ces derniers, recrutés pour assister l’enseignant principal en Grades 1 et 2, et encadrer ceux ayant des difficultés d’apprentissage et psychosociales, n’ont pas été formés pour les autres tâches. Dans une école, une Support Teacher se retrouve à la tête d’une classe de Grade 6. « Les Support Teachers n’ont eu qu’une formation d’une année pour le travail qu’ils sont supposés faire. Ce ne sont pas des General Purpose Teachers et ils n’ont pas la formation pour cela », précise-t-on ressortir dans les milieux de l’Education.

Dans la foulée, un abus et un manque d’égard envers les Support Teachers sont relevés dans certaines écoles. « Il y a des écoles où les Support Teachers sont bien intégrés et où il y a une bonne collaboration avec les General Purpose Teachers. Mais dans d’autres, on vous regarde de haut, on vous considère comme un moins que rien et on abuse de vous en vous confiant toutes les tâches dont on ne veut pas », avancent ceux concernés.
La somme de travail en comparaison aux autres est supérieure, disent également ces jeunes enseignants, qui sont dépassés. « Le General Purpose Teacher a droit à quatre périodes libres par semaine. Nous travaillons dix périodes par jour, et nous n’avons pas de repos. La situation est telle que certains pensent déjà à quitter le service. Le problème, ce n’est pas le concept de Support Teacher lui-même. Au contraire, c’est une bonne initiative, car elle permet d’encadrer ceux ayant des difficultés tôt. C’est plus une question de respect mutuel », poursuivent-ils.

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Le premier groupe de Support Teachers sera bientôt appelé à suivre une nouvelle formation en vue d’obtenir leur Teacher’s Diploma. Entre-temps, 400 autres ont été recrutés et ont déjà intégré le service. Ils suivront des cours en vue de l’obtention de leur Certificate en parallèle. Mais là encore, il s’agit de jeunes formés pour une responsabilité spécifique. Le recrutement des General Purpose Teachers se fait attendre.

Par ailleurs, les enseignants appelés à travailler avec les élèves de Grades 1 et 2 se disent également dépassés en ce moment. La raison étant qu’ils doivent compléter l’apprentissage de ceux qui ont déjà eu sept et huit ans pour passer en Grades 2 et 3, respectivement, le trimestre prochain. « Nous nous retrouvons du coup avec deux groupes d’élèves dans une même classe : ceux qui vont monter et ceux qui doivent rester. Il y a une pression supplémentaire pour faire le maximum avec ceux qui vont monter afin qu’ils aient la base nécessaire pour la classe supérieure. Ce n’est pas évident », avance-t-on dans la conjoncture.
Dans certains cas, les enseignants sont contraints de choisir au hasard quels sont les chapitres qu’ils aborderont avec ces élèves, car il ne sera pas possible de tout couvrir dans ce court laps de temps. « Notre inquiétude est que ces enfants n’auront pas une bonne base pour après. Il y a trop de précipitation; ils risquent de se retrouver en difficultés par la suite. »
Rappelons que le ministère de l’Éducation avait pris la décision l’année dernière de laisser monter les enfants ayant déjà atteint sept ans en Grade 2. Cela, en raison du prolongement du calendrier scolaire et après une plainte pour discrimination logée par deux parents, en comparaison avec la situation dans le secondaire privé. Cette année, la même règle s’applique pour monter en Grade 3.

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DANS LE SECONDAIRE : Les nouveaux règlements de la PSEA bloquent le recrutement

Plusieurs collèges privés et confessionnels se retrouvent ces jours-ci avec un manque d’enseignants. Les recrutements qu’ils avaient prévus de faire pour la rentrée 2023 ont été gelés. Car la Private Secondary Education Authority (PSEA) a introduit un nouveau règlement, en vigueur depuis décembre 2022. Il est ainsi maintenant obligatoire de détenir un PGCE pour pouvoir enseigner.
Or, cette formation offerte par le Mauritius Institute of Education (MIE) s’adresse en priorité à ceux qui sont déjà dans le service. Généralement, les collèges recrutent des Degree Holders qui, par la suite, font leur PGCE lorsque l’occasion se présente. Mais là, c’est l’inverse. Du coup, il n’y a pas de personnes avec le PGCE sur le marché du travail.
Le Service diocésain de l’Éducation catholique (SeDEC) a fait une demande à la PSEA pour accorder un moratoire afin de permettre aux collèges de s’organiser. La réponse se fait toujours attendre. Entre-temps, beaucoup de collégiens se retrouvent avec des classes libres chaque jour, car il n’y a pas d’enseignants pour la matière au programme…

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