Le père Philippe Goupille, président du Conseil des religions, et qui est aussi un disciple infatigable du dialogue interreligieux, est attristé par les graves incidents survenus à La Citadelle. Il appelle à un apaisement et revient à la charge sur l’urgence d’une éducation à l’interreligieux et à l’interculturel dans le cursus scolaire dès le primaire, nécessaire, selon lui, pour préserver l’harmonie et le vivre-ensemble dans notre île Maurice plurielle.
« Faudrait-il plusieurs Citadelles pour repenser le projet éducatif ? » lance-t-il avec agacement. « Cela fait longtemps que des gens de bonne volonté jouent les pompiers à chaque fois qu’il y a un regrettable faux pas mettant en danger le tissu social du pays. Il y a des mesures à prendre pour éviter les incendies, sinon on continuera à jouer les pompiers », réagit le père Goupille au sujet des récents incidents. Il croit fermement dans les effets bénéfiques sur la société mauricienne des classes de Peace and Interfaith Studies au primaire et au secondaire et il plaide fortement dans ce sens. « Tant qu’on ne s’intéressera pas à la religion des autres et de ses valeurs, on continuera à avoir des préjugés, à extrapoler et à tomber dans des conclusions hâtives. Lorsqu’on est confronté à une situation grave comme celle de samedi dernier, certaines personnes ont tendance à généraliser certaines actions qui en fait ne relèvent que d’un petit groupe », explique Philippe Goupille.
« Il ne s’agit pas de promouvoir telle ou telle religion mais d’en avoir une connaissance de base en vue d’une meilleure compréhension. Cela contribuera à un meilleur vivre-ensemble dans une société multireligieuse et multiculturelle comme la nôtre. La tolérance passe par une meilleure connaissance de ces différentes religions », poursuit-il au sujet de l’objectif de ces Peace and Interfaith Studies.
Cela fait déjà quelques années que ce programme d’études est proposé par la faculté Humanities and Social Sciences de l’université de Maurice. Mais le Conseil des religions veut aussi vulgariser cet enseignement à l’interreligieux parmi les élèves du primaire et du secondaire afin de commencer plus tôt la formation des jeunes. Ses responsables ont alors présenté au ministère de l’Éducation un projet adapté aux cycles primaire et secondaire et ont fait une demande officielle pour l’introduction de ces cours. Mais le Conseil des religions n’a toujours pas eu la permission d’entrer dans les établissements primaires et secondaires du gouvernement et ses membres ne comprennent pas les réserves du ministère à ce sujet.
En parcourant le programme d’études au primaire et au secondaire, le président du Conseil des religions souligne la place qui est accordée à l’enseignement des différentes langues. Tout en faisant part de son appréciation à ce sujet, le père Goupille apporte la réflexion suivante : « Les langues ne flottent pas dans les nuages, elles sont l’expression d’une culture et d’une religion. Enseigner une langue sans découvrir la matrice qui a donné naissance à cette langue est nettement insuffisant et peu intéressant. On souhaite que le ministère revienne vers nous. Faudrait-il plusieurs “Citadelles” pour repenser le projet éducatif ? »
À ce jour, des élèves de Grades 4 et 5 de huit écoles catholiques reparties à travers le pays bénéficient déjà des cours Peace and Interfaith Studies et quelques établissements payants aussi y ont témoigné un intérêt. Pour l’heure, ces classes sont dispensées par les membres du Conseil des religions en attendant la formation des profs dans ce domaine pour prendre le relais.
« Mon rêve est qu’il y ait dans chaque école au moins un ou deux enseignants ayant suivi ce cours offert par l’université de Maurice. Ils seront ainsi bien équipés pour donner la formation aux jeunes qui leur sont confiés », dit le père Goupille. Et ce dernier demande au ministère de l’Éducation et aux autres responsables de l’Éducation d’accorder les facilités nécessaires aux enseignants intéressés par ce diplôme en Peace and Interfaith Studies.

