Le dossier de la main-d’œuvre étrangère reste à l’ordre du jour. Le secteur des exportations (Export-oriented enterprises) comprend 35 109 employés, dont 16 261 travailleurs étrangers et regroupant les entreprises exportatrices, a décidé de prendre l’initiative – avec le soutien de l’IOM (International Organisation for Migration) de développer un code de conduite, afin de guider les entreprises locales dans le recrutement et le traitement des travailleurs migrants.
Lilowtee Rajmun-Joosery, directrice de la MEXA, explique que comme le secteur des exportations figure parmi les plus gros employeurs de travailleurs étrangers, « nous avons le devoir de nous assurer que nous adhérons aux normes internationales, d’autant qu’il y a une pression au niveau des marchés internationaux pour améliorer le traitement accordé aux travailleurs étrangers. »
Pour Celine Lemmel, directrice de IOM Mauritius, l’élaboration de ce code de conduite par la MEXA est « une forme d’autorégulation du secteur des exportations, » qui viendra compléter les lois existantes.
Depuis deux ans, la MEXA et l’IOM travaillent de concert sur cette première ébauche du code de conduite, un projet financé par l’Union européenne. Le code, qui souligne que l’emploi de travailleurs étrangers est une highly sensitive issue, comprend une série de standards que les entreprises-membres de la MEXA sont appelées à respecter : comme le refus du travail forcé, l’Employer Pays Principle, la communication en termes de conditions de travail, un environnement de travail safe, decent and respectful, le paiement de salaires et bénéfices, les horaires de travail, la liberté de mouvement, la mise à disposition de facilité d’hébergement, l’accès aux soins médicaux et à la protection sociale, le freedom of association and collective bargaining, la Due Diligence et la gestion de risques, entre autres.
Après la finalisation du code de conduite, la MEXA compte développer un processus de certification et transmettre les standards du code dans un document pratique pour les membres de l’association. Ces derniers pourront ensuite se faire auditer et certifier.
« L’objectif est de nous assurer que chaque compagnie exportatrice adopte des standards plus élevés concernant le traitement accordé aux travailleurs migrants. Cela n’aura que des résultats positifs pour les entreprises elles-mêmes, pour leur image et leur réputation auprès des clients étrangers. Cela aura des effets positifs sur le pays également », souligne Lilowtee Rajmun-Joosery.
Le secteur des exportations a été pionnier dans l’emploi de travailleurs étrangers dans les années 90, lorsque le pays a atteint le plein-emploi. Le gouvernement d’alors a donc autorisé les entreprises exportatrices à recruter des travailleurs chinois. Depuis, les travailleurs étrangers constituent un maillon essentiel du secteur de l’exportation.
« Avec le développement économique, cela devient de plus en plus difficile de trouver des Mauriciens pour travailler au bas de la chaîne de production et sans les Migrant Workers le secteur des exportations n’aurait pas pu atteindre son niveau actuel », rappelle la directrice de la MEXA.
Aujourd’hui, 45% des employés dans le secteur EOE sont des étrangers. 57% d’entre eux viennent du Bangladesh, 23% d’Inde, 10% de Madagascar, 4% de la Chine et les nationalités se diversifient au fil des ans, car depuis l’année dernière les entreprises locales accueillent également des ressortissants du Kenya.
Ce code de conduite se révèle aujourd’hui une nécessité puisque divers standards internationaux existent concernant les travailleurs expatriés, à commencer par la protection des droits humains, les UN Guiding Principles on Business and Human Rights, l’EU Corporate sustainability Due diligence Directive et les ILO General Principles and Operational Guidelines for Fair Recruitment and Definition of Recruitment Fees and Related Costs.
Le code, développé localement avec l’aide de l’IMO, vise à protéger les travailleurs migrants à Maurice, en ligne avec les standards mondiaux, et assurer que les compagnies adhèrent à ces standards – ce qui contribuera à renforcer l’élément de confiance entre les entreprises locales et les donneurs d’ordres internationaux, tout en positionnant Maurice, à terme, comme un des « best host countries » pour l’emploi des migrants.
« Ce ne sera pas uniquement un document. Nous allons travailler sur la certification des entreprises, il y aura un Audit Process et nos membres devront se conformer aux standards du code et seront audités », poursuit Lilowtee Rajmun-Joosery.
Pour sa part, Celine Lemmel parle du code de conduite de la MEXA comme d’une étape majeure pour protéger les travailleurs étrangers, susceptible de guider les entreprises dans le recrutement et les pratiques au niveau de l’emploi. « Ce sera un Shared Commitment pour plus d’équité et de transparence et le respect des droits humains. Avec ce Code, la MEXA se positionne comme un Key Driver of Change », dit-elle.

