Au cas contraire, cette grève risque d’impacter sérieusement les usines et les commandes à Maurice
Face à la grève des usines de textile basées au Bangladesh, avec les violences quotidiennes et les affrontements, la situation risque d’avoir des répercussions pour les unités opérant à Maurice. Ce qui sera très néfaste pour notre économie. C’est ce qu’estime le syndicaliste Fayzal Ally Beegun. Il faut savoir que de grandes marques telles que Adidas, Next, Woolworths, Zara, River Island, Okaidi, Miladys, Markhams, Fabiani ou encore Guess figurent parmi celles qui sont fabriquées dans ces usines du Bangladesh.
« L’impact sera évidemment direct et inévitable pour Maurice. Raison pour laquelle, et puisque les ouvriers du Bangladesh contribuent à l’économie mauricienne depuis une trentaine d’années, je sollicite du gouvernement mauricien pour qu’il fasse pression sur les dirigeants du Bangladesh pour trouver, au plus vite, une sortie de crise positive », fait-il comprendre.
Depuis plus d’une quinzaine de jours, les employés des usines de textile se trouvant au Bangladesh sont en grève. Nombreuses sont concernées par les grandes marques internationales réputées et recherchées de par le globe. Fayzal Ally Beegun, syndicaliste et militant des droits des travailleurs étrangers, explique : « ils sont plus de quatre millions de travailleurs bangladais qui sont concernés . Cela fait trois fois la population de Maurice. Leur point principal, c’est qu’ils sont payés un salaire de misère. Soit, en moyenne 23 000 taka, ce qui vaut à peine Rs 9 000. Le mouvement de grève a pour base cette demande appuyée par la classe syndicale bangladaise, et les travailleurs qui réclament carrément le double de leur salaire. Il faut savoir que cette requête, que je trouve d’ailleurs totalement raisonnable, a été avalisée par les gros clients comme Adidas, Hugo, et ainsi de suite, qui sont présents au Bangladesh où leurs produits sont majoritairement fabriqués. Ces clients sont allés voir les dirigeants bangladais pour leur demander d’approuver cette requête et d’augmenter les salaires des travailleurs d’usines de textile. Ces clients, il faut le savoir, sont bien conscients des enjeux économiques quand ils investissent dans des pays comme Maurice, Madagascar, le Bangladesh, le Vietnam et ailleurs. Malheureusement, le gouvernement bangladais a refusé d’écouter ces requêtes et ne propose qu’une augmentation minime, équivalant à Rs 4 500. D’où cette montée de violences… »
Le syndicaliste indique : « Je suis bien familier avec la mentalité des travailleurs bangladais. Ils ne se laisseront pas faire. Et quand le mot d’ordre est donné de stopper le travail, de faire grève, et pire, d’avoir recours à la violence, ils vont le faire. Ils n’ont pas peur de la répression.»
Le syndicaliste fait remarquer que si ce mouvement de grève n’est pas désamorcé raidement, et qu’on ne trouve pas un dénouement avantageux pour ces travailleurs d’usine, la situation risque de se compliquer et les retombées pour Maurice seront inévitablement graves.
« Tant les gros clients que l’ensemble des entreprises qui sont présents au Bangladesh ont des unités à Maurice, à Madagascar, au Vietnam, et dans d’autres pays où la main-d’oeuvre n’est pas chère. En revanche, c’est au Bangladesh que la plupart de la production est réalisée. Par exemple, les unités basées à Maurice opèrent essentiellement dans le sampling des produits », indique-t-il en affirmant que « laisser pourrir cette situation équivaut à condamner les usines présentes à Maurice. Si ces usines ferment au Bangladesh, la situation ne sera guère rose pour les unités mauriciennes…
Raison pour laquelle le syndicaliste exhorte « le gouvernement mauricien, par le biais de nul autre que le Premier ministre, de par sa capacité de chef de gouvernement, de même que les ministres des Affaires étrangères et du Travail, à faire pression sur le gouvernement du Bangladesh via l’ambassade de ce pays. Il faut que l’intérêt des travailleurs prime. Leurs revendications sont totalement légitimes et justifiées. En 2023, nous ne pouvons pas faire travailler des pères et des mères de famille pour des sommes aussi dérisoires que Rs 9 000 par mois ! C’est de l’exploitation de la main-d’œuvre et de l’esclavagisme moderne, rien d’autre. »
Le syndicaliste conclut : « j’espère sincèrement que cette crise sera efficacement désamorcée pour que le travail dans les unités mauriciennes ne soit pas perturbé. Déjà avec le post-Covid-19 et l’inflation dans le monde, les choses ne vont pas bien. Nous devons tout mettre en oeuvre pour que cette situation ne dégénère pas et n’affecte pas l’économie mauricienne.”
150 usines fermées et 11 000 ouvriers poursuivis
Au Bangladesh les fabricants de vêtements ont fermé samedi 150 usines « pour une durée indéterminée », alors que le secteur textile est confronté à une forte montée des revendications salariales, qui a conduit la police à poursuivre 11 000 ouvriers pour violences, ont annoncé les autorités.
Le pays pauvre d’Asie du Sud est secoué par de violentes manifestations d’ouvriers du textile réclamant de meilleurs salaires depuis le mois dernier, qui ont fait au moins trois morts parmi les ouvriers et plus de 70 usines saccagées ou endommagées, selon la police.
Le comité du salaire minimum du secteur textile a proposé cette semaine une augmentation de 56,25% du salaire mensuel de base des quatre millions d’ouvriers du secteur, le portant à 12 500 takas (104 euros), un montant jugé « ridicule » et aussitôt rejeté par les syndicats.
Jeudi, quelque 15 000 ouvriers ont affronté la police sur une autoroute et ont saccagé Tusuka, une importante usine, ainsi qu’une douzaine d’autres.
« La police a porté plainte contre 11 000 personnes non identifiées suite à l’attaque de l’usine de confection de Tusuka », a déclaré à l’AFP l’inspecteur de police Mosharraf Hossain.
La police bangladaise lance souvent des accusations contre des milliers de personnes – sans préciser leurs noms – à la suite de grandes manifestations et de violences politiques, une tactique qui, selon les critiques, est un moyen de réprimer les opposants.
Des responsables de la police ont indiqué à l’AFP que 150 usines avaient fermé leurs portes dans les grandes villes industrielles d’Ashulia et de Gazipur, toutes deux situées au nord de la capitale Dacca, les industriels craignant de nouvelles grèves au début de la semaine de travail au Bangladesh samedi.
« Les fabricants ont invoqué l’article 13/1 du code du travail et ont fermé 130 usines pour une durée indéterminée à Ashulia, invoquant des grèves illégales », a déclaré à l’AFP Sarwar Alam, chef de la police du centre manufacturier.
Les manifestations liées à des revendications salariales constituent un défi majeur pour la Première ministre Sheikh Hasina, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 2009.
Une opposition résurgente conteste son pouvoir alors qu’elle doit affronter des élections prévues avant la fin janvier.
Les 3 500 usines de confection du Bangladesh représentent environ 85% des 55 milliards de dollars d’exportations annuelles du pays, et fournissent de nombreuses grandes marques mondiales, notamment Levi’s, Zara et H&M.
Mais les conditions de travail de bon nombre des quatre millions de travailleurs du secteur, dont la grande majorité sont des femmes, sont désastreuses.

