VIH & IST – Nicolas Ritter : « Le dépistage, un passeport pour la vie »

– « Si les Mauriciens arrivent à comprendre et assimiler cette étape cruciale dans leur vie, ils se rueront pour se faire tester »

- Publicité -

La Semaine internationale du dépistage (SID) se déroule dans neuf régions du pays, de travailleurs sociaux de PILS, Ailes, Paraploui Ruz, CUT, ainsi que du ministère de la Santé. Nicolas Ritter, pionnier de la lutte contre le virus dans le pays et militant du respect des Patients vivant avec le VIH (PVVIH), alerte l’opinion publique : « En 2023, de très nombreux Mauriciens ont encore une frousse terrible du VIH. Ils pensent toujours que boire dans un même verre qu’un patient porteur du virus leur transmettra la maladie. Et que s’ils apprennent qu’ils sont porteurs du sida, leur vie s’arrêtera. »

« Pourtant, je l’ai appris moi-même dès 2008, lors d’une conférence sur le sida à Mexico : la science nous donne la garantie que si nous nous retrouvons porteur du virus et que nous nous soignons comme il le faut, nous ne serons plus des transmetteurs de ce foutu virus ! Donc, nous gagnons notre ticket pour vivre et mener une vie normale, comme tout le monde. À aimer et être aimé : le droit à l’amour revient, et avec toutes ses chances et promesses tenues. Ce qui équivaut à dire que savoir si on est négatif ou positif impacte royalement sur notre existence. Alors pourquoi hésiter et attendre à faire son test ? » propose-t-il.

- Publicité -

Cela fait plus de 20 ans que l’Ong phare PILS (Prévention, information et lutte contre le sida) mène avec un acharnement exemplaire le combat contre le virus dans le pays. « Et pourtant, malgré toutes les campagnes, les activités et la multiplication de nos efforts, la grande majorité des Mauriciens n’a pas encore compris que se faire dépister, et ainsi savoir si on est porteur ou pas du virus, est un passeport pour la vie ! » regrette Nicolas Ritter.

Membre fondateur de l’Ong et actuel chargé de mission de Coalition Plus, étroitement lié à la tenue de la SID, l’infatigable travailleur social explicite : « La sexualité est au centre de nos vies à tous, jeunes et moins jeunes. Quand nous apprenons que nous avons contracté le sida, notre première réaction, c’est de nous enfermer à la vie. Vivre en isolation, s’interdire de vivre, d’aimer, d’aller vers les autres. C’est accepter de vivre l’amour avec des barrières : se protéger avec des préservatifs, par exemple, tout le temps quand on a des rapports, et ce, par souci de protéger l’être qu’on aime, avec qui nous vivons, parce que nous ne voulons évidemment pas mettre en péril sa vie et lui faire courir le moindre risque de contracter le virus. »

- Advertisement -

Or, fait-il remarquer, la science a prouvé que le dépistage est une réponse sans équivoque. « Si le test s’avère positif, la personne entre dans un circuit de traitements, prend des médicaments. Une fois sa charge virale indétectable, elle ne peut plus transmettre le virus à qui que ce soit. La personne sait dès lors que faire pour ne plus représenter de danger pour l’être aimé, et peut donc s’investir et s’engager dans une vie classique. N’est-ce pas là un fabuleux cadeau de la vie que nous fait la science ? Bien évidemment, si le test est négatif, la personne doit se comporter de manière responsable, afin de ni contracter le virus, ni le transmettre », s’est-il appesanti.

Nicolas Ritter est catégorique : si les Mauriciens parviennent à saisir cet aspect, que se faire dépister ouvre la porte à une vie normale, alors « beaucoup de personnes se rueront pour venir faire leur test » de dépistage. « Aussitôt que les gens comprendront qu’en n’étant plus un vecteur de transmission du virus, nous retrouvons toutes nos chances de vivre l’amour, d’être aimé, d’aimer, de fonder un foyer… je suis profondément convaincu que cet élément amènera le déclic qu’il faut tellement dans le coeur et la tête des personnes pour se faire tester. »

Parce que, malgré tous les efforts consentis et les campagnes, qui ont leur contribution et leur impact, il y a toujours cette timidité, cette réserve, cette méfiance, cette autocensure. « Avec pour effet que nous en sommes encore, en 2023, avec des Mauriciens ayant peur du “qu’en dira-t-on”. Ils se disent : “Kan matant Aline, tifi Zainool ou kouzin Ram pou trouv mwa al dispanser ou lopital, pran medsinn VIH, ayo ki zot pou dir, do ? Que je mène une mauvaise vie ? Que je suis une traînée, une personne facile ? Que je me drogue, que je partage des seringues ?” » Nicolas Ritter poursuit : « C’est un aspect, à savoir la discrimination et la stigmatisation, qui ont été de tout temps associées à la maladie, qu’il nous faut patiemment éradiquer de la mentalité et du comportement de tout un chacun. »

Pour Jacques Achille, responsable des communications stratégiques de PILS, le retour populaire de cette SID a été gratifiant, avec des Mauriciens « venant en toute simplicité poser des questions et souhaitant tout savoir sur le virus, les maladies, les complications, les traitements disponibles ». Du mardi 21 au dimanche 26, les équipes des Ong concernées par l’événement ont sillonné l’île. Le lancement officiel de la campagne s’est tenu au Victoria Urban Terminal de Port-Louis.

Ensuite, les équipes des Ong se sont rendues à Bambous, Cité La Chaux, Tamarin, Rivière-des-Anguilles, Rivière-des-Créoles, Cité Caroline et les plages publiques de Grand-Baie et de Flic-en-Flac.

- Publicité -
EN CONTINU
éditions numériques