Secteur de la pêche – Bateaux semi-industriels : Demande de l’interdiction de l’importation du poisson

Mohamedally Lallmamode, qui avait débuté sa carrière aux côtés de son père, pêcheur, en 1985 dans une petite pirogue, opère trois bateaux. Le premier semi-industriel, Le Serenity, La Renaissance et Le Perfect One appartiennent à la Med Fishing Cooperative de Bain-de-Dames, dont il est président. En 2014, il était parti pour sa première campagne de pêche à Saint-Brandon, un projet mené avec le soutien d’Eric Mungur, directeur du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA) .

- Publicité -

Le Serenity est un bateau de pêche que la société coopérative avait obtenu du Food Security Fund. L’idée était d’ouvrir la voie aux pêcheurs locaux vers les bancs pour approvisionner le marché local dans le cadre de la politique de sécurité alimentaire. Et de fil en aiguille, cela fait quelques années que Mohamedally Lallmamode caresse l’idée de mettre en opération une chambre froide sur un terrain à St-Martin, déjà identifié.
« Nous sommes en négociations pour trouver le financement dans le cadre de ce projet. Nous avons l’intention d’y stocker une bonne partie de nos poissons », affirme-t-il en ajoutant qu’« avec la subvention du gouvernement qui aide les sociétés coopératives à faire l’acquisition de bateaux semi-industriels, celles-ci progressent. Mais nous nous retrouvons face aux mêmes difficultés. Nous n’arrivons pas écouler nos stocks de poissons sur le marché local et sommes donc dans l’obligation de trouver un endroit pour les stocker. »
Mohamedally Lallmamode avance qu’il ne faut pas autoriser l’importation de poissons. Il estime les pêcheurs locaux sont parfaitement en mesure de proposer à la vente leurs prises à Maurice. « Le poisson abonde dans nos eaux territoriales. Il faut donner priorité à nos pêcheurs et protéger l’industrie locale », plaide l’opérateur.

Et qu’en est-il de la vente de poissons dans le circuit des hôtels et restaurants? Certains hôtels ont déjà leurs revendeurs depuis très longtemps et il ne faut surtout pas oublier que par manque de moyens financiers, les consommateurs se tournent vers le surgelé – qui est plus abordable. D’où une baisse considérable dans le volume écoulé sur le marché local.
Le projet du Fish Auction Market aux Salines – en vue d’une commercialisation efficace des produits de la pêche semi-industrielle et artisanale – n’a pas abouti. À ce chapitre, déplorant un manque de consultation sur de nombreux points, Mohamedally Lallmamode s’insurge : « mwa mo krwar ki bizin ena volonte politik ! Sinon sak lane pou mem zafer. »
Évoquant des conditions de pêche difficiles à Maurice, il regrette le traitement réservé aux pêcheurs mauriciens. « Nous comptons quelque 2 000 pêcheurs sur le plan local qui sont dument enregistrés. Ils sont reconnus par l’État. Cependant, beaucoup se trouvant souvent à  Trou-Fanfaron – une main-d’oeuvre expérimentée avec une parfaite maîtrise de la mer – ne sont pas pris en compte. Le gouvernement ne fait rien pour eux, mais des bateaux étrangers emploient des Malgaches, des Philippins, des Indonésiens. Bann Morisien, zot, soufer bann inzistis, zot pa gagn konsiderasion ki bizin », regrette-t-il.

- Publicité -

La communauté de pêcheurs est vieillissante et la relève se fait attendre. Il est proposé que le Fisheries Training and Extension Centre (FTEC), construit à Pointe-aux-Sables au coût de Rs 190 millions et financé par le Japon à travers le Japan International Cooperation Agency (JICA) en 2004, soit mis à contribution pour assurer la formation les pêcheurs.
« Bizin valoriz metie peser », a conclu Mohamedally Lallmamode, qui demeure sceptique quant à l’avenir d’un secteur – pourtant représentant un océan de promesses.

- Publicité -
EN CONTINU
éditions numériques