Grand-Baie La Croissette : Les cosplayers donnent vie à leurs personnages fictifs

La 3ème édition du Cosplay Festival a réuni la communauté des cosplayers, samedi, à Grand-Baie La Croisette. Des participants grimés, costumés, incarnant des personnages issus de l’univers geek. Armures, épées, masques… petits et grands ont joué leurs rôles, adoptant le comportement et l’apparence de leurs superhéros. Une manière de donner vie à leurs personnages issus du cinéma, de manga, de comics, de gaming.

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Dans la pop culture, les cosplayers sont des êtres qui se déguisent en personnage de manga, de jeux vidéo en l’incarnant comme le ferait un acteur. Certains, à l’instar, de Jason, un fan de cosplay mauricien utilise de la mousse, une sorte de matériau thermoplastique appropriée dans l’art du cosplay pour créer son armure, son épée. Ce phénomène, qui a franchi les frontières du Japon avec la culture manga, est un passe-temps passionnant car les costumes sont des créations ambitieuses qui présentent un niveau élevé de complexité et de détail.

Jason, informaticien, a choisi de se mettre dans la peau d’un combattant médiéval en choisissant de « pimenter les actions à travers la réalisation de costumes. Tout ce qui concerne le médiéval, l’époque des guerriers me permet de revivre le passé. À Maurice, je trouve qu’il y a moins de préjugés. Avant,certains trouvaient que des cosplayers étaient des gens immatures habillés comme des enfants. J’ai tout fabriqué, costume, épée.» À 40 ans, Shameem Mosafeer, Administrative Manager d’International Korean Marine Ltd, incarne Scorpion (Mortal Kombat) et dira sans détour que son enfance a été bercée par des personnages de BD, ces comics strips, ces superhéros tant convoités. Enfant, il les remodelait à sa manière avec du carton qui lui servait de base à ses déguisements. Une passion qui l’habite encore à l’âge adulte, mais cette fois, Shameem a su peaufiner son art, faisant de son costume un élément de choix, attirant les regards sur lui à chacune de ses prestations.

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Scorpion, un jeu d’interprétation

Le choix de Shameem Mosafeer s’est porté sur Scorpion, du jeu vidéo Mortal Kombat. Un personnage qui représente un ninja majestueux, fort, défiant la mort et qui rêve de vengeance après avoir vu toute sa famille être massacrée. «Ce personnage me parle comme père de famille et comme un fan de Mortal Kombat pratiquant les arts martiaux. Ce mélange est un cocktail détonnant qui a su valoriser Scorpion que j’incarne avec fierté.» Pour différencier son personnage de cosplay dans la vie réelle, Shameem en a fait un jeu d’interprétation. «C’est lorsqu’on revêt notre costume de cosplayer que la donne change, on se prend pour le héros qu’on veut incarner. Cela demande beaucoup de pratique, de concentration et une bonne préparation physique et mentale pour incarner le rôle.»

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Comme Scorpion, Shameem assure sa démarche, le geste souple, prêt à dégainer son arme au moindre signal de l’ennemi. Tissant son fil d’Ariane, il entraîne ses fans dans son univers, et sa femme Nadia et ses enfants, Wildan et Widjan, aussi mordus de cosplay ne manquent pas de partager leurs impressions au cours de la conversation. Wildan qui a 8 ans dira ainsi : «Cosplay, se mo best hobby, li extra top, j’aime me déguiser.» Widjan, âgée de trois ans et demi, de renchérir : «Mo anvi faire “coshplé”. Quand mo pou refer Tom Haider.» Widjan prononce le R comme H. Du coup, Tom Raider du bout de ses lèvres est prononcé commeTom Hader.

Quant à Nadia Mosafeer,38 ans, secrétaire d’avocat et épouse de Shameen, elle reconnaît que son interprétation des personnages des films l’a conduite à représenter Naru, dans le film Prey. Elle confie aussi que ses camarades d’école trouvaient qu’elle ressemble à Pocahontas : «J’ai toujours aimé faire du crafting et de la couture. Mon fils, Wildan, aime imiter Predator, et, pour la troisième édition de Cosplay, à Grand-Baie La Croisette, il a voulu que j’incarne Naru. C’est un événement que ma famille et moi attendons chaque année pour montrer notre créativité.»

