Toriden Chellapermal : « Stimuler l’innovation au sein des organisations mauriciennes »

Ajouter en tant que source préférée sur Google

La MCCI Business School organise, du 8 février au 24 avril, un programme de développement professionnel en partenariat avec le Stanford Center for Professional Development, et ce, sous le thème Fostering innovation in the Mauritius Ecosystem. Ce programme est destiné aux cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises, aussi bien du secteur public que du gouvernement. Le-Mauricien a rencontré Toriden Chellapermal, Chief Executve Officer (CEO) de la MCCI Business School, pour un éclairage élargi sur la question. « Tout le monde est d’accord pour dire que notre pays a un besoin urgent de passer à une étape supérieure en adoptant des stratégies innovantes, tant dans le secteur privé que dans le public. La MCCI Business School est ainsi extrêmement heureuse de faire bénéficier aux organisations mauriciennes l’expertise de Stanford et de la Silicon Valley afin de mieux les équiper dans leurs projets de transformation et, ainsi, élever Maurice vers de nouveaux sommets », affirme-t-il. Le directeur de la MCCI Business School se dit convaincu que l’Innovation Imperative apportera les outils nécessaires aux participants mauriciens pour stimuler l’innovation au sein de leurs organisations.

- Publicité -

La MCCI Business School lance à partir de début février un programme intitulé Innovation Imperative, Fostering innovation in the Mauritius Ecosystem. Pouvez-vous nous en parler ?
Tout le monde est d’accord sur le fait que l’innovation est un passage obligé pour tous les opérateurs. Cela s’applique aussi bien pour les entreprises du secteur privé que celles du secteur public. Nous sommes obligés de tenir en considération les développements technologiques. Ce qui nous oblige à revoir nos procédures et à nous assurer que les ressources humaines soient bien formées.
Je vous signale que l’innovation fait partie intégrante des Objectifs de développement durable des Nations Unies. L’objectif 9 est stipulé comme suit : « Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation. »
Nous savons que l’innovation et le progrès technologiques ont une importance capitale dans la recherche des solutions durables aux défis économiques et environnementaux, tels que l’utilisation optimale des ressources et de l’énergie. Comme vous le voyez, l’innovation est un des critères de réussite pour atteindre les ODDs. L’innovation passe par la restructuration des entreprises afin d’être plus efficaces et de stimuler la productivité. C’est donc incontournable.

L’innovation est encore un terme abstrait. Comment se traduit-elle dans le concret ?
Il faut comprendre qu’il y a d’une part l’innovation, qui est liée à tout ce qui concerne la technologie, la nouveauté technologique, les nouveaux modes de communication et la circulation de l’information, qui sont devenus des éléments essentiels pour les entreprises.
L’innovation est surtout un état d’esprit. Elle nous force à revoir nos habitudes et notre manière traditionnelle de faire. Il y a toute une école de l’innovation, connue comme Jugaad, une philosophie de débrouillardise dans un contexte de ressources et de moyens limités, qui met en œuvre une ingénierie à la fois simple, efficace et peu onéreuse pour répondre à des besoins clairement identifiés. Cette démarche ne résulte donc pas uniquement de découverte technologique ou de grandes avancées.
L’innovation frugale repose sur l’ingéniosité des personnes qui, malgré le fait qu’elles disposent de ressources limitées, arrivent à des inventions qui leur permettre de vivre, voire de survivre. En Afrique, nius avons vu se développer, au Kenya notamment, un mode de paiement mobile qui s’adapte à la réalité des opérateurs et consommateurs vivant loin des grands centres. L’innovation frugale permet souvent de proposer au moindre coût un produit ou un service déjà existant.

