Violence, manque de respect envers les aînés et les enseignants, langage offusquant comme lors du dernier incident dans un des collèges les plus cotés de l’île… la notion de valeurs et les règles de bienséance semblent complètement étrangères pour nombre de nos jeunes. À y voir de plus près toutefois, on constate que leur comportement n’est que le miroir de celui des adultes.
Le sociologue, Ibrahim Koodoruth, fait ressortir que « tout le monde a démissionné vis-à -vis des jeunes », ce qui expliquerait leur perte de repères. Il note encore l’absence marquée du partage intergénérationnel contrairement à autrefois. « La plupart du temps, l’enfant est seul avec son portable, sa PlayStation ou ses amis », dit-il. Il relève plusieurs lacunes en termes d’activités sociales saines pour meubler le temps du jeune et le former. « Le jeune vit dans un milieu. Si ce milieu ne s’occupe pas de lui, comment voulez-vous qu’il adopte cette notion de tolérance et de respect des autres ? » Les parents, exhorte-t-il, doivent prendre le temps de vivre avec leurs enfants.
Pour Bashir Nuckchady, parmi les raisons de perte de valeurs chez les jeunes, il y a l’influence de la famille nucléaire, en particulier lorsque les parents travaillent et n’ont pas de temps à partager avec leurs enfants. « Les sentiments et les émotions de l’enfant restent inaudibles. » Il est d’avis que c’est le devoir premier des parents de leur inculquer les principes de la vie. « Nos enfants sont plus influencés par ce que nous faisons que par ce que nous disons. Lorsque nos agissements sont en adéquation avec nos valeurs, nous sommes cohérents, et nos enfants apprennent de manière beaucoup plus efficace. Parents, enseignants, chefs religieux et autres ONGs doivent se retrousser les manches », dit-il.
De son côté, Jacques Lafitte, formateur de parents et de jeunes, considère que c’est concernant la transmission des valeurs que cela va mal. « La transmission ne se fait pas. En somme, ce sont davantage ceux censés transmettre ces valeurs qui sont à blâmer. Les Role Models ne sont plus aussi présents. »
Il s’interroge : « Que faisons-nous pour que les règles familiales minimales soient respectées ? Le déclin commence par-là  : la famille, la société, les autorités. » Quant à  l’école, « courroie essentielle de transmission », elle doit pouvoir jouer son rôle. « Il faut pouvoir utiliser les outils des jeunes. Pourquoi ne pas exploiter leurs outils de communication (TikTok, Facebook, Instagram) pour transmettre des choses positives par les jeunes pour les jeunes ? » se demande-t-il. Sur un ton plus optimiste, toutefois, il rassure que la situation n’est pas désespérée. « Il s’agit de faire un constat honnête, être l’exemple et avoir une politique claire en général et la mettre en Å“uvre », rassure-t-il.
IBRAHIM KOODORUTH (SOCIOLOGUE) : « Nous ne donnons pas suffisamment de repères à nos jeunes »
La crise des valeurs chez les jeunes a défrayé la chronique récemment, notamment dans le sillage des propos déplacés d’un groupe d’élèves d’un collège d’élite à l’encontre d’une section de la population. Pour certains experts, il ne s’agit là que du sommet de l’iceberg. D’où vient le mal ?
Je crois que tout le monde a démissionné vis-à -vis des jeunes. C’est cette démission qui fait qu’ils sont en perte de repères. A titre d’exemple, nous pouvons nous demander combien de parents aujourd’hui prennent le temps de discuter et partager avec leurs enfants.
L’enfant est là , oui, et parfois on fait une sortie en famille mais la plupart du temps, l’enfant est seul avec son portable, sa PlayStation ou ses amis. Le partage intergénérationnel tel qu’il y avait autrefois fait défaut.
Par ailleurs, quand nous regardons les forces vives et les partis politiques, nius pouvons nous demander combien parmi eux prennent des initiatives pour mobiliser les jeunes ? Là encore, il n’y a pas grand monde qui s’intéresse à former les jeunes.
Dans les années 70-80, il y avait des mouvements qui se penchaient sur la formation des jeunes tels que le scoutisme et les clubs sportifs. Il y avait ainsi une transmission de valeurs à travers ces mouvements. Aujourd’hui, nous n’en trouvons plus.
