L’ONG internationale Human Rights Watch a rendu public, hier, son rapport consacré cette année à l’exil forcé des Chagossiens des Chagos. Mausi Segun, directrice exécutive pour l’Afrique, Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe et Bruno Ugarte, Chief Advocacy Officer de l’Organisation étaient présents à cette occasion. Olivier Bancoult du Groupe Réfugiés Chagos et les dirigeants de l’organisation ont participé à la présentation alors que Pierre Prosper du Comité des Seychelles était présent par visioconférence.
Le rapport réalisé après consultations avec les parties prenantes à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni exige des excuses publiques et formelles aussi bien que sans réserve en faveur du peuple chagossien de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis pour les crimes et les autres abus commis contre eux.
Invité à commenter la décision de Maurice de maintenir la base militaire de Diego-Garcia, Bruno Stagno Ugarte n’y a vu aucune objection à condition que la base de Diego-Garcia ne soit pas utilisée comme un centre de détention et de Rendition.
De son côté, Olivier Bancoult se prononce également pour le maintien de la base à condition que les Chagossiens qui le souhaitent puissent s’y installer. Au sujet des négociations en cours entre Maurice et la Grande-Bretagne portant sur l’exercice de souveraineté de Maurice sur l’archipel, il s’appesantit sur le fait qu’avec la poursuite de ces échanges, la question d’organiser un référendum parmi les Chagossiens ne se pose pas dans la mesure où la souveraineté de Maurice a été reconnue par des juges et non des moindres de la Cour internationale de Justice de La Haye, même si le jugement est non-contraignant. Il rajoute que Maurice bénéficie du soutien de l’Assemblée générale des Nations unies.
D’autre part, les recommandations de Human Rights Watch (HRW), qui ont été reprises par la presse internationale hier, s’adressent respectivement à la Grande-Bretagne, aux États-Unis aussi bien qu’à Maurice. HRW réclame du Royaume-Uni
des réparations complètes et effectives et sans condition au peuple chagossien sur la base d’une consultation effective et authentique de ses membres
la reconnaissance immédiate du droit des Chagossiens à rentrer dans l’archipel, y compris à Diego-Garcia, de manière permanente ;
de s’assurer que les îles Chagos soient réhabilitées afin que les Chagossiens puissent retourner y vivre de manière permanente, digne et prospère ;
le paiement d’une compensation complète à tous les Chagossiens où qu’ils se trouvent dans le monde pour les préjudices subis depuis 1965 ;
la garantie que de tels crimes et abus similaires ne se reproduisent pas.
De plus, HRW préconise que les responsables de crimes contre l’humanité soient traduits en justice. Finalement, le roi Charles III doit impérativement publier des excuses complètes et sans réserve au peuple chagossien pour les crimes et les autres abus commis par le Royaume-Uni à son endroit.
Cette dernière requête est également formulée à l’encontre des États-Unis. HRW demande aux Américains de contribuer avec les Britanniques aux pleines réparations accordées aux Chagossiens.
Une autre demande de cette ONG, luttant pour les Droits de l’Homme, porte sur la levée immédiate de toutes les restrictions légales qui subsistent pour l’accès à ce territoire. Elle ajoute que les Chagossiens doivent être encouragés publiquement à travailler à la base militaire de Diego-Garcia et que leurs familles puissent y vivre.
À l’égard de Maurice, HRW demande la répétition de sa déclaration publique, soutenant pleinement le droit au retour de tous les Chagossiens quelle que soit leur nationalité. Elle ajoute que les individus responsables de crimes contre l’humanité commis contre le peuple chagossien soient tenus de rendre des comptes.
Au chapitre des négociations engagées entre le Royaume-Uni et Maurice sur l’archipel des Chagos, HRW exprime le souhait que le peuple chagossien demeure au centre du processus et qu’il soit consulté de manière effective et authentique et que tout accord conclu prévoit des engagements contraignants pour les gouvernements du Royaume-Uni et des Etats-Unis à accorder de véritables et pleines réparations.
« L’engagement à assurer le droit de retour sans restriction s’applique également au gouvernement mauricien une fois que la souveraineté sur les îles Chagos est récouvrée », déclare HRW.
Le rapport revient abondamment sur les conditions dans lesquelles les Chagossiens ont été expulsés des Chagos entre 1965 et 1973 et sur les luttes menées par les Chagossiens. La présentation d’hier a été marquée par la projection d’un court métrage alimenté par les témoignages des Chagossiens qui ont vécu aux Chagos.
HRW arrive à la conclusion que trois crimes contre l’humanité apparents ont été commis contre les Chagossiens par les autorités britanniques, à savoir la déportation forcée, l’interdiction faite à la population de rentrer chez elle et la persécution pour des motifs d’ordre racial, ethnique ou autre.
« Au moins un de ces crimes, le premier, a été commis de manière conjointe par les autorités britanniques et américaines », note le rapport de manière lapidaire.

