Maurice a présenté son rapport à la 31e session du Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU, qui se déroule actuellement à Genève, Suisse. La ministre de la Sécurité sociale, Fazila Jeewa-Daureeawoo en a élaboré les points forts. Le rapport a été analysé par les experts et la ministre a dû répondre, hier, à une série de questions sur l’application des différents articles de la Convention. La réserve de Maurice par rapport à l’article 9, concernant l’accessibilité, a été déplorée par des experts lors de ces délibérations.
Maurice, en tant que signataire de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, est tenue à soumettre son rapport régulièrement au Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU. Cela, afin de démontrer comment les différents articles de la Convention sont appliqués. Fazila Jeewa-Daureeawoo est intervenue par visioconférence lundi et mardi, entourée d’officiers de différents ministères et départements du gouvernement, pour répondre aux interrogations soulevées par des experts.
D’emblée, la ministre a précisé que la Convention est en conformité aux dispositions de la Constitution de Maurice, faisant provision pour les droits des personnes en situation de handicap en tant que citoyens à part entière. Elle a indiqué qu’il y a 86 607 personnes handicapées à Maurice, d’après les dernières statistiques, soit 6,8% de la population. « Le gouvernement est déterminé à construire une société inclusive, que ce soit sur le plan économique, social ou financier », s’est-elle évertuée à faire comprendre.
Elle a également mis en avant l’adoption de la Protection and Promotion of the Rights of People with Disabilities Act. Elle a insisté sur la participation des personnes en situation de handicap dans ce processus, notamment à travers des consultations avec des ONG. Elle s’est également appuyée sur la révision à la hausse de la pension d’invalidité, ainsi que les différentes prestations sociales.
D’autre part, Fazila Jeewa-Daureeawoo a fait ressortir que les entreprises ont l’obligation de recruter 3% de personnes en situation de handicap pour faire partie de leur personnel. Elle a également indiqué que le budget de son ministère a considérablement augmenté ces dernières années et que 15% sont consacrés à l’amélioration de la qualité de vie des personnes handicapées.
Infrastructures adaptées
Toutefois, la ministre de la Sécurité sociale a précisé que le gouvernement maintient ses réserves par rapport l’article 9 concernant l’accessibilité. Car même si des progrès ont été faits, en vue de faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite, beaucoup d’infrastructures demeurent inaccessibles. Elle déclare : « le gouvernement est en train de travailler en partenariat avec le secteur privé pour que les infrastructures soient adaptées aux personnes avec handicap. Des progrès ont été faits, mais il nous faudra du temps pour que toutes les infrastructures soient adaptées et aussi, cela coûte beaucoup d’argent. »
Elle a également fait état des progrès réalisés dans le secteur du transport, avec l’introduction des autobus Semi-Low Floor » et le Metro-Express. « Le métro est disability friendly. Nous avons 534 autobus semi-low floor sur une flotte de 2 000 autobus. Il faut souligner également que le transport est gratuit pour les personnes handicapées à la fois dans le bus et le métro », dit-elle.
À l’heure des questions, les experts n’ont pas manqué de déplorer la réserve de Maurice par rapport à l’article 9. Un expert a même demandé, à deux reprises, s’il ne s’agissait pas d’une stratégie pour ne pas s’engager à mettre en œuvre les recommandations sur l’accessibilité. La ministre a expliqué que la réserve de Maurice est surtout fondée sur le fait qu’il n’y a pas une seule solution pour tout le monde et qu’il faut prendre en considération les différents types de handicap.
Elle a cité en exemple, le fait que les indications en braille dans les différentes infrastructures publiques ou privées n’étaient pas disponibles pour le moment. « Nous reconnaissons les droits des personnes en situation de handicap et nous sommes en train de travailler pour améliorer l’accès aux infrastructures. Mais il nous faudra du temps pour retirer notre réserve », ajoute-t-elle.