Shameem est d’avis que la plateforme de Grand-Baie La Croisette a permis à un grand nombre de fans de cosplay de s’exprimer : «J’encourage d’autres shopping malls à emboîter le pas et à nous aider à développer nos talents. Nous avons aussi des conventions comme le Cosmaucon, une des plus grandes compétitions de Cosplay à Maurice.» Shameem n’écarte pas la possibilité d’interpréter Deathstroke pour le prochain cosplay. «Tout comme Scorpion, il est un personnage imposant avec une force incroyable.» Quand on demande à Shameem ce que sera le cosplay dans une dizaine d’années à Maurice, il dira sans langue de bois : «Le cosplay deviendra un art et permettra à Maurice de se positionner à l’échelle mondiale. Je suis reconnaissant à Frédéric Lamarque, initiateur de cosplay à Maurice, double champion d’Afrique. Pour le junior, c’est sans aucun doute le multiple champion Wildan qui vole la vedette. »
L’accueil du public pour cette troisième édition à Grand-Baie La Croisette a été, selon Shameem Mosafeer, très chaleureux avec une forte affluence, et un plus grand nombre de participants. Les manquements ? « Il fallait bien avancer les points sur lesquels un participant allait être jugé, c’était à la fois flou et confus. Je trouve qu’il manquait un peu plus d’animation. »

Une liberté d’expression

Ravi Sreeneebus (32 ans), enseignant au HEP, incarne Joker, le méchant de Batman. Tout débute sur une simple curiosité en 2012, lorsqu’il se familiarise avec la communauté cosplay, il ignore alors qu’en jouant un personnage de fiction, il deviendrait le sosie du Joker. Son rire tonitruant s’entend difficilement avec ce masque qui lui happe le visage. Le degré d’implication du cosplay varie selon les objectifs des cosplayers. Ravi, lui, choisit de peaufiner le costume du Joker dans ses moindres détails avec des couleurs pour le moins criardes. «Pour moi, mettre le costume signifie jouer un personnage comme je le ferais pour une pièce de théâtre.» Dépendant du type d’événements, les cosplayers ont soit un lien plus étroit avec les comics, les personnages de Marvel ou celui de l’univers des films ou des jeux vidéo. Lui, choisit le Joker. « Je le fais avec désinvolture, mon personnage est caricatural, je suis là pour m’amuser. »
Ravi est cependant admiratif quand il parle de Frédéric Lamarque, son idole. «Fred est un grand ambassadeur de cosplay car il a participé au Comic Con Africa et à d’autres événements internationaux. Il y a aussi Stephan, Yash. Au niveau des femmes, Tesh De Gutty avait l’habitude de faire des cosplays incroyables mais je ne l’ai pas vue depuis un moment. Il y a aussi Dom Nik et Preeasha, deux talentueuses cosplayers. »

Regrouper les États insulaires

Le rêve de Ravi Sreeneebus est d’endosser le costume d’autres personnages tels que Arthas de Warcraft 3, Commandant Shephard de Mass Effect qui, selon ses dires, seraient comme un défi à relever. «I want to try these costumes because making them would be a good challenge and interesting scenes for the stage.» Et comment voit-il le cosplay dans quelques années ? Ravi Sreeneebus souhaite que l’Indian Ocean Comic con englobe tous les États insulaires de la région. Pour l’instant, note-t-il, seuls Maurice, La Réunion et Madagascar y concourent.

Où il y a le Joker, évidemment, on ne pouvait louper Batman ! Ismaël Duprat, Coach Fitness, aime bien son personnage de Batman qu’il dit n’avoir aucun pouvoir mais qui travaille beaucoup sur son physique, son attitude mentale. «Comme coach de fitness, Batman m’a appris à cerner différents styles et disciplines. Pour moi, l’univers de cosplay est identique à ce que vient de dire le Joker, cela nous permet d’échapper au monde réel, se divertir, prendre ce qui est fictif et la rendre réelle dans la vraie vie.»
Patrick Joseph, âgé de 32 ans exerce la profession de 3D Generalist/VFX Artist et a incarné Superman, Batman, Spiderman, Wolverine, The Witcher et Aquaman. À cinq ans, il se met à fabriquer le costume de son superhéros, Superman, composé d’un petit pull bleu, un pantalon bleu avec un S qu’il a dessiné et peint sur le pull avant d’enfiler un vieux slip rouge de son père, un tissu rouge pour la cape, des bottes de jardinage rouge trop grandes pour ses petons, et le voilà en Superman.

