Cette année, on se glisse dans les bottes du Père Noël pour voir comment les Mauriciens organisent leurs achats dans les Shopping Malls et les ruelles du coin, en vue d’entrer dans l’imaginaire des petits ou tout simplement jouer au Grinch, version Jim Carrey, au cas où la facture des cadeaux s’élèverait salée. Avec la compensation salariale, le boni de fin d’année, le Mauricien est-il plus conscient de ses achats ? Enfilons l’habit du Père Noël et hohoho… pour une virée shopping en évitant toutefois de finir l’année dans le rouge.
À la fois chaleureux et festif, envoûtant et indémodable, le rouge est une couleur qui incarne l’esprit chaleureux et convivial de Noël. Comme le rouge des petits rubans flottant dans le vent sur les enseignes de magasins… rappelant que Noël est littéralement derrière la porte…Vendredi soir, le Caudan Arts Centre s’illumine, le théâtre fait son show et les inconditionnels de la culture y ont toujours leurs petites habitudes. Les restaurants ne se désemplissent pas. À chacun son plat, entre une pizza, un bon burger ou ene bon minn frit, riz frit ou boulettes, le petit va-et-vient, des pas saccadés mènent la danse. Toc toc, toc, le bitume en prend un sacré coup avec le martèlement des chaussures. La pluie, non plus, n’est pas en reste avec une météo imprévisible, les parapluies sont également de sortie.
Du côté des salles de cinéma, MCiné semble attirer la foule avec un film de Bollywood de trois heures, très coté en ce moment. Il s’agit d’Animal avec Ranbir Kapoor et Bobby Deol qui fait recette actuellement, engrangeant des milliards au box-office de la planète Terre. Des artisans, profitant des allées et venues des membres du public, ont installé leurs stands, histoire d’appâter la clientèle. Un Malgache vante les mérites des vêtements provenant de la Grande Île faits à partir de “wax”. « Enn bon kalite pa pou trouve », lâche-t-il d’une voix saccadée en faisant même un effort de baisser par Rs 50 un vêtement évalué à Rs 3 500. Leslie, une petite fille de huit ans, se sent attirée par la peluche du Petit Chaperon rouge et du loup vendu avec un dessin à coloriage. On tâte le pouls et on se risque autour d’une conversation conviviale avec Joëlle, une mère de famille accompagnée de ses jumeaux.
« Noël, c’est d’abord un moment de partage, nous ne regardons pas vraiment l’état de notre porte-monnaie, c’est le seul moment où toute la famille se réunit après la messe, pour des échanges de cadeaux autour d’un bon repas », lâche-t-on. Il y a aussi ces magasins trendy pour le dernier parfum ou rouge à lèvres en vogue. « Dimounn fer atansion avan aste, Repo Rate, panie menaze, eleksion ki pe vini, la tou la bous dou », lance Édouard, la soixantaine, qui privilégie des cadeaux « responsables » pour ce Noël. Le papy qu’il incarne préfère les foires, des produits de seconde main pour mettre un peu de vert au pied du sapin.
L’homme a la main verte et se préoccupe du réchauffement climatique. « Enn bon lide l’Oréal inn gagne ar resiklaz bann prodwi fini. Bizin aret aste, met resikler bann vie zoue, montre zanfan ena lamour later », proclame-t-il avec amour.
Marchands de rues : Commerce de proximité
Noël, c’est aussi le commerce de proximité avec les marchands de rue qui ont trouvé une bonne astuce pour écouler leurs articles… « Misie, Miss, vinn gete, dernie model, magazin ser, la bon pri pe fer lor la ri. » Les rues commerçantes illuminées en passant par La Corderie, La Reine, Desforges, Plaine-Verte accueillent les personnes en manque d’idées pour les cadeaux et qui ne voudraient pas voir s’effilocher leur portefeuille dans les grandes surfaces.
A même la rue, ce sont des produits simples, pas la marque du luxe, plus pour le simple petit geste d’offrir. Des petites voitures, des poupées, de grosses peluches étalées presque à même le trottoir…Un marchand solaire attire l’attention avec son sourire accueillant, toujours prêt à venir en aide à une âme en peine. « Pou Nwel Miss, tou dimounn bizin trouv so kado. Vini mo fer bon pri. » De l’autre côté, il y a les plus coriaces, dont cet autre marchand au cri strident. Il ne lâche pas la bonne occasion pour faire de bonnes affaires. « Sak abiye, madam, sak lekol pou zanfan, savat, soulie, kasket, losion. » Lui tire sa manne grâce aux passants qui vont rarement en grande surface. Son astuce est de proposer même un emballage sur place. Ensuite, il a ce geste habile de montrer d’une main le produit, et de l’autre main, un signal, genre : « Par ici, la monnaie ».
Quelle distraction ce shopping de rue ! Les gens qui jouent des coudes pour se frayer un chemin entre les étals, qui négocient les prix et dans cette bousculade, on se verrait plutôt mieux dans un Shopping Mall plus climatisé. Les petits futés ont aussi trouvé leur compte, certains voler mang qui n’hésitent pas à refiler leurs cargaisons de fruits sur les trottoirs. Il y aussi le rouge du litchi qui attire, certains marchandent avec des casseurs de prix. La rue est une jungle et les plus rusés s’en sortent. Il y a aussi des magasins comme Manjoo, Daiso pour les petites phases de shopping de Noël. La compensation salariale semble redonner de l’aplomb à certains, dont cette dame cleaner, Poonam, qui reconnaît : « Pourvi ena kas-la dan la me, nou gete apre… »
Si Poonam se veut raisonnable, il y a d’autres qui font des achats inconsidérés comme Manon qui s’est laissé tenter lors de son shopping chez Courts par un airfryer, le craze du moment, un climatiseur et un portable. « Kan mo trouv aste zordi peye dan sis mwa, mo dir mo gagn letan fer mwa enn ti plezir. »
Manon trouve qu’il faut se prendre en avance pour profiter des promotions qu’elle qualifie « de belles offres ». Pour Manon, la tâche se complique quand vient l’heure d’offrir des cadeaux car il y a trop de demandes et pas assez d’indices sur ce qui ferait plaisir. Résultat, elle se voit toujours le 24 décembre à arpenter aux pas de course, pas celle de Jean-Michel Lee-Shim, les magasins pour les présents manquants. Au centre commercial de Bagatelle, la pluie de samedi soir n’a nullement influé sur les habitudes des consommateurs, Anne-Lise, maman de quatre enfants, a établi tôt la liste de son budget de cadeaux pour, dit-elle, éviter « de passer la fin de l’année dans le rouge ».