Même au niveau des ministères, combien travaillent vraiment avec les jeunes de manière soutenue ? Il faut des programmes soutenus qui motivent les jeunes à participer. Quels que soient les mouvements religieux, quelles sont les actions qui sont entreprises pour éduquer les jeunes ? Nous pouvons compter sur les doigts de la main combien d’initiatives sont prises. L’ancienne génération a connu cette notion de solidarité mais le jeune d’aujourd’hui est égoïste, ne pensant qu’à ses intérêts. Quand vous lui parlez de corruption ou d’injustice, cela ne relève aucunement de son problème. Nous avons aujourd’hui des jeunes en crise.
Ils ne font que reproduire ce que leur environnement leur donne et transmet, n’est-ce pas ?
Le jeune vit dans un milieu. Si ce milieu ne s’occupe pas de lui, ne s’intéresse pas à  l’éduquer au vivre-ensemble, comment voulez-vous qu’il adopte cette notion de tolérance et de respect des autres ? Le milieu lui-même ne prépare pas le jeune et à partir de là , nous avons un jeune désorienté qui essaye de faire quelque chose mais il est malheureusement parfois mal inspiré…
Quelles sont ces mesures qui font défaut et qui pourraient améliorer la situation ?
Les parents doivent prendre le temps de vivre avec leurs enfants. Ce n’est pas en leur donnant un portable, des jeux vidéo qu’ils formeront l’adulte de demain. Il faut passer du temps avec eux, être à leur écoute pour guider et partager. Combien de nos quartiers ont-ils des mouvements de jeunes ? Il faut des acteurs au niveau communautaire qui prennent des initiatives avec le soutien des ministères ou même des associations sportives. C’est à travers ces moyens au niveau communautaire que nous pouvons réorienter ces jeunes. Nous ne pouvons nous attendre qu’ils se forment d’eux-mêmes. Il faut créer un environnement qui soit propice où ils sont encouragés à se former. C’est ce qui manque aujourd’hui.
Les parents eux-mêmes ont-ils les outils nécessaires pour guider leurs enfants ? Ne faudrait-il pas des formations mises à leur disposition ?
Je pense que c’est là la grande question aujourd’hui : n’est-il pas grand temps de réinventer l’éducation des parents ? Ce que ces derniers ont connu et le monde dans lequel nous vivons sont en déphasage. Ils ne savent pas trop eux-mêmes comment se comporter vis-à -vis des jeunes.
Est-ce qu’il ne faut pas une école des parents, un forum de discussions sur comment élever son enfant ? Il faut effectivement poser cette question aujourd’hui : est-ce que nous, parents, nous savons comment éduquer nos enfants ?
Outre les parents, il y a l’éducation dispensée à l’école, autre relais des valeurs…
Nous avons un système éducatif où nous mettons l’accent uniquement sur l’aspect académique. Or, préparer un enfant pour vivre dans une société ne consiste pas seulement à avoir des connaissances académiques. Il importe encore d’avoir un savoir-vivre, un savoir-être.
Est-ce que nos écoles préparent les jeunes à cela ? Ce n’est pas en ayant une classe, une matière sur le sujet qu’on y parviendra. Nous ne voyons plus toutes les activités qui existaient au niveau des écoles et des collèges autrefois (activités sportives, activités extrascolaires, jeux d’échecs, etc.). Nous ne donnons donc pas l’occasion aux élèves de socialiser et d’apprendre des valeurs de partage, de solidarité, de travail d’équipe.
À partir de là donc, nous pouvons nous demander si le jeune est à blâmer. Je ne comprends pas pourquoi nous ne prodiguons pas la formation qu’il faut aux jeunes. Force est de constater qu’aujourd’hui nous avons un système qui s’attarde sur le côté académique et oublie que former des jeunes, c’est aussi leur apprendre à vivre dans la société.
Le téléphone portable et autres réseaux sociaux y sont pour quelque chose aussi dans le déclin des valeurs ?
Non, c’est chercher des excuses. Le portable est là mais il faut savoir l’utiliser. Au contraire, cela peut être un outil pour une meilleure communication parmi les jeunes. Simplement, il faut savoir quels types d’informations partager avec cet outil. Malheureusement, il y a une mauvaise utilisation des portables aujourd’hui parce que nous ne donnons pas suffisamment de repères à nos jeunes. Nous ne faisons que leur donner des portables sans leur expliquer ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire avec. C’est donc toute cette question d’éthique au niveau de l’éducation des jeunes qui manque aujourd’hui.
