Gestion des stocks de thons : Arrière-goût aigre-doux au sommet de la CTOI-Maurice

La Sustainable Tuna Association : « La pérennité du stock de thon dans la région n’est pas seulement une question de survie, mais une question existentielle »

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Le sommet de la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI), qui s’est tenu à Maurice début du mois, laisse encore un arrière-goût aigre-doux, pour ne pas dire amer, au sein de la Sustainable Tuna Association, regroupant les principales entités mauriciennes engagées la Blue Economy. C’est ce qui ressort d’un communiqué publié en fin de semaine, faisant état de ces consultations entre les États riverains de l’océan Indien de même que d’autres puissants intérêts internationaux exploitant les stocks de thon dans la région. La question des dispositifs dérivant de concentrations de poissons (DCP) reste controversée, car aucun Breakthrough n’a été possible.

La question que devait trancher cette 27e session de la CTOI portait sur l’interdiction de pêche sous DCP de 72 jours en 2024, résolution adoptée lors de la précédente session de février, avec pour objectif de préserver le stock de thons dans l’océan Indien. « L’impact de cette interdiction de pêche sous DCP, telle qu’elle est actuellement proposée, aurait de graves répercussions sur l’industrie de transformation du thon à Maurice et aux Seychelles, et sur l’ensemble de la chaîne de valeur associée. L’industrie a le devoir d’assurer la durabilité sociale et économique du secteur », affirme la Sustainable Tuna Association.
Le secteur du Seafood Hub à Maurice comprend plus de 6 000 emplois directs et 25 % des exportations mauriciennes. « La pérennité du stock de thon n’est pas seulement une question de survie, mais une question existentielle. Plusieurs objections ont été déposées à l’encontre de cette interdiction, de sorte que son avenir reste incertain », poursuit cette association des opérateurs du secteur de l’économie bleue.

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Techniquement, si 11 objections contre cette résolution sont atteintes, le vote de février dernier sera automatiquement annulé, et la proposition devient alors officiellement invalide. Mais même si ce nombre n’est pas atteint, cela n’a déjà aucun sens, car les principales flottes utilisant des DCP se sont opposées à cette interdiction et ne la suivront pas.
Le sommet de Maurice de la CTOI s’était donné pour mandat de sortir de cette impasse, avec notamment une proposition fusionnée de l’Union européenne et de la Corée du Sud, soit une interdiction de 45 jours de DCP à partir de 2025, à convenir en 2024, après les recommandations fournies par le comité scientifique. Le consensus qui se dessinait lors des délibérations a volé en éclats avec une intervention des États côtiers du G16.

« C’est particulièrement décevant. La résolution actuelle sur les DCP (23/02) n’aura aucun effet, et c’était l’occasion de faire avancer les choses d’une manière significative, qui pourrait être mise en œuvre. Cependant, l’idéologie a triomphé de la réalité et du pragmatisme. Les membres de la STA ont depuis longtemps accepté qu’une fermeture de la pêche sous DCP a un rôle à jouer. La commission a été à deux doigts de trouver un moyen de la mettre en œuvre. Aujourd’hui, nous nous trouvons face à une résolution qui sera soit annulée, soit non appliquée par ceux qu’elle visait », concède le président de la STA, Cougen Purseramen.

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« La résolution 23/02 a été présentée comme une mesure visant à améliorer la santé des juvéniles d’albacore et nous comprenons que la senne coulissante avec ses DCP contribue largement à ces captures. Cependant, les membres de la STA ont une compréhension globale des enjeux et des impacts de toutes les méthodes industrielles. La pêche à la canne (pole and line) capture essentiellement des juvéniles d’albacore, les palangriers capturent des thons plus gros et plus matures, les super-reproducteurs, tandis que les filets maillants dérivants contribuent également de manière significative aux captures de juvéniles. C’est pourquoi nous soutenons depuis longtemps que toutes les parties doivent jouer un rôle dans l’amélioration de la santé des stocks », ajoute-t-il dans le communiqué.
Commentant les retombées du dernier sommet de la CTOI, la STA reconnaît : « Plus de la moitié des mesures de conservation proposées ont été adoptées, et surtout, cela inclut un plan concret pour la reconstruction du stock de thon obèse (Bigeye). Cependant, nous regrettons profondément qu’aucun accord clair n’ait été conclu sur l’albacore, et ce stock est toujours dans le rouge et sujet à la surpêche. »

Ainsi, un accord a été conclu pour amener les captures de thon obèse au point de production maximale équilibrée, ce qui devrait améliorer les niveaux de stock. Mais les propositions présentées sur les captures d’albacore de l’UE, de la Tanzanie et du Kenya n’ont pas trouvé de soutien de la part des délégués, tandis que la proposition mauricienne, qui repose sur une approche différente, a été adoptée.

Pour sa part, la délégation mauricienne a présenté une proposition autonome révisée qui donnait le choix entre une fermeture de 31 jours ou une réduction supplémentaire des captures d’albacore, tout cela sur une base volontaire. Dans un contexte où aucune des propositions relatives à l’albacore ne faisait de percée, la proposition mauricienne a été bien accueillie par la majorité des pays présents et a été adoptée par la commission tard le dernier jour.

« Le gouvernement mauricien a fait preuve d’un leadership qui fait défaut à de nombreuses autres délégations, et a compris que les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans l’océan Indien, en particulier en ce qui concerne l’albacore, ne seront pas résolus si toutes les parties n’acceptent pas les réductions, ou si l’action se concentre sur un seul type de méthode de pêche », se félicite Cougen Purseramen.

Finalement, la Sustainable Tuna Association ne peut s’empêcher de faire état de l’ordre dispersé et de la division plus qu’évidents relevés au sein de la CTOI. « Malgré les efforts de certaines parties, il n’y a pas qu’une seule voix qui représente tous les petits États insulaires en développement, ou les pays côtiers, ni de voix unique qui représente les pays et groupe de pays pratiquant la pêche en eaux lointaines, tels que l’UE. Nous restons une industrie et un monde beaucoup plus interconnectés que ces points de vue étroits voudraient faire croire aux gens », s’indigne Cougen Persuramen.

Outre l’aspect positif de l’accord sur le thon obèse, d’autres propositions de gestion importantes ont été adoptées, notamment l’amélioration de la surveillance électronique, la protection des oiseaux de mer dans les pêches à la palangre et des cétacés, le renforcement de la coopération et la création d’un groupe de travail sur les aspects socio-économiques de la pêche au thon dans l’océan Indien.

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