Décès de 11 patients dialysés : Une demande pour enquête judiciaire soumise au DPP

Les proches des 11 patients dialysés, décédés pendant la période où le Covid-19 sévissait, ont sollicité le Directeur des Poursuites publiques (DPP), Me Rashid Ahmine, pour faire une demande en vue d’une enquête judiciaire. Cette requête a été soumise à travers la Renal Disease Patients Association (RDPA).

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« Le ministère de la Santé n’a pas rendu public le rapport du Fact-Finding Committee (FFC) sur ces décès et le ministre Kailesh Jagutpal a seulement dit que deux cas ont été référés au Medical Negligence Standing Committee (MGSC) », déclaré Bose Soonarane, secrétaire de l’association.

Dans cette correspondance, la RDPA a rappelé que les 11 patients sont décédés « in doubtful and obscure circumstances » alors qu’ils étaient en quarantaine à l’hôtel Tamassa ou traités à l’hôpital de Souillac. L’association ajoute que ces décès pourraient « amount to either voluntary or involuntary homicide ».

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Le RDPA note que le FFC était présidé par l’ex-juge Deviyannee Beesoondoyal avec des Terms of Reference bien définis. Le ministère de la Santé a évoqué la Medical Confidentiality pour garder le rapport privé. « Si le rapport était positif pour le ministère, est-ce qu’il ne l’aurait pas rendu public ? » se demande Bose Soonarane.

L’association conteste aussi la présence du Dr Rajendranath Goordoyal au sein du MNSC. « Le médecin était l’ex-Regional Health Director de l’hôpital Nehru, qui était directement impliqué dans la gestion des centres de quarantaine dont l’hôtel Tamassa avec les patients dialysés. N’y a-t-il pas de conflit d’intérêts ? Nous contestons sa présence sur ce board », affirme le secrétaire de la RDPA.

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Par ailleurs, Bose Soonarane maintient que ces victimes ont été contaminées alors qu’elles étaient sous la responsabilité du ministère de la Santé. « Leurs proches souffrent énormément. Ils veulent savoir la vérité sur ce qui s’est passé pendant le Covid », ajoute-t-il. Il a indiqué que les familles des victimes ont déposé devant le FFC, mais qu’elles ignorent tout des conclusions.

« Nous ne cherchons pas de compensation ou à faire de la politique avec cette affaire. Nous sommes dans une souffrance terrible et le ministère de la Santé nous doit la vérité », explique pour sa part Kevin Hanzany, qui a perdu son beau-père.
« Li pa evidan, nou pe bizin tonb lor lipie pou dir donn nou rapor FFC. Nou ena enn soufrans ki pe pez lour pou nou. No demann minis Jagutpal ekout nou doleans », supplie-t-il.

Canabady Pillay Ramsamy, qui a perdu son épouse, dénonce le traitement infligé aux familles des victimes. « Zot avoy nou enn let pou dir vinn depoze pou FFC. Enn mo de sinpati zot pa mete lor la », regrette-t-il. Il se rappelle aussi dans quelles conditions son épouse dialysée a été enterrée au cimetière Bigarade. « Zot fouy enn trou avek JCB ek zot met lekor ladan. Kouma fini, masinn-la so later ek so ros kouver sa lekor-la. Zot mem pa met enn plak lor plas-la. » Son épouse est la onzième victime et ce n’est qu’après qu’il en a « parlé publiquement » que le ministère de la Santé a aménagé une salle spéciale à l’hôpital ENT pour les patients dialysés positifs au Covid-19. « À Souillac, il n’y avait pas les équipements nécessaires pour traiter les patients atteints du Covid. La logistique se trouvait à l’ENT », dit-il.

De son côté, Vinaygee Lutchannah, dont l’époux est décédé, est revenue sur le calvaire qu’elle a subi car elle avait insisté pour être présente avec lui afin de s’en occuper. « Environ 80 personnes étaient dans deux bus qui nous avaient emmenés à l’hôtel Tamassa. Nous ignorons qui sont ceux qui étaient positifs ou pas et nous étions tous entassés », se rappelle-t-elle.

Après les procédures pour remplir les fiches et qui ont pris plus de deux heures, Vinaygee Lutchannah et son époux ont été placés dans une chambre. « L’hôtel était en rénovation. Il n’y avait pas de téléphone, de télé ou un autre moyen de communication. On nous a laissés seuls », poursuit-elle en dénonçant vertement les conditions de transfert des patients pour les séances dialyse à l’hôpital.

Vinaygee Lutchannah avance qu’un jour, le personnel de la santé l’a informée qu’elle serait positive. Puis, elle a insisté pour un autre test et on lui a alors fait comprendre que c’est son époux qui était positif. « Les premières personnes à être infectées à l’hôpital de Souillac étaient les préposés aux soins de santé qui n’avaient pas encore eu les résultats. Les patients dialysés ont été infectés par le virus à leur contact », confie-t-elle. Son époux est décédé quelques jours plus tard.

Elle dit avoir assisté à des manquements aux traitements des patients et au manque de considération aux familles qui ont perdu de proches. « On m’a dit que j’aurais la permission d’assister aux funérailles de mon époux. Mais 15 minutes avant mon départ, on m’a informée que ce ne serait pas possible sans donner de raison », poursuit-elle.

Bose Soonarane justifie la demande de l’association au DPP en soutenant, entre autres, que « l’hôpital ENT pouvait traiter des patients du Covid car il y avait des médecins spécialisés sur place comme des Chest Specialists et des Ventilators ». Il ajoute que les patients positifs dialysés « étaient obligés de rester à Souillac ». L’association compte aussi s’entretenir avec son panel légal pour évoquer d’autres démarches.

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