B.Burrun
La Société Royale des Arts et des Sciences de Maurice (SRASM) a tenu la gageure de marquer dignement, dimanche 30 avril, le 250e anniversaire du décès de Philibert Commerson, botaniste de renom qui a laissé sa marque dans les Mascareignes et en France, et un peu à Madagascar.
C’est à la demande de l’Intendant Pierre Poivre que Commerson, médecin et naturaliste de l’expédition de Bougainville (en fait, Commerson a reçu le titre de Naturaliste du Roi par Louis XV lui-même), a été affecté à l’Isle de France pour mener à bien l’une des missions de l’Intendant, à savoir l’autonomie alimentaire. Pierre de Boucherville Baissac, président de la SRASM, dixit.

L’autonomie alimentaire était doublée d’une autre mission, celle de rendre le port fonctionnel au regard des flottes françaises qui y faisaient escale en route vers les Indes sur lesquelles la France entretenait des visées expansionnistes.
Ces deux missions, une fois realisées, devaient faire de l’Isle de France un maillon essentiel pour ravitailler et équiper la marine française. Grâce à l’autonomie alimentaire, objectif que Pierre Poivre réalisait avec le médecin-naturaliste et botaniste Commerson, on s’éloignait du cauchemar que vécut la flotte française sous la Compagnie des Indes, qui dut se rabattre sur le Cap pour se ravitailler parce qu’à l’Isle de France c’était pénurie et disette de toutes sortes, fait ressortir par ailleurs Pierre de Boucherville Baissac.
D’autre part, avec le tandem Tromelin/Lislet Geoffroy, Pierre Poivre put désengorger le port et il fut possible, dès lors, de faire rentrer plusieurs vaisseaux de la flotte à la fois (alors que sous la Compagnie des Indes dont la seule motivation était le profit, avec peine pouvait-on laisser entrer deux vaisseaux).
Une commémoration en trois voletsLa SRASM, avec le concours du conservateur du Blue Penny Museum Emmanuel Richon en tant que maître de cérémonie et réagissant sur des points historiques, a mijoté un programme de commémoration en trois volets pour un hommage digne à la mémoire de Philibert Commerson, une des pièces maîtresses de l’administration réformatrice de Pierre Poivre. Plus question de pénurie, de disette et de famine avec la mise en place d’un programme d’autonomie alimentaire robuste, pour lequel Commerson inclut aussi La Réunion et Madagascar.

C’est dans le premier volet du programme de commémoration, le 30 avril, que plusieurs professionnels et amateurs ont mis en exergue la contribution de Commerson à l’avancée botanique des Mascareignes.
Parmi les interventions et les intervenants à ce premier volet: L’histoire de la Maison de la Villebague, Marie-France Chelin-Goblet, Historienne;Commerson le botaniste, Jean-Pierre Grienay, Jardinier-botaniste, Parc de la Tête-d’Or de Lyon;Généalogie de Commerson, Gilles Hodouin, descendant par alliance de Commerson;Commerson à l’île de La Réunion et Lislet Geoffroy, Christian Landry, Président de l’Académie de l’île de la Réunion ;Commerson, concepteur d’une Académie à l’Isle de France et Bourbon, Jean-Marie Huron, Membre de la SRASM.
Le deuxième volet, réalisé le 1er mai, comprenait un dépôt de fleurs au Monument de Commerson à Grande-Retraite; le dévoilement d’une nouvelle stèle au cimetière de St-Julien, en collaboration avec la Société d’Histoire de l’Ile Maurice et Friends of the Environment suivi d’un déjeuner dans la chasse de Gaulettes Serrées.Le troisième et dernier volet est prévu pour le 13 mai aux Écuries des Aubineaux à Forest-Side. Coup d’œil rapide sur le programme :
Accueil de Pierre de Boucherville Baissac, Président de The Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius ;La Poste lancera un timbre et un First Day Cover dédié à Philibert Commerson.Discours de bienvenue en marge de la conférence, Pierre de Boucherville Baissac, Président de The Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius ;Conférence: Jeanne Barret and Philibert Commerson (en anglais), Dr. Danielle Clode, Associate Professor, Flinders University, Melbourne, Australie.Projection du documentaire French Voyages to Australia (en français), Dr. Danielle Clode.Exposé sur quelques plantes récoltées par Commerson et Jeanne Barret, Simone Sempéré, artiste peintre, autrice et globetrotteuse ayant fait le tour du monde de Bougainville dans les traces de Commerson et Jeanne Barret.Visite libre des Jardins des Aubineaux.
Interventions de l’événement du 30 avril dernier à La Maison de la Villebague
Dans son exposé, l’historienne Marie-France Chelin-Goblet a contextualisé le séjour de Philibert Commerson à la Villebague où il a herborisé tout le domaine s’étendant du Quartier des Pamplemousses à La Nicolière. Il y a introduit l’hortensia (Hydrangea macrophylla) dont la première floraison a eu lieu dans les jardins de la Villebague peu avant sa mort.
Jean-Pierre Grienay, jardinier-botaniste du Jardin botanique de la Ville de Lyon, a rappelé l’intérêt que Philibert Commerson portait pour la science naturelle et la botanique, la classification des plantes avec leurs noms en latin et en grec, selon le genre et l’espèce avec même une indication de l’origine géographique.

