En toute liberté : 2024, année de folles enchères électorales

Dès que les clameurs et pétarades accueillant la nouvelle année se seront tues, 2024 affichera son visage électoral. Même si au début, le suspense sera de mise quant à l’exercice, par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, de ses prérogatives sous la Constitution pour rappeler le pays aux urnes. Certes, le fait demeure qu’au 21 novembre 2024, Parliament will stand dissolved. C’est cette même Constitution, l’amendement de l’après-juin 1982 aidant, qui le décrète.

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Entre-temps, même si les principaux partenaires, notamment politiques et syndicaux, se gardent à ce jour d’abattre leurs cartes, il va de soi que 2024 ouvrira la porte à de folles enchères électorales. D’ailleurs, les syndicalistes attendent avec impatience l’échéance de mars 2024, avec des ajustements par rapport à la parité salariale en général dans le monde du travail. La promesse est du ministre du Travail et des Relations industrielles, Soodesh Callichurn. Et à partir de là, il faudra s’attendre à un emballement sur le front socio-économique, avec des précisions au calendrier menant aux élections générales. Ci-dessous, un survol de ces attentes…
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Deepak Benydin, président de la Fédération des organismes parapublics et autres syndicats : « Une année d’espoir pour tous les Mauriciens et les travailleurs »

« 2024 sera une année d’espoir et de bien-être pour tous les Mauriciens et les travailleurs. Nous commencerons l’année avec un niveau de vie meilleur que jamais. Nous avons pris note de la recommandation du National Wage Consultative Council selon laquelle un travailleur au salaire minimum recevra Rs 18 500, ainsi qu’un complément de Rs 2 000 de la Mauritius Revenue Authority (MRA) et une compensation salariale de Rs 1 500. Les autres travailleurs recevront une compensation salariale pouvant aller jusqu’à Rs 2 000. Mieux encore : tous les travailleurs verront leur salaire ajusté par rapport au salaire minimum d’ici mars.
« Nous concluons donc que tous les travailleurs mauriciens seront dans une meilleure position que les années précédentes. Cependant, nous avons encore des progrès à faire. Le ministre des Finances a souligné que les travailleurs continueraient à faire face à des difficultés financières. Au fur et à mesure que notre économie s’améliore, nous ferons davantage. Presque tous les secteurs réalisent des profits énormes et sans précédent, qu’il s’agisse de notre secteur touristique, du secteur manufacturier, du secteur de la construction, et plus encore.

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Nous attendons également avec impatience la publication de l’enquête budgétaire sur les ménages en 2024, qui fournira un paramètre précis de la situation sociale et économique. Le niveau de vie augmentera également.»
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Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC) : « La loi doit être amendée pour protéger les travailleurs »

« Nous demandons de meilleures conditions environnementales avec la sécurité de l’emploi en 2024. La pandémie est terminée, et toutes les lois adoptées pendant la période du Covid-19 devraient être abrogées. Le gouvernement devrait modifier la loi sur les relations industrielles pour protéger les travailleurs contre les abus de l’employeur, comme un comité disciplinaire présidé par le représentant de l’employeur. Des installations sur site devraient être proposées aux travailleurs pour coopérer avec les nouveaux défis auxquels ils sont confrontés en lien avec le changement climatique.

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« Tous les travailleurs doivent être traités sur un pied d’égalité, qu’ils travaillent dans le secteur public ou privé. Les salaires des travailleurs doivent être protégés par une politique de stabilisation de notre roupie. Les mesures nécessaires doivent être prises pour mettre fin à l’érosion du pouvoir d’achat des travailleurs grâce à un mécanisme rigoureux de contrôle des prix. Un système d’indexation des salaires devrait être mis en place sur la base du taux d’inflation avant la réunion tripartite sur la compensation salariale.