En conclusion…
Je pense que condamner et punir les jeunes ne constituent nullement la solution. Toute la société doit se poser cette question : est-ce que nous, les partenaires principaux, acteurs sociaux, sommes en train de former notre jeunesse ? Qu’apprenons-nous à notre jeunesse ? À partir de là , nous nous rendrons compte des manquements et nous pourrons prendre les mesures correctives.
BASHIR NUCKCHADY (EX-ENSEIGNANT) : « Les sentiments et les émotions des jeunes restent inaudibles »
La crise des valeurs chez les jeunes a défrayé la chronique récemment, notamment dans le sillage des propos déplacés d’un groupe d’élèves d’un collège d’élite envers une section de la population. Pour certains experts, il ne s’agit là que du sommet de l’iceberg. Les jeunes sont-ils les seuls à blâmer ?
Tout le pays a entendu avec stupeur les propos déplacés de ces élèves. Mais, nous devons comprendre que, bien que cela ne soit pas louable, cela a été fait dans un état d’euphorie. Peut-être que leur intention n’était pas de blesser quiconque, mais la plupart d’entre eux ont été entraînés par l’influence de la majorité incontrôlable pour ce cas spécifique.
Cependant, la crise des valeurs chez les jeunes reste un phénomène sociétal mondial. Les facteurs qui font dégénérer les valeurs morales chez les jeunes sont multiples. Parmi, il y a l’influence de la famille nucléaire et du mode de vie matérialiste. En particulier, lorsque les parents travaillent et n’ont pas de temps à partager avec leurs enfants. Les sentiments et les émotions de l’enfant restent inaudibles.
Ainsi, l’enfant se rabat sur la télévision, les amis, la mauvaise littérature et commence à mal se comporter. Cette rupture du contrôle parental sur les enfants diminue de jour en jour et, par conséquent, l’autonomie de la jeune génération augmente rapidement, ce qui résulte en une perte des valeurs.
D’une part, les parents ont davantage mis l’accent sur la réussite académique que sur le développement de valeurs morales. De l’autre, il y a un manque accru de programmes académiques liés aux valeurs humaines. Le système éducatif actuel est ainsi fait que nos jeunes peuvent facilement satisfaire leurs besoins fondamentaux et gagner de l’argent mais ne trouvent aucune importance des valeurs dans leur vie.
Les parents sont absents et les enfants reçoivent des objets technologiques pour compenser leur absence. Ajouté à cela, il n’y a presque plus de famille élargie ni la présence des grands-parents sous le même toit pour inculquer les valeurs morales.
Certains remontent à l’époque du boom économique des années 80 lorsque les mères au foyer ont commencé à travailler pour attribuer cette perte des valeurs chez les jeunes.
Définitivement, les choses ont considérablement changé depuis les années 80. Maintenant, il y a plus de familles à double revenus, des familles monoparentales, et il y a beaucoup plus de femmes dans la population active. Les enfants sont souvent élevés par d’autres personnes que leurs propres parents et n’ont personne pour leur inculquer les valeurs morales.
C’est le devoir premier des parents de communiquer avec les enfants, de leur transmettre les valeurs, la culture de la famille, les principes de vie qui leur serviront de boussole pour naviguer à travers ces eaux parfois très troubles.
On dit aussi que les enfants reproduisent le modèle qu’ils voient à la maison. Pensez-vous qu’il y a un déficit de valeurs chez les parents eux-mêmes ?
Nos enfants sont plus influencés par ce que nous faisons que par ce que nous disons. Dans la transmission des valeurs, s’il y a bien quelque chose qui ne fonctionne pas, c’est « Fais ce que je dis et non pas ce que je fais ».
Nos enfants nous observent pour avoir une idée de la manière dont ils doivent se comporter avec les autres. C’est la raison pour laquelle, si nous souhaitons transmettre nos valeurs à nos enfants, nous devons nous efforcer de les incarner personnellement. Nous devons être un exemple pour nos enfants. En effet, lorsque nos agissements sont en adéquation avec nos valeurs, nous sommes cohérents, et nos enfants apprennent de manière beaucoup plus efficace. Ainsi, ils ont un exemple concret de ce qui est attendu d’eux et de la manière dont cela peut se traduire.