Manifestement, Pierre Poivre et Philibert Commerson ambitionnaient de faire de l’Isle de France un centre botanique de renom. En fait, Philibert Commerson avait une telle passion qu’il s’amusait avec la botanique, tout en étant rigoureux. Et il n’étonne guère que Pierre Poivre contribue financièrement au séjour de Commerson à l’Isle de France. Un investissement fort heureux au vu des résultats de l’immense service que rendra le scientifique dans la région lyonnaise à la botanique de l’Isle de France.
M. Grienay ne pouvait manquer de faire mention du fait que Louis XV avait choisi Philibert Commerson, en sa qualité de médecin et naturaliste, pour faire partie de la première expédition scientifique française autour du monde sous la direction de Bougainville.
Le jeune Commerson fera son premier herbier dans sa région natale. Par ailleurs, le botaniste répertorie plusieurs centaines de plantes – parmi le fruit de Cythère. Les plantes sont nommées en hommage à des personnes connues de Commerson, notamment son épouse (Pulcheria commersoni), Pierre Poivre (Poivrea sp.), son assistante Jeanne Barret (Barretia sp.), le chef de l’expédition, Bougainville (Bougainvillea sp.).
En bon botaniste de jadis, il ne s’oublie pas. Commerson nomme une plante en son honneur, soit le Commersonia. Une telle carrière ne pouvait être placée sous l’éteignoir – on célébrera bel et bien, au Jardin botanique de Lyon, les hauts faits de la carrière de Philibert Commerson.Pour sa part, Gilles Hodouin a entrepris un long survol généalogique de Philibert Commerson. Nous reviendrons sur cette intervention instructive où se marient le solennel et l’humour.
Christian Landry a, lui, fait un rappel de l’expédition colorée de Philibert Commerson à La Réunion lorsqu’en 1771 « volcan l’a pété! » ; il y rencontre Monsieur Geoffroy et la princesse Nirma, la mère de Lislet Geoffroy. La composition de l’expédition est impressionnante – 5 maîtres, 5 guides, 32 porteurs, entre autres. Commerson quitte le château de l’ancien gouverneur Desforges-Boucher à Saint-Louis et cette expédition dure 10 jours (Commerson se trompe lourdement lorsqu’il affirme qu’elle a duré 40 jours, précise Christian Landry!). Le médecin-naturaliste se paiera le luxe de prendre un bain rafraîchissant dans un cratère rempli d’eau douce. Il s’y trouve quelque part un cratère Commerson nommé par Bory de Saint-Vincent. Durant cette expédition en haute altitude, on nomme et on collecte des plantes.
Dans ce contexte, est exécuté un dessin grandeur nature du Pétrel Noir par Jossigny, lequel dessin est signé au dos par Commerson. On lui doit l’introduction, de concert avec Lislet Geoffroy, d’un fraisier à La Réunion, d’après Bory de Saint-Vincent. Commerson fait une belle collection de fougères, etc. que l’on retrouvera à Paris. Durant les dix jours de l’expédition, il n’a cessé d’herboriser, de recueillir des plantes et des échantillons minéralogiques, entre autres. Il en rapporte de Bourbon 604 espèces et 13 cartons de dessins.Enfin, Jean-Marie Huron, trésorier de la Société Royale des Arts et des Sciences de Maurice, a évoqué l’ambitieux projet d’une académie conçu par Commerson pour l’Isle de France et Bourbon.
Nous y reviendrons.