« Pour les enfants, cela semble plus facile, ils m’ont déjà laissé leur liste ou du moins confié leur liste pour la remettre au Père Noël. » Anne-Lise se décrit méthodique, elle aime comparer les prix pour voir ce qui se rapproche le mieux à son budget. Il lui arrive aussi de faire des achats dans des Pop Up Stores, ces marchés d’occasion et, parfois, a même recours à des promotions en ligne. Sandrine se dirige vers l’enseigne Bookcourt car les livres ont la part belle dans ses paniers d’achat de Noël et figurent parmi les cadeaux les plus recherchés par ses enfants. « Si c’est pas un portable, c’est un livre ou des jeux de société, des vêtements », reconnaît-elle.
L’occasion pour Sandrine de s’acheter aussi un roman car, dit-elle, son métier d’enseignante la pousse à s’enrichir culturellement. « Les albums de jeunesse autour de Noël sont intéressants à offrir à un enfant. » Au Tribeca Mall, nos pas nous mènent vers le magasin La Farfouille où nous roulons nos yeux d’adulte devenus du coup des yeux de gosse devant la myriade de couleurs scintillantes. Des Pères Noël, des lutins, des boules, des guirlandes et même des casse-noisettes de plomb, comme à l’ère de sa Majesté, trônent en maître.
Comment se passe cette mi-décembre de Noël pour les Mauriciens ? Le premier constat est que le week-end beaucoup sortent en famille. Les restaurants se remplissent à vue d’œil et les achats se font au rythme des envies des familles et de tout un chacun. Il y a ceux comme Robert et Nadine, couple british, qui découvrent l’île de leurs petits-enfants. Robert, le sexagénaire, est prêt à dépenser le moindre pécule. « Le coût de vie en Angleterre n’est pas le même qu’à Maurice. Ici, nous pouvons nous permettre de s’offrir des vacances à l’hôtel et même de faire un voyage à Rodrigues. À Maurice, vous n’avez pas de flocons de neige, mais le soleil qui irradie le cœur », confie-t-il avec chaleur. On pourrait rester longtemps à sympathiser avec le couple Robert et Nadine. Mais, la mission de shopping à la loupe version Père Noël rappelle à l’ordre.
Une scène d’une innocence sans pareil devant le regard de ce petit garçon qui veut se faire prendre en photo auprès d’un Père Noël gonflant. « Mam, tir mo foto kot Per Nwel, li pa pou kapav bliye mo kado. » Il semblerait que les Mauriciens sont aussi friands de machines à café, Varsha, la quarantaine, en a vite repéré. Il y a les incontournables cadeaux retrouvés au pied du sapin comme les chocolats et autres gourmandises, l’électroménager, les objets de décoration. Il y a aussi ceux qui voudront se faire plaisir autour d’une bonne table. Aux manettes de ces grandes réunions familiales, les femmes font office de cheffes pour préparer les repas de Noël.
Les rayons de Super U Grand-Baie sont vite ciblés de même que celui de Cascavelle. En cette période festive, Cascavelle Shopping Mall se métamorphose en un véritable village de Noël, transportant les visiteurs dans un univers féerique empreint de magie et d’émerveillement. Les décorations distinctives, telles que le grand sapin transformé en une maison de pain d’épices, les imposants casse-noisettes, et bien d’autres éléments, confèrent une atmosphère enchanteresse. Une commerçante reconnaît que les gens sont prudents dans leurs achats et connaissent leurs priorités. D’autres, selon ses dires, opteront pour un shopping express de dernière minute.
Et quid de nos amis les bêtes? Petite virée chez Zoomania à Cascavelle où on apprend par Jayshree qu’il y a en sus des Treats, des jeux pour chiens pour chats. Et aussi des voilières pour oiseaux, perroquets, des gamelles, des maisons design pour chats. Concernant la nourriture, on en trouve celle faite spécialement pour les animaux.
Chez Muy Mucho, des parfums diffuseurs pour l’intérieur de la maison s’affirment dans l’air. La vendeuse indique que l’affluence est timide mais précise : « la vente connaît un engouement en décembre. Il faut attendre vers le 22, 23 décembre, après ce sera plus pour les pétards, les mets pour les soirées de réveillon. » Comme quoi personne n’échappe au shopping de Noël, des queues interminables à la caisse, à la difficulté de trouver le cadeau idéal. L’idée serait de s’y prendre en avance, d’établir une shopping list pour éviter les écarts et respecter le budget en offrant des cadeaux de qualité au juste prix pour qu’au final, on ne voie pas rouge au niveau des comptes.
Bolom Janvier ne pardonne aucun écart, d’autant plus que janvier, c’est le mois le plus long de l’année avec les dépenses scolaires et autres… Cela dit, Joyeux Noël et bonne virée de shopping aux grands et petits lecteurs ! Hohoho… entrez vite dans cette balade féerique de la magie de Noël.