« Restructurer le NRB et entamer des consultations avec les syndicats en vue d’un rapport régulier du NRB. Les avantages existants accordés aux travailleurs doivent être affinés à leur avantage. Un organisme comme le PSC doit également être mis en place pour tous les recrutements dans les organisations publiques et parapubliques. Pour mettre fin à l’embauche de candidats politiques, tous les postes doivent être annoncés et le recrutement doit être basé sur le mérite en fonction des qualifications. Les travailleurs doivent se sentir en sécurité et participer au processus décisionnel de l’entreprise. »
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Radhakrishna Sadien, président de la State and Other Employees Federation (SOEF) : « Corriger les écarts dans les échelles de salaire »
« Avec l’ajustement salarial du salaire minimum, le salaire relatif va changer. Nous devons corriger cet écart dans les échelles des salaires. Nous souhaitons également que le PRB devienne plus indépendant. Nous devons aussi établir un contrôle rigoureux des prix et assurer une véritable protection des consommateurs. La mise en place d’un tribunal des profiteurs pour traiter rapidement des cas de commerçants malhonnêtes est nécessaire. Nous ferons pression pour que les amendes soient plus importantes en cas de non-affichage des prix. »
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Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) : « Gare à ne pas embaucher plus de travailleurs étrangers »
« Nous craignons que certains employeurs ne respectent pas les conventions collectives avec l’augmentation du salaire minimum. Lorsque les employeurs iront dans cette direction, il est clair qu’il y aura une révolte parmi les travailleurs. Il ne sera pas acceptable qu’un employé ayant un an de service reçoive le même salaire qu’un autre, même si une convention collective garantit le nombre d’années de service. Cette situation nuira à l’efficacité et à la productivité. C’est à ce moment précis que les patrons viendront dire que les Mauriciens ne veulent pas travailler ou qu’ils sont paresseux. Ils utiliseront cet argument pour justifier l’embauche de plus de travailleurs étrangers.
« Il faut savoir que l’année prochaine, le salaire minimum sera porté à Rs 15 000 pour les personnes entrant sur le marché du travail pour la première fois. Mais si une personne a un an d’ancienneté, elle devrait recevoir Rs 16 500 comme salaire. Certains employés gagnent entre Rs 12 000 et Rs 14 000, et après un an de service, leur salaire sera désormais porté à Rs 16 500. Il n’est pas exclu que certaines entreprises aient recours au Tribunal des droits de l’emploi. Nous avons l’intention de lancer une campagne de dénonciation contre ces entreprises. Nous n’hésiterons pas à leur dire que ce comportement est en contradiction avec la convention collective existant au sein des entreprises. »
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Narendranath Gopee, Federation of Civil Service and Other Unions : « Les travailleurs pourront compter sur nous en 2024 »
« Les travailleurs, c’est l’épine dorsale du pays. Il y a eu, en 2023, plusieurs bouleversements dans le monde où des travailleurs ont perdu leur emploi. Ce n’est pas notre souhait. Avec la révision du salaire minimum et le paiement de la compensation salariale annuelle, on ne sait pas quelle tournure cela prendra dans le monde du travail. Ces révisions auront certainement un impact sur les travailleurs, car dès maintenant, on reçoit des informations selon laquelle il y aura des licenciements, et des cas seront référés au Redundancy Board.
« Notre souhait est qu’il n’y ait pas de pertes d’emploi et que les employeurs qui sont capables de payer le salaire minimum honorent leur engagement. Pa vinn plenye, car à des moments plus difficiles que cela, le gouvernement a aidé les entreprises. Nous comprenons que le coût de la vie accusera aussi une hausse en 2024. La roupie va se dévaluer, et le salaire aussi va se dévaluer, tandis que le taux d’inflation grimpera en flèche. Nous souhaitons quand même à nos collègues travailleurs les meilleurs vœux pour 2024. Ils peuvent compter sur nous en tant que défenseurs de la cause des travailleurs pour mériter leur faveur à tout moment. »
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Rajeshnarain Gutteea, travailleur social et syndicaliste : « Médicaments gratuits pour les employés de pharmacies »
« Les travailleurs du secteur privé doivent être sur un même pied d’égalité avec les fonctionnaires durant les périodes de fortes pluies. Le protocole mis en place pour les fonctionnaires doit être appliqué pour les travailleurs du secteur privé. Il ne faut pas qu’il ait une politique de deux poids, deux mesures.
« Deuxièmement, la pension de vieillesse (Basic Retirement Pension) de tous les employés et fonctionnaires, ainsi que du privé, ayant atteint l’âge de la retraite, ne doit pas être taxable par la MRA. Il faut se dire que la pension de vieillesse est un droit acquis et qu’elle fait partie du Welfare State.
