– David Sauvage : « La mise sur pied d’un parc naturel sera bénéfique aux habitants »
Certes, il n’est pas encore sorti de terre mais le projet de construction d’une Smart City, comprenant un complexe hôtelier et 90 villas de luxe, sur un site de 358 hectares, lorgné par PR Capital, n’en finit pas de faire couler beaucoup d’encre. Les membres du parti politique écologiste Rezistans ek Alternativ (ReA) semblent passer à la vitesse supérieure sur ce dossier. En témoigne leur présence, sur le site, mercredi, pour dresser un constat de visu et présenter des commentaires publics qu’ils ont soumis dans le cadre du deuxième Environment Impact Assessment (EIA) de PR Capital concernant ce développement foncier et immobilier.
Pour concrétiser une alternative pérenne, le parti propose comme option la création d’un parc naturel devant permettre aux habitants de la région « d’être décideurs et bénéficiaires de cette économie ». ReA avait déjà soumis ses commentaires publics l’an dernier, en guise de réponse à l’invitation du promoteur PR Capital pour une première réunion publique. Parmi les commentaires soumis, figure « la demande pour que la région de Roches-Noires soit mise dans le domaine public, déclarée inconstructible, inaliénable, insaisissable et imprescriptible et que les projets d’urbanisation soient déplacés à plus d’un kilomètre de la ligne de marée haute à l’intérieur des terres. »
David Sauvage, qui a été le principal intervenant du parti écologiste lors de la visite de mercredi au cœur de cette nature verdoyante que les écologistes veulent préserver à tout prix, soutient sans détour que « ReA s’oppose farouchement à la destruction du patrimoine naturel de Roches-Noires, et à ce modèle économique aliénant et destructeur.
Ìl ajoute « la privatisation et l’accaparement du patrimoine naturel de la République de Maurice pour soutenir des activités foncières vont à l’encontre de l’intérêt national. »
Pour se rendre sur le site, il faut emprunter un sentier. Ashok Subron figure parmi ceux qui découvrent ce patrimoine naturel pour la première fois. Il n’en croit pas ses yeux : « Comment peut-on penser un seul instant vouloir bétonner et mettre en péril un tel joyau ? ReA a gagné quelques batailles, comme à Pomponette. Préserver le site naturel de Roches-Noires demeure plus que jamais une priorité. » Ashok Subron contemple, en compagnie de ses camarades de parti, ces espaces abritant des barachois, des zones humides (Wetlands), des Mangroves ainsi que des tubes de lave, sans compter les plantes et les espèces endémiques présentes sur le site.
Plus loin, des vestiges d’un four à chaux en pierre taillée, cachés par la végétation luxuriante sont toujours visibles sur le site. Très peu d’informations ont transpiré sur la date à laquelle cette structure a été construite mais « ce serait rationnel que les autorités et les pouvoirs publics songent à la restaurer », dira David Sauvage. Alors un peu plus loin au milieu d’arbres endémiques et exotiques, stupéfaction! Des déchets en tous genres jonchent le sol au milieu de la beauté sauvage des lieux. L’œuvre de pique-niqueurs sans scrupule ou d’une horde passée par là. Un membre du parti écologiste a eu la présence d’esprit de se trimballer avec un gros sac noir pour récupérer les sacs, sachets et bouteilles en plastique qui souillent les lieux.
Mais ce qui préoccupe le plus ReA, c’est que ce joyau de Roches-Noires ne connaisse le même sort que de nombreuses zones naturelles à Maurice et se retrouve recouvert de béton. « Le site est visé par des promoteurs locaux qui représentent des actifs de la société Roches-Noires Resort and Residence Ltd détenus par deux banques, la BCPE et ABSA. Il faut que les autorités fassent des investigations sur ces deux banques qui essaient de s’approprier le site. Certains conglomérats disent se soucier du développement durable du matin au soir. Me aksyon zero », martèle David Sauvage. Avant qu’il n’ajoute que « le site de Roches-Noires comprend l’une des plus grandes forêts sèches des Mascareignes ».
Sur la base de ce constat, il souligne : « les zones humides de Roches-Noires sont un trésor vivant et sont d’un intérêt pour le public. Le site abrite des petits molosses et hirondelles qui mangent les insectes indésirables, évitant que des maladies émergent et affectent les humains et les plantes. Protéger cette zone humide serait pour le bien-être social et économique des habitants de la région. L’appareil de production possédé par le grand capital doit se réorienter afin de pouvoir faire face à la crise écologique et être au service de l’intérêt commun. »
Parmi les points centraux des commentaires publiés par ReA, l’inquiétude liée à l’équilibre hydrologique et aux impacts souterrains néfastes que ce projet pourrait avoir se fat grandissante. « Si nous asséchons l’eau douce, l’eau salée infiltrera les plantes qui vont mourir. Ça entraînera un déséquilibre sur la faune et la flore du littoral. Je demande aux habitants de ne pas se laisser berner par ces discours mercantiles. Zot koz devlopma dan vilaz alor ki lavenir de tou enn ekosistem ki an danze », a fait ressortir David Sauvage qui préconise « une Compulsary Acquisition sous l’article 8 de la Constitution du site par le gouvernement, avec une participation active des habitants qui seront les décisionnaires pour mettre sur pied un parc naturel, voire un site écologique de restauration et de développement des activités touristiques ».
Le potentiel des tunnels de lave et des caves, qui présentent des paysages spectaculaires et qui abritent des populations d’oiseaux rares et de chauves-souris menacées, a aussi été évoqué par ReA. Avec un bon encadrement et une bonne gestion du site, plusieurs parties de ces caves peuvent être développées pour le tourisme.
Sur fondant sur des rumeurs selon lesquelles ces caves auraient abrité des esclaves marron, David Sauvage lance un appel aux autorités pour que des études soient menées pour que la lumière soit faite sur ces spécialistes : « Si sa zafer la vre, li pou enn gran dekouvert pou nou pei ek vilaz-la en premye. »

