Mauritius shall be a sovereign democratic state which shall be known as the Republic of Mauritius ».Tel est le premier alinéa de la Constitution du pays, qui comprend 122 clauses étalées sur 78 pages. Version électronique. Dans six jours, seront célébrés formellement les 55 ans d’indépendance et les 31 ans de la République.
Alors comment osons-nous dire 55 ans après, la même équation? Au contraire, nous aurions dû nous exclamer – que de chemin parcouru en termes d’efforts de Nation Building, de développement économique de la monoculture avec la canne à la diversification économique au point de se retrouver à la table des grands du G-20 sans souffrir d’aucune usurpation.
La même équation d’il y a 55 ans alors. Pourquoi? D’abord, sur le front de l’intégrité territoriale, voire encore la conclusion positive du processus de décolonisation, étape pourtant validée par l’Assemblée générale des Nations unies par voie de résolution, le problème demeure encore entier.
Certes, l’opiniâtreté, à coups de têtu, de feu sir Anerood Jugnauth, a légué à la nation un boulevard pour asseoir, mais pas seulement exprimer, ses revendications territoriales. Par la force des choses, les Anglais ont ouvert la voie à des consultations sur The Way Forward Post Advisory Opinion de la Cour Internationale de Justice. Même avec quatre ans de retard.
La même équation nous hante. Oui. Depuis la déclaration conjointe et simultanée du jeudi 3 novembre 2022 à l’Assemblée nationale à Port-Louis et à la Chambre des Communes à Londres, annonçant ces consultations entre les deux gouvernements, qu’avons-nous appris de plus?
Rien de rien! Comme le chante Edith Piaf depuis le 10 novembre 1960. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a brûlé récemment une soirée de prières au Ganga Talao pour s’entretenir au téléphone avec son homologue anglais, Rishi Sunak, à la veille de la Saint Valentin. Le chef de la diplomatie, Alan Ganoo, s’est entretenu avec son Counterpart britannique, James Spencer Clerverly, à New Delhi.
Évidemment, le dossier des Chagos a été évoqué. Mais à chaque fois, une formule magique sort du chapeau: regional and global security challenges in the Indian Ocean avec des atteintes aux intérêts occidentaux. Quand les Anglais avaient pris la décision de démembrer unilatéralement le territoire en excisant l’archipel des Chagos, quelle était la thèse colportée pour justifier ce que la Human Rights Commission a qualifié récemment de crime contre l’humanité?
Assurer les intérêts et la sécurité de l’Ouest face à des dangers venant du communisme, représenté principalement par Moscou, personnifié par l’austère Leonid Brejnev. Aujourd’hui, c’est l’ombre du Chinois Xi Jinping, qui plane sur l’océan Indien, avec New-Delhi en tant qu’allié indéfectible de Londres et de Washington. Realpolitik oblige!
Au cours de ces quatre derniers mois, les rounds de discussions anglo-mauriciennes se sont succédé. À la suite du tête-à-tête Ganoo/Cleverly, Londres annonce l’envoi d’une mission à Maurice sur la sécurité maritime et la défense.
Quasiment la même équation géopolitique d’il y a un peu plus de 55 ans quand les majors anglais parlaient de Man Fridays sur l’archipel des Chagos. Le tout était Shrouded in Utmost Secrecy. Jusqu’au moment où les derniers Chagossiens sur l’archipel furent embarqués de force sur le Nordvaer et laissés à eux-mêmes sur le quai à Port-Louis. Oui. Au cours de ces quatre derniers mois d’intenses négociations qu’avons-nous en tant que citoyens appris de ces tractations anglo-mauriciennes au sujet de la restauration de l’intégrité territoriale de la Res Publica? Pas un mot depuis ce 3 novembre. Et les Chagossiens qui réclament qu’ils soient informés de toute décision les affectant?
S’il y a un peu plus de 55 ans de cela, les colons anglais, dans leur perfide suffisance n’avaient pas jugé utile de Keep the Mauritian Posted sur des questions stratégiques, aujourd’hui ne sommes-nous pas suffisamment émancipés politiquement en tant que peuple pour que nous soyons tenus informés de la nouvelle configuration physique de notre intégrité territoriale en toute souveraineté?
Le 12 mars 2023 ne sera-t-il pas la date historique appropriée pour Maurice de sortir du carcan politico-diplomatique imposé, avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth, au nom de l’État souverain de venir de l’avant avec un Full Disclosure sur la forme que prendra la fin du processus de décolonisation?
Ainsi, le cadeau d’anniversaire des 55 ans d’indépendance et des 31 ans de la République sera digne et à la hauteur de l’événement, dépouillé de la même équation d’il y a 55 ans, alors que la cerise sur le gâteau sera la restitution sans condition du territoire mauricien volé…

