Le préscolaire gratuit constitue l’une des mesures phares du budget 2023-2024. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, avait déjà donné un avant-goût de cette mesure dans son message à l’occasion du 55e anniversaire de l’accession à l’indépendance. Cependant, les responsables d’établissement déplorent le manque de communication au sujet des modalités de cette subvention, alors même que les échéances se précisent par rapport à l’année scolaire.
À l’Assemblée nationale lors des débats sur le Finance Bill, la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, s’était longuement exprimée sur le préscolaire gratuit. Elle avait laissé entendre que l’Early Childhood Care and Education Authority (ECCEA) initiera des discussions avec les responsables des établissements préscolaires.
Quelques mois plus tôt, elle avait expliqué qu’un comité allait se pencher sur une formule de subvention. Cependant, l’absence de communication à ce jour gêne considérablement la préparation de la prochaine année scolaire 2024. Une directrice d’une école maternelle avance qu’elle ne peut rien prévoir pour l’année prochaine, tant que le gouvernement ne divulgue pas les détails de la subvention.
« Des parents sont venus me voir pour l’inscription et ils prennent pour acquis que l’école sera gratuite l’année prochaine. Or, nous ne savons pas qu’est-ce que le gouvernement va prendre en charge exactement et s’il y aura des frais supplémentaires. Du coup, nous ne savons pas quoi dire aux parents et nous aussi, nous ne savons pas ce que 2024 nous réserve », fait-elle ressortir.
Cette responsable d’établissement estime qu’au cas où le gouvernement ne prend pas en charge tous ses frais et qu’elle décide de ne pas rejoindre le système, il n’y a aucune garantie que les parents continueront à envoyer leurs enfants chez elle. « Déjà, à cette période, il y a généralement beaucoup de demandes d’admission. Mais à ce jour, nous n’avons que quelques demandes. La raison principale étant que nous avons bien fait comprendre aux parents que nous ne savons pas si l’école sera totalement gratuite l’année prochaine ou s’il y aura des frais supplémentaires », ajoute-t-elle.
Elle cite en exemple, le déjeuner aux enfants, inclus dans le tarif mensuel. « La subvention du gouvernement nous permettra-t-elle de couvrir aussi ces dépenses ? Est-ce qu’il faudra réclamer une somme supplémentaire pour cela ? Nous n’en savons rien », se demande-t-elle. La directrice affirme qu’elle ne peut non plus investir dans les infrastructures car elle ne sait si elle pourra continuer à opérer. Elle s’interroge par ailleurs : « comment faire si les parents préfèrent se tourner vers une autre école avec la gratuité ?»
La fermeture récente de cinq collèges privés a également suscité des craintes chez les responsables d’écoles maternelles. Certains se demandent ainsi s’ils devront avoir un nombre minimum d’élèves pour pouvoir continuer à opérer. La directrice d’une petite école de quartier fait part de ses appréhensions : « J’ai vu qu’il y avait des collèges qui ont dû fermer parce qu’ils n’avaient pas suffisamment d’élèves. Cela me préoccupe car j’ai une petite école avec une vingtaine d’élèves. Ce sont surtout les parents qui n’ont pas beaucoup de moyens qui envoient leurs enfants chez moi. Du coup, je ne sais pas s’ils vont imposer un nombre minimum pour le préscolaire également et si je vais pouvoir atteindre ce chiffre », poursuit-elle dans la conjoncture.
Tout ce que l’on sait pour l’heure, c’est que le gouvernement prendra en charge les frais d’opération des écoles préscolaires, ainsi que le salaire du personnel. Cela dit, dans le budget 2023-2024, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy , n’a pas indiqué le montant de l’enveloppe prévue.
Entre-temps, l’ECCEA Act a été amendée dans la Finance Act, afin de pouvoir assumer son nouveau rôle dans la gestion des finances pour le préscolaire. Un peu à l’image de la Private Secondary School Education Authority (PSEA) au regard du secondaire.
Autre question, avec la gratuité : l’ECCEA imposera-t-elle, elle aussi, des diplômes spécifiques pour le personnel enseignant, comme tel est le cas pour le PGCE au secondaire ? Autant de questions qui préoccupent à la fois managers et enseignants, qui auraient préféré préparer la nouvelle année scolaire dans la sérénité.
D’après les dernières statistiques publiées par l’ECCEA, il y a 453 écoles préscolaires privées à Maurice, avec une population de 14 518 enfants. Les municipalités et conseils de district en comptent 834, tandis que le gouvernement a 188 unités préscolaires intégrées aux écoles primaires. Il faut aussi savoir que le gouvernement accorde déjà une subvention de Rs 400 à tous les enfants fréquentant une école préscolaire enregistrée auprès de l’ECCEA.
Quel statut pour le personnel?
Le personnel des écoles préscolaires privées qui s’inscriront dans le système national aura-t-il le même statut que celui des écoles du gouvernement ? De nombreuses questions subsistent à ce sujet, se basant sur l’exemple du secteur Special Education Needs (SEN).
Alors que ces écoles gérées principalement par des organisations non-gouvernementales bénéficient de l’aide de l’État, c’est le National Remuneration Board qui a travaillé sur une grille salariale pour le personnel. Qui plus est, celui-ci est toujours à l’étape des procédures et n’a pas encore été appliqué.
Qu’en sera-t-il pour le préscolaire privé ? Le salaire sera-t-il aligné automatiquement, ou faudra-t-il un autre Remuneration Order spécifiquement pour ce secteur. Et qu’en sera-t-il de la formation pour pouvoir accéder aux salaires proposés ?
Encore une série de questions, laissant planer le doute dans la tête du personnel des écoles privées.

