Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a indiqué que le gouvernement avait alloué une somme de Rs 105 millions pour la restauration de l’Hôpital Militaire et pour la création du musée intercontinental de l’esclavage (International Slavery Museum- ISM). C’était hier à l’occasion du lancement d’un catalogue sur l’exposition permanente Zistwar Lesklavaz, visible depuis septembre 2023 et l’ouverture d’une exposition sur l’Afriken libere. Un double événement qui s’inscrit dans le cadre du 189e anniversaire de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.
« Nou’nn aloue Rs 105 M pou restorasion ansien lopital militer ek pou operasion et kreasion mize. Nou bizin kontinie devlop mize, enrisir li davantaz pou amenn popilasion ena enn meyer konpreansion pou apresie nou listwar », affirme le Premier ministre. Il ajoute que « le musée doit devenir un endroit incontournable pour les Mauriciens mais aussi pour les étrangers qui s’intéressent à notre histoire. Zot kone ena enn mize, ena enn plas pou konn la verite. »
Pravind Jugnauth a affirmé que le projet de création et du développement du musée international de l’Esclavage est très cher à son gouvernement car jusqu’ici, seulement les quelques intéressés faisaient des recherches sur cette période de l’histoire. Il souligne qu’il est important pour un peuple de connaître son passé afin de mieux appréhender l’avenir. « Cela ne concerne pas seulement les descendants africains mais tous, car nos ancêtres sont venus ici dans des circonstances différentes. Certains étaient des esclaves, d’autres des travailleurs engagés, d’autres encore des commerçants ou des colons propriétaires d’esclaves », dit-il. « Il ne faut pas non plus oublier les Africains libérés qui sont restés longtemps à Maurice et ont contribué au développement du pays », déclare-t-il en déplorant que « l’humain fut réduit à un outil de production. Kouma dir enn robo. Cependant, leurs vies n’étaient pas faciles non plus lorsque plus tard ils avaient recouvré leur liberté ».
Il dresse un parallèle avec le syndicalisme dont « nous sommes habitués aujourd’hui qui lutte pour l’intérêt des travailleurs, alors que dans l’histoire de notre pays, nous avons eu ce qu’on appelle des syndicats de colons ». Ainsi, il cite Adrien D’Epinay « qui a milité pour perpétuer le système ».
Il a aussi longuement parlé de la richesse culturelle de Maurice et de l’importance de cette exposition, témoignant de la volonté du gouvernement de rendre justice à ceux qui ont souffert. « Cependant, je ne dis pas cela pour créer un conflit mais plutôt pour qu’il y ait plus de réconciliation, de compréhension et de solidarité », fait-il ressortir.
Le ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck et le président du conseil d’administration du ISM, Jean Maxy Simonet ont également pris la parole. Celui-ci a annoncé l’élaboration d’un Master Plan pour la restauration et l’aménagement de la cour ainsi que les autres parties du site.
Les invités présents ont également eu l’occasion d’apprécier une musique documentée par Eugène de Froberville en 1846 à partir de ce qu’il a entendu auprès des anciens esclaves de la colonie ou africains libérés et retravaillée par la directrice du Conservatoire François Mitterand, Claudie Ricaud et ses collaborateurs. Cette pièce musicale a été reconstituée à partir des documents mis à leurs dispositions par Klara Boyer Russell, membre permanent du Centre International de Recherche sur les Esclavages et les Post-Esclavages (CIRESC) et chercheuse-curatrice pour un projet d’exposition itinérante [2024-2025] sur la diaspora « Mozambique », en collaboration avec le Musée du Château de Blois et le Musée Intercontinental de l’Esclavage de l’île Maurice. Un moment fort en émotions !
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Claudie Ricaud : « On donne vie à quelque chose qui remonte à 1846-48 »
La directrice du Conservatoire de musique François Mitterrand, Claudie Ricaud, a travaillé sur la musique des anciens esclaves et des africains libérés de la colonie documentée par Eugène de Froberville, telle qu’il l’avait entendue, en 1846.
« C’est Klara Boyer Russell qui travaille sur toute la collection de Froberville. Elle nous a fait parvenir les manuscrits à travers le musée intercontinental de l’esclavage. Nous avons trouvé cela très intéressant. J’ai retranscrit les notes. C’était très émouvant parce que tout à coup, on donne vie à quelque chose qui remonte à 1846-48 », déclare-t-elle à Le-Mauricien, hier, à l’issue de l’ouverture de l’exposition sur l’Afriken libere. À cette occasion, les invités présents ont pu entendre un chant et une musique datant de cette époque. Elle souligne s’être appuyée sur les partitions mais aussi sur les notes accompagnatrices pour savoir « quels types d’instruments étaient utilisés. Nous avons travaillé des petits extraits en faisant des variations. Eugène de Froberville avait effectué un travail soigné et méticuleux », souligne-t-elle. Claudie Ricaud souhaite poursuivre avec ce projet.