Son récit aurait pu s’arrêter là… En 2015, pour l’anniversaire à thème d’une amie, il décide de fabriquer le costume de Superman. Le vrai déclic se produira lors de sa rencontre avec Frédéric Lamarque, la référence du cosplay à Maurice. «Depuis, on m’a sollicité pour les publicités, les événements. J’ai incarné beaucoup de personnages, mais Superman reste mon préféré et porter son costume est une sensation inexplicable. Quant à mon jeu d’interprétation, je note qu’il y a aussi un petit côté Batman qui émerge, ce qui me permet de me fondre dans de multiples personnages, car le cosplay est à la fois un art expressif pour moi. J’ai plusieurs costumes en cours de fabrication dont Le Mandalorian, Black Adam et Aquaman que beaucoup de gens attendent impatiemment. D’où mon nouveau look, barbe et cheveux longs. La raison, tout simplement parce que ce sont des personnages que j’aime bien, et, j’ai trouvé leurs costumes cool.»

Patrick Joseph trouve que graduellement, Maurice évolue dans ce domaine et que les conventions seront de plus en plus à la hauteur avec peut-être, selon ses souhaits, un Comic con Maurice.

Yash Busawon, ingénieur développeur, a choisi la mort, pour costume en se décrivant comme un grand passionné des animés, son premier cosplay et de manga. «Je me suis intéressé à d’autres personnages également. Pour moi, l’événement crée une forme d’animation pour les enfants à Grand-Baie La Croisette et met en éveil le talent des cosplayers.» Ashil Janoo, étudiant, attend son visa et pour l’instant a choisi de se grimer dans le personnage de Prince Of Persia. C’est un personnage de jeu vidéo avec des prouesses d’adresses remarquables, le costume a été fabriqué par Frédérique Lamarque qui trouve que je m’identifie bien à ce caractère.»

Le temps d’un événement, nos interlocuteurs ont été tous les héros du samedi, à Grand-Baie La Croisette, et pour leurs fans, une rencontre inespérée avec leurs héros fictifs mauriciens pour assouvir leur curiosité. Car nous avons tous ce besoin de nous faire raconter autre chose que le quotidien. Et le cosplay s’identifie bien à cette culture de l’imaginaire. Après tout qui s’en priverait ?


Nobuyuki Takahashi, l’inventeur du mot cosplay

Le cosplay est un mot-valise dérivé de costume et de playing qui a émergé dans les années 1930 aux États-Unis, lors des rassemblements de fans. Antoine Chollet, maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Montpellier et chercheur en jeux vidéo, a rappelé que le mot cosplay est attribué au journaliste japonais, Nobuyuki Takahashi, qui en se rendant à une convention sur la science-fiction aux États-Unis, a transformé le terme “costuming” en cosplay pour coller davantage à la culture japonaise.

8 000 personnes au rendez-vous à La Croisette

En 2022, la deuxième édition de Cosplay avait attiré 6 000 personnes et la troisième, cette année, a réuni une foule estimée à 8 000 personnes à Grand-Baie La Croisette.Pour Saoud Deelawar, Centre Manager, La Croisette, ce festival est une belle plateforme pour montrer la créativité et les personnalités individuelles des cosplayers. Ces derniers se distinguent par leurs costumes et leurs jeux de rôle.

«Cette troisième édition du Cosplay festival a attiré 8 000 personnes. 2023 représente la meilleure affluence de ces trois dernières années. Nous sommes heureux d’avoir créé le principal rendez-vous de la communauté des cosplayers mauriciens. Nous rajoutons chaque année de nouveaux stands et de nouvelles animations. Le tournoi du Yu-Gi-Oh ! ou nos ateliers autour des accessoires de cosplay sont très demandés. Nous sommes particulièrement fiers de voir ces créatifs venir avec leurs amis et leurs familles à La Croisette. Nous avons retrouvé nos habitués et découvert de nouveaux players, les uns plus inventifs que les autres. Aujourd’hui, le Festival Cosplay de La Croisette est la plateforme de référence pour la culture cosplay à Maurice.»

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