Aussi, d’après la loi en vigueur dans le pays, toutes les entreprises doivent payer les salaires de ses employés deux jours avant la fin de chaque mois. Tel n’est pas le cas dans nombre d’entreprises.
Un mécanisme doit aussi être mis en place pour assurer que la loi soit respectée. Comme la santé est primordiale, l’État doit faire le nécessaire pour que tous les patients employés du public et du privé puissent se procurer des médicaments gratuitement dans les pharmacies privées, car certains médicaments sont en épuisement de stock dans nos hôpitaux et autres médicliniques. »
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Rajesh Bhagwan : « Pour le MSM, le chef agent des élections dera l’argent»
« C’est sans nul doute avec un grand ouf de soulagement que nos compatriotes accueilleront cette nouvelle année. Soulagés que 2024 annonce la fin d’une tyrannie quasi familiale. La fin d’un régime sans valeurs et sans pudeur. Soulagés que cette politique économique dominer, qui appauvrit davantage chaque jour la population en rongeant son pouvoir d’achat, avec les koustik des prix. La population a subi une baisse drastique de sa qualité de vie, affectant au passage son bien-être moral et mental. C’est le vrai bilan du gouvernement.
« Je vais souvent au supermarché, mais j’observe plus que j’achète. Et je constate un automatisme chez le consommateur, qui se dirige directement vers les produits du bas des rayons et en promo. Je vois ces longs moments d’hésitation avant de mettre un produit non essentiel dans le panier. Je vois ce douloureux passage à la caisse, où certains consommateurs sont contraints de retirer quelques articles parce qu’ils n’ont pas suffisamment d’argent.
« C’est cela le plus grand crime de ce régime : une dégradation de la qualité de vie de la grosse majorité de la population. Alors que les familles mauriciennes se plient sous le poids de la cherté de la vie, ministres, nominés politiques et tout le gratin orange font un festin avec un cynisme révoltant. Ce n’est pas que la population qui s’appauvrit : notre démocratie et ses institutions aussi. Notre auguste Assemblée nationale ainsi que la plupart de nos institutions, sensées être libres et indépendantes, ont été parasitées par des courtisans avides et sans scrupule.
Le Premier ministre, en brandissant du front bench le dossier d’une enquête policière en cours, a voulu frapper un grand coup. Mais cela n’aura été qu’un magnifique own goal. Il a lui-même offert la preuve de sa mainmise sur le day to day running de la force policière. Une claque sonnante.
On comprend ainsi mieux l’immense frustration au sein de la force policière après le récent exercice de promotions, tout comme ailleurs dans la fonction publique. La méritocratie est un mot inconnu dans le vocabulaire du MSM, et nous avons une pensée spéciale pour ces demandeurs d’emploi qui sont toujours sur la Waiting List depuis des années, victimes de cette politique discriminatoire. Un appauvrissement également de notre espace démocratique. Plus que jamais, notre liberté de pensée et d’expression est menacée par une surveillance étroite des réseaux sociaux.
« 2024 sera aussi l’année des élections générales, sauf dérobade de dernière minute du gouvernement. Le chef agent du MSM sera l’argent. Et il y en a beaucoup en circulation, provenant de l’industrie du jeu, du trafic de drogue et de gros marchés publics. Mais rien ne pourra arrêter la marche d’un peuple décidé à faire le ménage pour assainir le pays et ses institutions, et déterminé à mettre en marche le vrai changement par le biais d’élections libres et transparentes. »
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Jayen Chellum : « Le GM doit donner le bon exemple contre les abus »
« 2024 sera une année importante avec, possiblement, des élections générales en vue. Quelles seront les conséquences pour les consommateurs ? Le gouvernement a joué au Père Noël, mais cela ne va pas faire baisser l’inflation. Au contraire.
« Depuis la pandémie de Covid-19, il y a eu beaucoup d’abus. Certains ont profité du fait que l’économie était à plat et que beaucoup de Mauriciens avaient perdu leurs repères pour procéder à des augmentations en tous genres. Depuis, il y a eu la reprise économique, mais les prix n’ont pas baissé.
« On aurait pu baisser les produits pétroliers, car le prix a dégringolé sur le marché mondial, mais on ne l’a pas fait. Le gouvernement continue de pomper la population et revient distribuer l’argent sous d’autres formes.
« À l’approche des élections, nius nus retrouverons retrouvera avec toutes sortes de propagandes gouvernementales, alors que nos demandes pour un débat équitable sur le prix des produits pétroliers sont restées lettres mortes. En 2024, nous allons continuer à dénoncer la MBC, à qui nous payons tous la redevance. »

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