La baisse de la natalité qui s’accentue dangereusement donne lieu à la problématique de l’enfant-roi. Ce dernier pourrait même devenir le nombril de la famille, sans limite, égoïste, intolérant, agressif et violent. Nous lui donnons tout et il considère que la société lui doit tout. Il crie, insulte, menace, casse ou cogne. Tout puissant, il devient le nouveau chef de famille qui fait la loi. Face à lui, des parents, des enseignants et des adultes épuisés, déroutés, confus, désemparés.
Qui dit crise des valeurs dit crise de mesures. Quelles sont ces mesures qui font défaut et qui pourraient améliorer la situation ?
Pour pallier les manquements, toutes les parties prenantes, parents, enseignants, chefs religieux et autres ONGs doivent se retrousser les manches.
Au niveau des écoles, nous constatons avec regret que la pratique de Morning Assembly quotidienne à l’école a été négligée. C’était le moment idéal pour faciliter l’intégration nationale par le biais de réunions de prière de toutes les religions, afin de développer la spiritualité et le discernement et d’accroître un sentiment d’appartenance et d’unité entre les élèves.
Nous avons la responsabilité de créer dans les écoles primaires, collèges et établissements d’enseignement supérieur une instance d’écoute où les élèves peuvent s’exprimer librement afin d’extirper leurs frustrations et souffrances. Pour le développement moral et holistique des jeunes, les écoles doivent introduire davantage d’activités extracurriculaires : le sport, la musique, le bénévolat.
Les parents doivent écouter leurs progénitures, les accompagner dans leurs peines. Ainsi, ils n’auront pas à aller chercher refuge chez les autres. Les chefs religieux, compte tenu de leur influence, ont un rôle fondamental à jouer. Ils devraient enseigner les valeurs morales et spirituelles, aller au-delà de la tolérance et prêcher des messages universels de paix et de respect et l’acceptation de l’autre.
Le Conseil des religions vient de lancer son aile jeune. La démarche va-t-elle dans le sens de la recherche des valeurs perdues ?
Le Conseil des religions considère que le pouvoir de la jeunesse est la force motrice d’une nation. La connaissance sans valeurs morales est non seulement inutile, mais aussi dangereuse pour la société. Si nous donnons une bonne éducation aux enfants d’aujourd’hui, l’avenir des générations futures sera bon.
L’orientation morale des jeunes doit être renforcée pour construire une société où priment les valeurs morales et l’harmonie. Il est absolument nécessaire d’élaborer et de mettre en Å“uvre des approches constructives pour la jeunesse dont dépendent le présent et l’avenir du pays.
JACQUES LAFITTE (FORMATEUR) : « La transmission des valeurs ne se fait plus »

La crise des valeurs chez les jeunes a défrayé la chronique récemment, notamment dans le sillage des propos déplacés d’un groupe d’élèves d’un collège d’élite envers une section de la population. Pour certains experts, il ne s’agit là que du sommet de l’iceberg. D’où vient le mal ?
Quand nous parlons de valeurs, il faut rappeler que ces valeurs se transmettent. Il est donc question de transmission. C’est à ce niveau que cela va mal. La courroie de transmission est bien endommagée. La transmission ne se fait pas. En somme, ce sont ceux censés transmettre ces valeurs qui sont à blâmer. La transmission ne se fait pas oralement uniquement. C’est un peu ce que nous voyons, ce que noius sentons, ce quer nius vivoi-ns, ce à quoi nous sommes exposés. C’est pourquoi je parlerai de Role Models. Nous devons voir, sentir, être entourés de Role Models.
Ces Role Models doivent-ils être visibles un peu partout dans la famille, à l’école, dans la société, n’est-ce pas ?
Tout à fait. Cela commence au sein de la famille et ensuite s’étend dans le voisinage, la communauté… Nous n’avons pas besoin de faire du tapage autour des role models. C’est ce que nous voyons autour de nous. Ma première observation, de fait, est que les Role Models ne sont plus aussi présents.
