Le port – Gérard Bertrand : « Nous réclamons une réunion urgente avec le PM »

– PLMEA : « Nous ne voulons certainement pas boycotter la CHCL que les syndicats ont aidé à créer à force de lutte »

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Alors qu’une situation industrielle tendue prévaut actuellement dans le port, affectant le bon fonctionnement des activités de la Cargo Handling Corporation, Gérard Bertrand, négociateur auprès de la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA), réclame une rencontre d’urgence avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui est le ministre du Port ou un cadre du PMO. Dans une lettre adressée dans ce sens au secrétaire au cabinet et chef de la fonction publique, Premode Neerunjun, il réclame la convocation d’une réunion tripartite regroupant les représentants de la CHCL et de la PLMEA sous la présidence du Premier ministre ou d’un haut dirigeant du PMO.
Gérard Bertrand considère que l’exercice de promotion qui est au centre d’un contentieux doit être effectué « au plus tard le 31 janvier 2024 » aux termes d’une convention collective conclue le 1er août dernier. « C’est la raison pour laquelle nous souhaitons une intervention au plus haut niveau et nous espérons que le Premier ministre nous accordera une oreille attentive comme il l’a fait pour les travailleurs des services publics opérant selon un Shift System », a-t-il dit.
Afin de bien comprendre la situation, Gérard Bertrand est revenu en détail sur le contentieux avec le management de la CHCL. « Nous avons signé une convention collective le 1er août 2023. L’ancien accord était arrivé à terme en décembre 2020. Nous n’avons pas pu nous rencontrer à cette époque en raison du Covid et des restrictions sanitaires. Nous avons pris 11 mois ou plus pour arriver à cet accord. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a eu des promotions touchant quelque 300 employés au sein de la Cargo Handling en 2017. Par la suite, il y a eu des contestations. Dans le port, nous avons l’habitude d’appliquer deux critères pour accorder les promotions, soit l’ancienneté et le Physical Posting. Ce dernier critère consiste à remplacer un travailleur pendant une période donnée. Ce remplacement était pris en considération pour les promotions. Cette pratique avait été contestée par des employés, qui ont été déboutés en Cour. Nous avons signé notre nouvelle convention collective le 1er août et sa mise en œuvre doit être complétée six mois, soit le 31 janvier. Or, entre-temps, le management de la CHCL a modifié les critères prévus pour les promotions et a aboli la question de Physical Posting. Toutefois, les Physical Postings effectués avant le 1er août et qui concernent de nombreux travailleurs étaient maintenus et doivent être pris en compte pour les promotions », dit-il.
Or le management refuse de le faire et a publié une nouvelle liste au détriment de nombreux employés concernés avec pour conséquence que les derniers sont devenus les premiers. «Cette décision a créé des problèmes. Nous avons expliqué la situation au président de la CHCL que nous avons rencontré le 27 septembre. Il nous a demandé un document détaillé que nous lui avons soumis et depuis il refuse de nous rencontrer », précise-t-il.
« Nous sommes pleinement conscients que le port est un secteur essentiel de l’économie et nous ne voulons pas être responsables de ce qui pourrait arriver dû à la réticence du président à régler ce problème qui ne connaît pas le secteur portuaire », indique Gérard Bertrand, ajoutant que « la Port Louis Maritime Employees donne l’assurance à la population qu’elle agit de bonne foi. Ce n’est nullement notre intention de saboter le Cargo Handling Corporation Ltd. Ce sont les travailleurs et leurs syndicats respectifs qui ont créé la CHCL et qui avaient demandé que ces activités portuaires soient enlevées du secteur privé. J’avais personnellement participé à des actions syndicales en 1983. Le gouvernement d’alors nous avait donné les garanties nécessaires, dans un document signé de l’Attorney General d’alors Jean Claude Bibi, qui a débouché sur la création de la CHCL le 1er octobre 1983. »
« Nous voulons travailler dans l’intérêt du port et du pays. Nous l’avons toujours démontré et nous continuerons à le faire. Toutefois nous ne pouvons pas traiter avec un président qui non seulement n’a pas l’expérience portuaire voulue mais qui méprise les travailleurs. Nous prenons cela pour une insulte. Je lance un appel au Premier ministre qui est la seule personne à pouvoir désamorcer la bombe qui peut éclater à n’importe quel moment », rassure le syndicaliste.
Un autre problème fait que dans la dernière convention collective les conditions pour le débarquement des conteneurs ont changé. Auparavant, lorsque les travailleurs manipulaient 20 conteneurs à l’heure, ils recevaient un Productivity Bonus de 30% sur ses salaires.
« Dans le nouveau Collective Agreement, nous avons accepté un changement à la condition ferme que le management applique un nouvel Operational Set-Up, c’est-à-dire qu’il doit revoir le nombre de Cranes, mettre de l’ordre dans l’enceinte portuaire, refaire ses Terminal Designs pour placer les conteneurs. En contrepartie, les travailleurs ont promis de multiplier les efforts pour réaliser 24 conteneurs à l’heure. Ce qui leur permettrait d’avoir 32% de leur salaire de base, s’il fait jusqu’à 22 conteneurs, ils auraient obtenu 25% de leurs salaires. Toutefois pour moins de 22 conteneurs, ils n’auraient rien eu. Ce qui crée une frustration parmi les travailleurs d’autant qu’il n’y a pas d’Operational Set-Up. Les employés ne refusent pas de travailler mais ils se contentent de faire leur Shift et refusent de s’engager davantage », explique Gérard Bertrand.
Le conseiller syndical déplore, d’autre part, l’absence d’arbitre au niveau portuaire. « Auparavant le président de la MPA, qui est une autorité respectée dans le port faisait, office d’arbitre à chaque fois qu’il y avait un problème dans le port. À chaque fois qu’un problème émergeait, il appelait la CHCL et les syndicats pour identifier le problème. Cette pratique a été interrompue par orgueil. Le nouveau président de la CHCL a choisi d’ignorer la MPA alors que son arbitrage s’est toujours avéré très utile depuis l’époque du président Ramnarain jusqu’à Prakash Maunthrooa. Ce dernier était très impliqué dans la CHCL et cela avait marché. Aujourd’hui Maunthrooa qui est un expert en matière portuaire s’occupe de l’eau alors qu’un enseignant qui est bon dans son domaine s’occupe du port. Ce n’est pas normal. Comment voulez-vous que les institutions fonctionnent ? » constate-t-il.
La PLMEA espère qu’une solution pourra être trouvée à leur problème d’ici la semaine prochaine.

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