– Jean Hubert Célérine, un « intouchable » au District Council de Rivière-Noire, au poste de police ou encore à la NCG en mode « ferm lizie » sur ses manœuvres louches
– Les entrées et sorties de bateaux à la passe du Morne sous son contrôle ces dernières années
L’énigme Franklin commence visiblement à livrer son lot de secrets ces dernières semaines avec notamment l’arrestation de celui qui est considéré comme étant le Roi de l’Ouest. Les langues commencent ainsi à se délier au sujet de l’ascension fulgurante de Jean Hubert Célérine ces dernières années, au vu et au su de tous sur la côte de Rivière-Noire. Une personnalité avec une véritable Midas Touch, dit-on.
Âgé de 33 ans, le principal intéressé aurait bénéficié d’un ferm lizie flagrant de la part de diverses autorités, que ce soit pour les procédures au District Council de Rivière-Noire, au poste de police de la région ou encore auprès des éléments de la National Coast Guard mandatés de surveiller les manœuvres maritimes dans cette zone considérée comme la passe de la drogue, située au large du Morne.
L’arrestation de Jean Hubert Célérine, alias Franklin, le mardi 7 février par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) dans le sillage du démantèlement d’un réseau de blanchiment d’argent opérant pour son compte dans l’Ouest de l’île, laisse désormais entrevoir le système mis en place pour le faire partir de Nowhere pour assumer le rôle de Roi de l’Ouest.
Ceux qui le connaissent depuis longtemps du côté de Rivière-Noire, La Gaulette, Case-Noyale ou encore dans la région du Morne, laissent aujourd’hui entendre que le « roulman » favorisant l’ascension fulgurante de Franklin était au vu et au su de tous. Dans ces régions de cette partie de l’île, on avance que le trentenaire, habitant supposément Les Salines, était devenu un « intouchable ». « Nou tou kone ki li ti pe fer. Me personn pa pou al rod problem ek li. Li kone tou seki pase stasion Rivier-Nwar ek Coast Guard dan so lame », avance-t-on aujourd’hui alors que le personnage est désormais sous le contrôle de l’ICAC.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que Franklin avait non seulement des accès privilégiés au poste de police de Rivière-Noire, mais aussi au District Council Headquarters de Bambous, entre autres. La preuve, s’il en fallait une, se résume à un Pull Down Order émis sur le site où se situe la villa luxueuse dans laquelle l’ICAC a fait une descente la semaine dernière et qui a été placée sous scellés. Cette propriété est officiellement au nom de Rikesh Sumboo, le directeur de West Is Best Car Rental, qui a été arrêté pour le délit de Money Laundering.
Au niveau du District Council, à un certain moment l’année dernière, des réserves avaient été exprimées au sujet des travaux de rénovation entrepris par Franklin sur ces immeubles. Les objections portaient sur la hauteur du toit en question, soit la Penthouse avec le bois très coûteux pour la toiture. Si Rikesh Sumboo avait été sollicité pour des explications et pour ce Pull Down Order en raison de la hauteur hors normes, c’est Franklin, selon des sources bien informées, qui s’était présenté au District Council pour contester cette décision. Les travaux ont visiblement continué après.
Dans la région de La Gaulette, entre autres, on souligne aussi une certaine mainmise de Franklin sur le poste de police de Rivière-Noire. D’ailleurs, la vidéo circulant sur les réseaux sociaux lors de sa visite de courtoisie avec l’humoriste Nico Le Mimi l’année dernière dans les locaux de la police laisse présager du traitement princier accordé à « sa zanfan landrwa-la ».
Bien que des bienfaiteurs issus des régions de l’Ouest aient, à maintes reprises, signalé des manœuvres louches de Franklin et de son gang, il n’a jamais inquiété. Au contraire on affirme que Franklin finit toujours par savoir qui l’a dénoncé. Sa montée fulgurante et son train de vie ont vite attiré l’attention dans cette région de l’île. Jean Hubert Célérine exerçait, selon ceux qui le connaissent, comme « sofer » pour le compte d’un marchand de poissons à partir de 2010. Il effectuait à ce moment-là « ban travay a gos ek a drwat », fait-on ressortir.
Ce n’est peu après 2014 qu’il aurait commencé à avoir d’autres frottements et certaines personnes avisées dressent un parallèle avec le cours des événements qui ont eu lieu dans l’affaire du skipper Mike Brasse qui avait été arrêté sur la côte Est de l’île sœur le 11 novembre 2016 en compagnie de deux complices réunionnais. Mike Brasse allait être condamné à huit ans de prison pour possession de 42 kilos d’héroïne à La Réunion en 2018 et est retourné à Maurice le 24 janvier de l’année dernière.
Petit à petit, à partir de 2016, il allait consolider son empire et allait s’entourer de gros bras travaillant pour son compte. Jean Hubert Célérine allait s’enrichir et son train de vie allait basculer. Très vite il allait se bâtir une réputation dans l’univers Underground de la région, tentant d’imposer un monopole pour son business et ainsi neutraliser ses compétiteurs.
Sur le terrain, on avance que les « petits » allaient être à la merci de Franklin vu que c’est lui qui s’occupe de l’opération « ferm lizie » des forces policières et des gardes-côtes. Des questions sont posées sur le rôle que joue le NCG Post se trouvant au Morne, qui serait muni d’un radar, vu que rien de compromettant n’a jamais été signalé.
Sur le terrain, Franklin posséderait plusieurs maisons et aurait plusieurs voitures qui sont conduites par ses collaborateurs qui feraient partie de son vaste réseau de blanchiment d’argent. Il a été vu circuler à bord de nombreuses voitures luxueuses, notamment des Range Rover, Ford Mustang et BMW. Il sponsoriserait aussi plusieurs événements dans la région dont des tournois de foot ou encore des distributions de jouets aux enfants.
Depuis quelque temps sur les réseaux sociaux, des allusions sont faites quant aux connexions de Franklin au sein de la force policière. On met en avant une perquisition effectuée l’année dernière alors qu’il se trouvait dans une Range Rover noire avec en sa compagnie une ressortissante seychelloise. Une somme de Rs 525 000 avait été trouvée sur lui ce jour-là mais qu’au final il se serait tiré d’affaire avec une contravention pour n’avoir pas pu produire son permis de conduire et pour non-affichage de sa vignette d’assurance. Des photos de Franklin en compagnie de certains éléments de l’ADSU comptabilisant une somme d’argent sont du domaine public.