Le comportement que nous déplorons fortement chez nombre de jeunes n’est donc que le reflet de la société…
Exactement. Je dirais aussi que savoir assumer ses actes, savoir dire « oui, c’est moi, je regrette » est quelque chose qui devient rare aujourd’hui. En général, l’attitude que nous voyons aujourd’hui, c’est « pa mwa sa, li sa, banla sa ». À Maurice, nous sommes arrivés à un point où il est peu fréquent que les coupables assument leur acte. Ce que nius entendons au contraire de nos jours chez les coupables, c’est curieusement : « Je suis serein, je n’ai rien à cacher. » Il n’y a que de bonnes intentions, que de bonnes personnes…
J’ai vécu une expérience dernièrement lorsque j’ai voyagé dans le métro à Rose-Hill, à l’heure de la fin des classes. Le métro était bondé et il y avait beaucoup de collégiens. N’ayant pas de place assise, je suis resté debout. J’étais agacé de voir une femme enceinte debout sans qu’aucun jeune ne lui ait proposé sa place. Ce n’est qu’après Barkly que la dame a pu trouver une place. Après réflexion, je me suis dit que ce ne sont pas ces jeunes qui sont à blâmer vraiment car ils ne savent probablement pas. Personne ne leur a pas appris à céder leur place à un senior ou toute autre personne plus vulnérable. Certes, c’est écrit, tel siège est réservé aux handicapés mais ce n’est pas dans les mœurs. Quand j’ai examiné leur attitude, j’ai cru déceler une certaine innocence.
Il y a donc un déficit de valeurs chez les parents eux-mêmes et les enfants reproduisent ce qu’ils voient à la maison ?
Je travaille beaucoup avec les jeunes. Je dirais qu’il y a une certaine innocence chez eux. Pour revenir à l’incident du RCC, là aussi, je dirais qu’il y a une certaine inconscience. Ils n’ont pas réalisé, ils ont dit n’importe quoi. Quand ils sont en groupe, avec leurs pairs, tout est permis pour eux. Cela commence à la maison mais il y a l’environnement en général, le voisinage, ce qui se passe dans la rue mais aussi les autorités. Le problème à Maurice, c’est que les lois sont là mais il n’y a pas de contrôle quant au respect de ces règles. Le message qui est envoyé ainsi est : « Je peux tout ! J’ai tous les droits ! »
Récemment, j’étais à la plage Le Bouchon. Une voiture et un fourgon jouaient de la musique à fond la caisse. Pour leurs occupants, ils étaient les maîtres des lieux et ne pensaient qu’à eux. Les autres n’existaient pas. Il y a donc cette attitude lorsque certains ne pensent qu’à eux et avec l’absence de réactions des autorités, nous arrivons à cette attitude où « c’est nous d’abord, tout est permis ». Cela commence dans la famille. Que faisons-nous pour que les règles familiales minimales soient respectées ? Le déclin commence par-là  : la famille, la société, les autorités.
Je viens de commencer une nouvelle formation avec de jeunes couples ayant de jeunes enfants. J’ai mis l’accent sur l’importance d’instaurer des règles dès le départ. C’est le plus difficile car un enfant est spontané et réfractaire à une certaine limitation de sa liberté. On commence par ramasser ses jouets après avoir joué, c’est la règle minimale.
Ne faudrait-il pas des cours comme vous en animez à l’intention des parents pour ramener le respect de l’autre et d’autres valeurs ?
Oui, tout est dans la formation. Un enfant ne naît pas avec un livret d’instruction pour l’élever. Être parent n’est plus un processus naturel. Nous sommes en 2023, avec une génération multimédia, pratiquement virtuelle, qui n’a rien à voir avec celle des années antérieures à 2000. Les valeurs sont les mêmes mais la méthode de transmission a changé.
Être parent aujourd’hui donc s’apprend, ce n’est plus instinctif. Avec les nouvelles technologies, l’influence des pairs a un poids incroyable par rapport au poids de la famille. Les pairs prennent de plus en plus le dessus. Donc, il s’agit pour le parent de se remettre en question et de s’adapter. C’est à ce niveau que cela coince et avec le laisser-aller en général dans le pays, l’ambiance négative, l’absence de sanction réelle… La mère et le père doivent accorder leurs violons sur les règles de la maison. Ils ne doivent permettre l’influence de quiconque d’autres.
Et au niveau de l’Éducation ?
L’école est une courroie essentielle de transmission et doit pouvoir jouer son rôle. Il faut pouvoir utiliser les outils des jeunes. Pourquoi ne pas exploiter leurs outils de communication (TikTok, Facebook, Instagram) pour transmettre des choses positives par les jeunes pour les jeunes.
Le dernier mot…
La situation n’est pas désespérée. Il s’agit de faire un constat honnête, être l’exemple, avoir une politique claire en général et la mettre en œuvre.