- Publicité -

Est-ce que c’est dans cet esprit que la MCCI Business School lance le mois prochain le programme Innovation Imperative ?
Nous avons eu l’occasion d’avoir le soutien de l’ambassade des Etats-Unis, avec qui nous avions déjà collaboré. Dans ce contexte, nous avons accueilli il y a quelques années, dans le cadre du programme Fullbright, un professeur de la Concordia University, qui était un expert de l’innovation. Il avait animé plusieurs causeries et ateliers de travail, aussi bien avec des représentants du secteur public que ceux du privé, afin de sensibiliser les Mauriciens au sujet de l’innovation et sur ce que cela implique.
Nous parlons beaucoup de l’écosystème de l’innovation, mais très peu de ce que cela implique. Lors de nos discussions avec l’ambassade de Etats-Unis, nous avons posé la question: pourquoi ne pas viser le berceau de l’innovation aux USA, c’est-à-dire la Silicon Valley. D’où nous est venue l’idée de la Stanford University, considérée comme le centre pour le développement professionnel, avec qui nous aurions pu développer une interaction de manière à bénéficier de leur expertise et savoir où nous en sommes et où nous voulons aller.
Comment intégrer la technologie dans notre système de production. Par exemple, dans le domaine de l’agro-industrie, il serait intéressant de savoir comment, dans un contexte de pénurie alimentaire, en temps de crise, comme celle que nous avions connue durant la pandémie du Covid-19, assurer l’autosuffisance alimentaire. Nous avons connu le Covid, et nous pourrions faire face à d’autres crises qui se présenteraient sous d’autres formes, et à cause desquelles nus nus retrouverions en isolation. Il s’agit de savoir comment assurer notre survie.
L’innovation concerne donc également notre survie Lorsque le défunt Dev Virahsawmy nous demande de planter des arbres de fruits à pain, il savait de quoi il parlait. C’est une réalité. Dans un pays comme Maurice, où notre surface de terres fertiles est limitée, il nous faudrait sans doute revoir notre modèle de développement afin de tenir compte de cette dimension agroalimentaire dans un contexte de nouvelles technologies, et voir comment nus pourrions développer une agriculture plus adaptée et plus efficiente pour au moins une bonne partie de nos besoins.

Donc, l’innovation s’applique à tous les domaines et pas uniquement au développement technologique ?
Il ne faudrait pas limiter l’innovation à des activités super-pointues dans le domaine scientifique. Certes, il y a l’intelligence artificielle, l’internet des objets, le Chat GPT, etc. Mais il nous faudra savoir comment l’intégrer dans notre système de gestion, dans le fonctionnement des pays de manière concrète. C’est là que l’approche de la Stanford University devient intéressante, surtout lorsqu’elle parle d’Experiential Learning. Comme vous le savez, c’est un processus d’apprentissage engagé dans lequel les élèves apprennent par la pratique et en se basant sur l’expérience. Ces activités peuvent inclure des expériences en laboratoire, mais aussi des exercices sur le terrain, etc. Ces exercices permettent de trouver des résultats à travers des projets concrets.
Au niveau de la MCCI Business School, nous caressons l’ambition de remettre l’innovation au centre de l’agenda avec des échanges, et pourquoi pas, à terme, ne pas développer une plateforme nationale d’innovation, qui deviendrait un Think Tank. Pour moi, l’innovation nécessite une approche collaborative. Se pose également la question du leadership. Notre forme de leadership hiérarchique et directionnelle est aujourd’hui remise en question à la lumière de cela, car l’innovation exige cette idée de collaboration et d’échanges permanents, qui permettent de faire jaillir des idées nouvelles.

- Advertisement -

Le programme de la Stanford University sera-t-il intégré à celui de la MCCI Business School ?
Non. Pour le moment, ce sera un programme destiné essentiellement aux décideurs, que ce soit dans la fonction publique ou dans le secteur privé. Ce sont eux qui sont les moteurs de l’innovation et qui poussent leurs organisations ou leurs entreprises dans cette direction. C’est un programme qui se fait à côté de celui de la MCCI Business School. Je dois souligner que c’est la première fois que Stanford vient à Maurice et dans la région de l’océan Indien. C’est donc une première. Raison pour laquelle nius voulons toucher les experts mauriciens dans le domaine, et qui auront l’occasion d’interagir avec ceux de Stanford afin de clarifier les choses et valider certaines idées qu’ils ont en tête.

Comment le programme sera-t-il organisé ?
C’est un programme mixte, c’est-à-dire qu’une partie se fera à distance et une autre en présentiel, avec des modules à travailler. À distance, il y aura une interaction avec des Key Note Adresses de la part des professeurs de Stanford, qui seront suivies de discussions en ligne.
Il y a ce qu’on appelle le Capstone Project, qui est une expérience académique à multiples facettes généralement requise pour les étudiants au cours de la dernière année d’un programme académique. Il s’agit d’un projet complet et interdisciplinaire obligeant les étudiants à appliquer les connaissances acquises tout au long de leur parcours. Si une organisation décide d’envoyer plusieurs personnes, celles-ci pourront travailler sur un projet d’innovation concernant leur propre entreprise. Le projet sera évalué et validé par les experts de Stanford, qui pourront les aider à améliorer leurs projets. Nous envisageons aussi de faire venir à Maurice les chercheurs de Stanford pour des sessions en face-à-face.

