Le nombre de touristes français a augmenté de 60%, les Russes ont doublé leur contingent, et les Allemands progressent de 36%
L’expert Jean-Pierre Mas indique il s’agit d’une situation temporaire et les choses vont évoluer graduellement
Deux articles de ces derniers jours sur la toile, l’un de Bloomberg et l’autre d’Euronews, notent que les touristes européens ont modifié leurs plans initiaux en raison de la canicule qui sévit en Europe. Avec les titres respectifs, « European tourists flock to Mauritius to escape heat waves, war » et « Mauritius rather than Mallorca ? How the heat waves are changing our summer holidays », ces deux articles soutiennent que Maurice a bénéficié d’un afflux de visiteurs européens cherchant un répit après notamment les vagues de chaleur estivale et la guerre en Ukraine, mais aussi les manifestations en France dans le sillage de la mort de Nahel à Nanterre. La question est de savoir si ces tendances vont perdurer.
Si l’expectative est de mise dans les pays européens, à Maurice on se frotte les mains de cette aubaine conjoncturelle. Cependant, le voyagiste Jean-Pierre Mas, président de l’association des agences de voyages françaises Entreprises de Voyage, met en garde sur la nature conjoncturelle du phénomène actuel observé. Il s’agit, pour lui, d’une situation temporaire car les choses vont graduellement évoluer : « La saison touristique européenne ne se limitera plus pas aux mois de juillet et août. Elle s’étendra au printemps et à l’automne… », dit-il.
Ainsi, Bloomberg affirme que les arrivées touristiques à Maurice ont enregistré un rebond de 58% par rapport à 2002, où le pays subissait encore les affres due la pandémie du Covid-19 pour atteindre au 30 juin 2023 le total prometteur de 596 446. Cependant, le nombre total de visiteurs reste inférieur aux niveaux d’avant la pandémie, bien que les touristes aient tendance à rester plus longtemps et à dépenser plus. Le nombre de visiteurs français pour Maurice a bondi de 60% de même que pour les Allemands avec une progression de 36%, tandis que ceux de Russie ont presque doublé.
70% de revenus en plus
La hausse de 70% des revenus est un signe qui ne trompe pas, selon Bloomberg, qui énonce que “Tourism revenue in the Indian Ocean Island surged almost 70 per cent to MUR 35,8 billion (USD 779 million) in the first five months of the year compared with the same period in 2022 », selon des informations publiées par la Banque de Maurice la semaine dernière. Les perspectives sont donc très positives puisque les prévisions pour les recettes tendent vers une croissance de 23% sur l’ensemble de l’année.
Bloomberg rappelle que les plages de sable blanc de Maurice ont de tout temps été le centre d’intérêt des touristes qui choisissent Maurice, bien que la destination soit coûteuse à cause de sa longue distance des réservoirs touristiques classiques – elle se trouve à environ 9 600 kilomètres (6 000 miles) de l’Europe occidentale. Mais elle est devenue plus compétitive avec la dépréciation de la roupie par rapport à l’euro. Bloomberg met l’accent sur le fait que « the number of visitors continue to lag pre-pandemic levels however, although they tend to stay for longer and spend more ».
Maurice plutôt que Majorque ?
Par ailleurs, l’interrogation des journalistes Thomas Gahde et Ikkaria Federico d’Euronews pour savoir si les vacances d’été méditerranéennes classiques ont toujours un avenir dans le contexte de vagues de chaleur, qui ont atteint par endroits les 40° en juillet, ce qui est rédhibitoire à ces voyageurs en quête de détente surtout dans le Sud de l’Europe.
Le changement climatique exposera à terme l’industrie touristique et le PIB des pays européens concernés, à des charges additionnelles considérables.
Selon Euronews, ces fortes chaleurs ont commencé à influencer sensiblement les réservations, notamment en Espagne, en Italie et en Grèce qui font face à une baisse significative de la demande touristique, une région dont l’économie est fortement orientée vers le tourisme.
« Gradual Change »
Dans cette conjoncture l’article cite Jean-Pierre Mas, président de l’association des agences de voyages françaises Entreprises de Voyage, qui dit ne pas être d’accord de parler de déclin touristique pour ces pays et régions européennes, mais de changement de paradigme progressif : « here will be no dramatic decline. Instead, there will be a gradual change. How will this change take place ? It will take place in two movements or in two phases, if I may put it that way. On the one hand, the French, who have suffered a lot from the heat this summer, will try to find slightly less hot destinations, i.e. less towards the south and slightly more towards the north, be it northern France, but also in northern Europe, i.e. destinations where it is not so hot in July and August. »
Parlant de Maurice, Jean-Pierre Mas retient qu’elle est la neuvième destination estivale la plus importante pour les Français, même si Maurice connaît l’hiver en juillet et en août. Il y a donc des changements de comportement qui s’opèrent lentement. Mais, selon le Français, cela ne signifie pas que le tourisme va s’effondrer dans des pays comme la Grèce, l’Espagne et l’Italie. « La saison ne se limitera pas aux mois de juillet et août. Elle s’étendra au printemps et à l’automne. Qu’est-ce que cela signifie ? Les gens voyageront en Andalousie au printemps, dans les îles grecques au printemps ou en automne et un peu moins en été », conclut-il.

