Restons au mairat du lord-maire Ahmad Jeewah pour parler de l’inauguration, le 5 juillet 1993, du parcours culturel de la rue du Vieux Conseil. Ce parcours culturel a été aménagé au coût d’un peu plus de Rs 9 millions. D’où vient le nom de la rue du Vieux Conseil? «Les sources historiques disponibles indiquent que c’est dans cette rue que le Conseil supérieur de l’Isle de France – l’équivalent de la Cour suprême de l’époque – a tenu ses réunions. C’était dans un bâtiment en pierre jadis situé derrière celui qui abrite le magasin Poncini, un édifice qui n’existe plus.»(1) Il paraît qu’après un désaccord entre l’intendant Pierre Poivre et le gouverneur Daniel Dumas, Poivre décidait de réunir les conseillers à cet endroit vers 1767.
Quelles ont été les premières actions menées pour agrémenter et équiper le lieu? «Dans un premier temps la rue a été réaménagée, pavée et agrémentée d’infrastructures: musées de l’Histoire et de la Photo, Maison du Poète, Café du Vieux Conseil et autres structures commerçantes.»(2) Commentant l’entrée en opération du Musée de la Photo, le lord-maire a eu ceci à dire: «Le Musée de la Photo est opérationnel depuis son ouverture, l’année dernière. Mais on a eu beaucoup de difficultés pour la faire démarrer et continuer à fonctionner. Pourquoi? Tout simplement par manque de fonds financiers.» (Idem)
L’ombre de Tristan Bréville
La personne et personnalité de Tristan Bréville sont indissociables du Musée de la Photographie. «Le musée, c’est aujourd’hui lui qui le gère, avec ses ressources personnelles. Il paie même un employé, qui l’aide à faire vivre le musée. «L’argent, c’est le nerf du parcours», assure-t-il. Dans l’accord qu’il a passé avec la municipalité, il était prévu que celle-ci paie le local et prenne en charge tous les frais d’installation.. Ce qui fut fait. Mais, par la suite, aucune autre subvention ne lui est parvenue.»(Idem)
Tristan Bréville mettait le doigt sur les facteurs plombant l’essor du parcours culturel. «L’Etat ne prend pas la relève. On veut créer des choses, mais ça reste à l’état latent. La municipalité a une attention toute particulière pour ce parcours. Mais elle n’a pas logistique.» (Idem)
Il souligne dans le fil de son argumentation «qu’aucun poste n’a été créé et aucun budget de fonctionnement alloué à cette structure.»(Idem) Ce fait est est confirmé par Dev Bhoyroo, conseiller siégeant aux commissions Travaux et Bien-être. «Il n’y a pas eu de budget de fonctionnementpour le parcours culturel. Dans le nouveau budget, Rs 573 000 lui ont été allouées, dont Rs 400,000 pour les activités.»(Idem) La différence permettra de prendre en charge les salaires et l’entretien.
Les opérateurs commerciaux et le théâtre
Si à l’ouverture de la rue du Vieux Conseil, les opérateurs commerciaux étaient satisfaits de ce développement qui avait un impact positif sur la rentabilité de leurs affaires, ils déploraient néanmoins le manque d’animation, surtout nocturne.
«Du côté des opérateurs commerciaux de la rue, la plupart sont satisfaits au plan financier.Mais ils n’ont reçu aucune aide de la structure municipal pour animer le parcours. Ils envisagent donc de faire appel à un partenariat privé ou de constituer une association de riverains, qui pourrait leur permettre de coordonner leurs activités. Pour ce qui est de l’animation nocturne prévue dans le projet de rue piétonnière, il faudra encore attendre. Seul le Café du Vieux Conseil ouvre un soir par semaine. Tous ces opérateurs attendant la réouverture du théâtre de Port-Louis, qui pourrait leur amener des clients les soirs de représentation.»(Idem)
Le lord-maire Ahmad Jeewah a fait le point sur les dessous du projet de rénovation du théâtre. «Le théâtre a été fermé pendant de nombreuses années. Il y avait des réparations importantes à faire. Mais, par manque de fonds, on n’a rien pu faire. D’après les estimations, les ré parations allaient s’élever à au moins Rs 50 millions. On a donc pris la décision de réaliser la rénovation en plusieurs étapes.»(Idem)
Comment s’est fait le financement de ces travaux de rénovation? «Ainsi, la municipalité a emprunté Rs 22,5 millions à la Mauritius Commercial Bank, somme complete par un don de trois millions de francs de la Mission Française de Coopération. La réouverture du théâtre est prévue pour le mois d’octobre. Dans le prolongement de la rue du Vieux Conseil, le futur Centre de culture et de la communication devrait aussi trouver sa place dans ce parcours culturel.»(Idem)
Un projet fédérateur initié par le lord-maire Jérôme Boulle
C’est sous le mairat de Jérôme Boulle que le projet du parcours culturel du Vieux Conseil a vu le jour. Réaliste, il a ainsi commenté, en relativisant la place du parcours culturel dans le Port-Louis de la fin du 20e siècle. « On ne peut pas rendre son âme à Port-Louis, je pense que c’est un peu galvauder ce parcours. Les temps ont changé. Mais il faut donner une vocation à la ville. Il faut répondre aux attentes en tenant compte des mutations.»(Idem)
Quoi qu’il en soit, la vision de l’ancien lord-maire Jérôme Boulle a été implémentée. «C’est donc dans une des rares occasions où le système tourniquet, qui veut que le maire change chaque année, n’aura pas eu raison d’un projet fédérateur.»(Idem) Et à l’ancien édile port-louisien de donner ce sage conseil: «Pour gérer cette ville, il faut d’abord être à l’écoute et faire preuve d’imagination. Puis il faut une capacité à fédérer les intéressés autour d’une synergie. Après, je suis sûr que tout suivra, dont le financement.»(Idem)
Conclusion: «La réalisation de la première étape du parcours culturel illustre bien cette démarche.»(Idem)
B. Burrun
Une décentralisation des activités culturelles
En cette année 1994, tout en se disant fière de «sa bibliothèque, de ses clubs des Chiffres et des Lettres et de son Atelier de théâtre» le conseil municipal «a misé cette année sur la décentralisation des activités culturelles par la création de comités de gestion dans les quartiers.»(2) Ces comités sont constitués «en consultation avec les conseillers», mais ils ont la latitude de préparer leur programme d’activités. Mais il est sûr qu’ «en terme d’animations, le spectacle permanent que devrait abriter le théâtre de Port-Louis à sa réouverture viendra peut-être ouvrir une nouvelle voie.»(Idem)
Comment booster la fonction touristique de la capitale?
Un autre secteur que la municipalité veut booster c’est l’activité touristique. Une suggestion de l’ancien lord-maire Jérôme Boulle mérite d’être retenue à ce sujet: «Port-Louis devrait adopter une stratégie diurne, car les touristes qui ont déjà payé pour un hébergement à l’hôtel en demi-pension ne vont pas aller dîner ailleurs. Il faut aussi que la stratégie touristique de la ville soit en harmonie avec celle du pays.»(2)
Références
Groëme-Harmon, Aline, in L’Express 12 août 2019, «Port-Louis: la rue du Vieux-Conseil pavée d’oubliés»
Patel, Sooraya, «Une capitale en quête de vie» in Le Mauricien, 2 mai 1994.
Légendes
La rue du Vieux Conseil à Port-Louis. (Crédit photo- My Moris)
Tristan Bréville. (Crédit photo – Frédérick Bréville du Musée de la Photographie).