Pouvez-vous nous donner une idée du programme ?
Le programme a été validé par la Mauritius Qualifications Authority. Ce sera un programme de dix semaines comprenant deux modules. Le premier aura pour titre Technology Disruptions and the Innovation Imperative et se fera en deux parties, à savoir Foundations for Digital Transformation and Systems Leadership et Managing Uncertainty in the Digital Age. Le second module, lui, aura pour titre Cultivate a Culture of Innovation. Les cours porteront sur l’Introduction to Design Thinking et la Leading Innovation. Le mode de travail comprendra une séance en face-à-face de deux heures tous les jeudis avec un facilitateur.
Ensuite, il y a les Self Paced Online Sessions, des Live Keynotes and Discussions avec des membres de la Stanford University. Finalement, il y aura des séances de Groupwork on a Real-Life Project  selon le format du Capstone Project. Tous les cours sont prévus dans l’après-midi et commenceront certains jours à 17h30 et d’autres à 19h. Des démarches sont effectuées pour que des membres de la Stanford University puissent faire le déplacement à Maurice en avril prochain. Des discussions sont en cours avec l’ambassade américaine. Ces experts rencontreront non seulement les participants, mais également les autorités gouvernementales et les responsables du secteur privé pour voir comment Stanford peut aider à développer une collaboration avec Maurice.

Avez-vous une idée des conférenciers qui seront impliqués dans les projets ?
Oui, nous avons déjà Pamela Hinds, qui est professeur au Department of Management, Science and Engineering à la Stanford University. Elle étudie l’effet de la technologie sur les équipes, la collaboration et l’innovation, et a mené des recherches approfondies sur la dynamique des équipes de travail transfrontalières, en particulier celles qui dépassent les frontières nationales. Elle possède un corpus de recherche sur l’interaction homme-robot dans l’environnement de travail et la dynamique des équipes homme-robot.
Il y a aussi Melissa Valentine, qui est Associate Professor, Management Science and Engineering, à la Stanford University. Ses recherches portent sur la compréhension de la manière dont les nouvelles technologies changent le travail et les organisations. Elle mène des études observationnelles approfondies pour développer une nouvelle compréhension des nouvelles formes d’organisation. Ses travaux contribuent à comprendre les enjeux classiques et anciens de la conception des organisations de groupe.
Finalement, Diane Nuteau sera la coordinatrice et la facilitatrice. Elle est la fondatrice et meta-coach chez The Creative Brainstorming. Elle a travaillé dans des organisations africaines axées sur le développement de l’Internet en Afrique. Elle donne des cours à la MCCI Business School.

Est-ce les fees pour la participation du programme ont été arrêtés ?
Les coûts ont été approuvés par la MQA. Comme vous l’imaginez, faire venir des gens de Stanford coûte cher. Au total, les cours coûteront Rs 300 000, dont une bonne partie remboursable par la HRDC. Nous espérons accueillir entre 25 et 40 personnes. Les institutions du secteur privé et des entreprises dans tous les secteurs ont été invitées. Ce sera une belle occasion de tirer le maximum de cette collaboration avec Stanford.

Comptez-vous introduire un programme consacré à l’innovation dans le programme d’étude de la MCCI Business School ?
L’innovation est déjà présente dans tout ce qu’on fait. Déjà, dans tous nos programmes, l’élément innovation est présent. Prenons par exemple la filière informatique, un des programmes qui a pris de l’importance est la cybersécurité, qui touche à l’évolution technologique. Ce cours ne figurait pas au programme il y a quatre ou cinq ans. On a toujours besoin d’être au fait des nouveautés et des choses qui sont importantes.
Toutefois, le programme que nous avons mis au point avec la Stanford University vise essentiellement les décideurs et les entrepreneurs qui ont les moyens de mettre en œuvre ce qu’ils tireront de ces cours. Cela pourra être l’innovation dans le domaine de l’environnement ou pour améliorer le Process de production, l’amélioration pour les conditions de vie des employés… Au niveau de l’État, cela peut toucher les services offerts au public. À terme, ce sera dans l’intérêt national.

Propos recueillis par
Jean Marc Poché

ACCROCHES
« Nous savons que l’innovation et le progrès technologiques ont une importance capitale dans la recherche des solutions durables aux défis économiques et environnementaux, tels que l’utilisation optimale des ressources et de l’énergie »

« L’innovation est surtout un état d’esprit. Elle nous force à revoir nos habitudes et notre manière traditionnelle de faire. Il y a toute une école de l’innovation, connue comme Jugaad, une philosophie indienne de débrouillardise dans un contexte de ressources et de moyens limités, qui met en œuvre une ingénierie la fois simple, efficace et peu onéreuse pour répondre à des besoins clairement identifiés »

« Au niveau de la MCCI Business School, on veut remettre l’innovation au centre de l’agenda, avec des échanges, et pourquoi pas, à terme, ne pas développer une plateforme nationale d’innovation qui deviendrait un think tank. L’innovation nécessite une approche collaborative »

EN CONTINU