Participant à la 80e session du Marine Environment Protection Committee (MEPC) qui se déroule du 3 au 7 juillet à l’International Maritime Organisation (IMO) à Londres, la biologiste marine et militante, Shaama Sandooyea, est intervenue mardi pour interroger l’organisation sur les obstacles et contraintes en vue d’atteindre les objectifs d’une industrie maritime responsable. Elle a par ailleurs interpellé le comité de la protection du milieu marin sur les désastres tels que le Wakashio et ses répercussions sur les communautés touchées, tout en les apostrophant ainsi : « Are you brave enough to change the course of history ? ».
Parmi les principaux points à l’agenda de cette session du MEPC figure l’adoption d’une stratégie améliorée de l’IMO sur les gaz à effet de serre. Prenant la parole au nom de la Clean Shipping Coalition, la seule organisation environnementale internationale se concentrant exclusivement sur les questions de transport maritime, Shaama Sandooyea a martelé que seuls deux résultats sont possibles à l’issue des négociations : « either member states follow the science and set a 1.5 °C compatible emissions pathway or you fail to do your job here. For a 66% chance of staying below 1.5°C, that’s a 50% cut by 2030. Anything less is not good enough. The world is watching and right now, you are on the wrong side of history ».
Elle a fait ressortir que les années qui suivront jusqu’en 2030 sont décisives pour le climat, pour les hommes et pour l’avenir de la planète. « We do not have the time or the privilege to agree on a grey area », prévient-elle.
La militante mauricienne affirme que l’IMO est en retard sur la réalité : « L’Accord de Paris est entré en vigueur il y a 8 ans et ces négociations autour des objectifs climatiques devraient désormais être un jeu d’enfants ». Elle estime que bien qu’essayer de respecter la limite de température de 1,5 °C de l’Accord de Paris soit un bon début, l’IMO a encore beaucoup de travail à faire pour au moins devenir une industrie.
« Qu’est-ce qui vous empêche d’adopter ces objectifs ? Vos chefs de gouvernement ? Les lobbies pétroliers et gaziers ? L’économie ? Ces choses sont-elles plus importantes que la vie des gens ? » se demande-t-elle.
Elle ajoute que les négociations actuelles de l’IMO ne portent que sur une partie de la contribution du transport maritime à la crise écologique : le climat. Or, dit-elle, l’industrie du transport maritime est responsable de bien plus de problèmes qui mettent en danger la vie marine, appauvrissent les communautés côtières et insulaires et compromettent notre avenir.
À ce titre, elle n’a pas manqué de citer en exemple l’échouage du MV Wakashio sur les récifs de Maurice et le déversement de 1 000 tonnes de pétrole dans le lagon mauricien, détruisant l’éco-système marin.
« Aujourd’hui, ce sont les vies des gens qui sont détruites. Ils ont des problèmes de santé, ils ne peuvent pas manger les fruits de mer, ils ont du mal à joindre les deux bouts, ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école. Qui les écoute ? Qui fera du monde un endroit meilleur pour eux ? Qui va changer les choses pour eux ? » dit-elle.
Elle ajoute qu’en seulement deux ans, huit navires se sont échoués dans les eaux mauriciennes, et certains y sont toujours. « Les scientifiques s’attendent à ce que l’El-Nino cette année soit très conséquent. Cela signifie plus de conditions climatiques extrêmes en mer, plus d’accidents maritimes, plus de dégâts. Ma question est : êtes-vous assez courageux pour changer le cours de l’histoire ? »
Les négociations lors de cette session portent sur la décarbonisation de l’industrie maritime. La société civile préconise actuellement de réduire les émissions de 50 % d’ici 2030 et de devenir zéro net d’ici 2040. Le transport maritime est l’une des industries les plus polluantes au monde.
Shaama Sandooyea avance que si le transport maritime était un pays, il figurerait parmi les principaux pays émetteurs de carbone. « 2023 marque les 50 ans d’adoption de la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL) et pourtant, la pollution marine par les navires persiste, impactant davantage l’environnement marin et les communautés locales (sécurité alimentaire, santé, etc.) Ce sommet est extrêmement pertinent pour Maurice, surtout depuis que nous avons été touchés par le Wakashio il y a 3 ans et tenant compte qu’aujourd’hui les communautés touchées par la marée noire sont oubliées et laissées pour compte », reconnaît-elle.

