Changement climatique : Le Dr Deenapanray alerte les entreprises sur les pertes et dommages

« Si nous n’agissons pas, les hôtels seront vraiment pieds dans l’eau ! » prévient le chercheur

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Un « mix » de biomasses et d’énergie solaire préconisé

Le Club des entrepreneurs de la transition énergétique de Business Mauritius s’est réuni récemment pour discuter de développement durable et de l’objectif d’éliminer le charbon d’ici 2030. L’occasion pour le Dr Sanju Deenapanray, chercheur, directeur d’Ecological Living in Action et professeur adjoint à l’Université des Mascareignes en développement durable et changement climatique, de tirer la sonnette d’alarme sur différentes questions clés liées aux effets du changement climatique sur le pays.

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Il a ainsi d’abord évoqué le lien entre changement climatique et la sécurité alimentaire. « Les extrêmes de climat, tels les cyclones dévastateurs comme Freddy, ne sont qu’un aspect des dangers qui nous guettent », dit-il. Et plus dévastateur encore sera la pénurie alimentaire. « C’est toute la planète qui est affectée par le changement climatique. Il faut absolument comprendre que c’est cette même planète qui nous nourrit. »

Le chercheur déplore qu’il n’y ait pas, dans le processus budgétaire, de système pour classifier les dépenses liées au changement climatique, alors que ce dernier est un problème collectif et qu’il faut des structures « pour coordonner les actions au niveau national ». Il insiste sur l’aspect « loss and damage » qui sera le « next big thing for us in terms of money, for the next ten years ». Ajoutant : « There has been a new fund created for loss and damage under COP27 » concernant le changement climatique.

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Une commission sera mise sur pied pour le Loss and Damage  pour la région Sud-Ouest de l’océan Indien et il faudra des efforts concertés au niveau national pour accéder à ces fonds. Les pertes et dommages se réfèrent aux conséquences du changement climatique, comme la hausse du niveau de la mer, les vagues de chaleur prolongées, la désertification, l’acidification des mers et les phénomènes extrêmes, tels les feux de brousse, l’extinction des espèces et les mauvaises récoltes.

L’expert suggère de faire une analyse des risques pour chaque secteur économique afin de mieux coordonner les analyses sur le Loss and Damage et leur impact réel sur l’économie et la vie du pays. Par exemple pour le secteur hôtelier, c’est surtout la hausse du niveau de la mer qui représente le plus gros risque, mais aussi le storm surge et l’inland flooding, explique Sanju Deenapanray.

Cyclones de catégorie 5

Concernant la hausse du niveau de la mer, diverses études ont analysé la vitesse à laquelle les glaciers sont en train de fondre, mais il y a une différence à ce niveau entre les glaciers qui se trouvent dans l’eau et ceux qui se trouvent sur la terre ferme. Dans tous les cas, « si nous n’agissons pas de manière sérieuse et concertée, les hôtels seront vraiment pieds dans l’eau », prévient-il. « Il faut anticiper les risques, d’autant plus que les cyclones de catégorie 5 vont augmenter dans les prochaines années », poursuit Sanju Deenapanray.

Il rappelle que le cyclone Freddy a cassé tous les records en durant cinq semaines et deux jours. « Cela donne un avant-goût de la gravité de la situation qui nous attend dans les prochaines années. » Il soutient d’ailleurs que nous avons tendance à oublier la force des dommages que peut causer la nature, même dans la manière de construire les bâtiments et les structures. Évoquant la vulnérabilité de la région océan Indien et des petits États insulaires en général, le chercheur ajoute qu’il y a un « significant gap of any kind of research in our region, the south West Indian Ocean ».

Concernant les biomasses et l’énergie solaire, les deux options permettront de décarboner le pays. Et abordant la décarbonation du secteur énergétique, il soutient : « The decarbonisation of the power sector results in energy savings of around Rs 3.6 billion and Rs 4.3 billion, respectively, in 2030 and 2050. The energy savings in 2030 represent 1 % of GDP, and the cumulative energy savings to 2030 relative to the BAU scenario amounts to Rs 21.1 billion. »

Faisant le parallèle, entre les deux sources d’énergie, Sanju Deenapanray souligne que « biomass is strong sustainability et solar PV is weak sustainability, the sun is dying every day a little more ». De plus, il explique que si nous pouvons produire de la biomasse à Maurice, on évite de s’exposer aux frais élevés liés à l’importation de panneaux photovoltaïques et autres équipements nécessaires à la production d’énergie solaire à grande échelle, sachant aussi à quel point les prix à l’importation sont volatils.

Stranded assets

La différence entre l’énergie solaire et la biomasse réside dans le Land Requirement, dit-il, avec des dizaines de milliers d’hectares (environ 90 576 hectares, qui seront des « stranded assets ») qui seront nécessaires à la production de biomasses. Le Dr Deenapanray de conclure : « Given that the land is a very scarce commodity and that the allocation of land against alternative use is characterised by a zero-sum game, it is unrealistic to assume that 90, 576 ha of land will be available for developing an entirely new agro-forestry value chain for energy purposes. A more pragmatic approach would require a combination of biomass in co-generation plants and solar PV with battery storage. »

Il souligne par ailleurs qu’en optimisant le Phasing-Out du charbon avec des biomasses produites localement, « job creation can be maximised while at the same time keeping electricity prices at an acceptable level ».

L’éducation, un facteur clé
Amandine Hardowar de Rosnay, Head of Sustainability à Business Mauritius, souligne que si les entreprises adoptent de plus en plus les bonnes pratiques du développement durable, notamment à travers des plateformes comme SigneNatir, il est aussi crucial que la science, derrière ces efforts, soit accessible à tous. « Nous devons tous nous éduquer autour de la science du développement durable afin de trouver ensemble des solutions créatives, mais surtout pour que nous puissions ouvrir nos esprits et nos cœurs à un véritable changement culturel sur la question de la durabilité », dit-il.

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