Un expert a alors demandé quel était le Time Frame pour cela, mais il n’y a pas eu de réponse à ce sujet. Des questions ont aussi été soulevées concernant le Strategic Plan 2015-2020. La ministre a ainsi révélé que celui-ci n’a pas été mis en application car le gouvernement travaillait sur une nouvelle loi. Un nouveau plan 2025-2030 sera élaboré.
La ministre a également mis l’accent sur l’article 24, concernant l’éducation. Elle a précisé que le gouvernement accorde beaucoup d’importance à l’éducation et que les dispositions nécessaires ont été prises pour faciliter l’accès. « 87% de nos établissements secondaires et tertiaires sont adaptés aux personnes à mobilité réduite », rassure-t-elle.
Fazila Jeewa-Daureeawoo est revenue sur la création de la Special Education Needs Authority (SENA), en 2019. Actuellement 77 écoles opèrent sous le SENA. Elle a aussi précisé qu’un budget de Rs 9,2 millions est consacré aux écoles spécialisées gérées par des ONG et qui bénéficient aussi de Grants de l’État.
Le directeur du SENA, Arvind Authelsing est également intervenu pour expliquer qu’il y a trois types d’écoles accueillant les enfants avec handicap. Il y a des Resource Centres, pour les enfants avec un handicap lourd, des unités intégrées dans les écoles primaires et des écoles spécialisées gérées par des ONG. Il a précisé que les unités intégrées sont appelées à devenir des Feeder Schools pour le Mainstream.
Une experte a demandé à la ministre pourquoi les enfants autistes n’étaient pas scolarisés dans la filière régulière. C’est le directeur du SENA, qui a répondu, expliquant que cette option est envisagée, mais qu’il faudra d’abord, former les enseignants. Toujours est-il qu’il y a des situations où les enfants en situation de handicap sont scolarisés dans les écoles primaires. Pour cela, ils ont droit à un Teacher Assistant.
La représentante du ministère de la Santé a fait état des trois Day Care Centres à l’intention des enfants autistes. Ils y passent la journée et bénéficient de l’encadrement des professionnels de santé. Le directeur du SENA a aussi précisé que l’autorité dispose d’un Assessment Centre, où les parents ayant un enfant présentant un handicap peuvent se tourner. « Il y aura un diagnostic par des professionnels de santé et l’enfant sera dirigé vers le centre approprié. Aucun enfant n’est délaissé », dit-il.
Sur le plan des loisirs, la ministre Fazila Jeewa-Daureeawoo a déclaré qu’un Beach Management Plan a été élaboré et que des travaux sont en cours, pour faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite. « Les travaux nécessaires ont déjà été réalisés sur trois plages. Toutes les facilités sur place, incluant les douches, sont accessibles aux personnes en fauteuil », avance-t-elle.
Concernant l’accès au logement, la ministre a cité la construction de 8 000 logements sociaux. Elle a indiqué que 4% des maisons sont réservées aux personnes en situation de handicap. Un expert a fait la remarque que ce taux est nettement insuffisant et qu’il est évident que beaucoup de personnes handicapées ne pourront y avoir accès. Elle dit que Maurice s’est inspirée du modèle américain, d’où le taux de 4%. Elle a remercié l’expert pour ses remarques, précisant qu’elle en discutera avec son collègue du logement.
Les experts ont également exprimé leurs réserves sur la manière dont les personnes sont évaluées pour les pensions d’invalides. L’approche médicale est critiquée, alors que la Convention reconnaît plusieurs types d’incapacité. Un expert a également soulevé la question quant à la Carer’s Allowance plafonnant à Rs 3 500, qui ne représentait même pas un salaire.
La ministre a sorti l’argument de la révision des pensions.
« Il y a dix ans, la pension était à Rs 3 363, aujourd’hui, c’est à Rs 15 000, soit presque le salaire minimum. Même la Carer’s Allowance a été augmentée. Elle est passée de Rs 2 200 à Rs 3 500. » Elle a expliqué que la Carer’s Allowance est une aide supplémentaire et avance que c’est généralement un membre de la famille qui s’occupe de la personne invalide.
Un autre expert a demandé à la ministre pourquoi la Sécurité sociale ne pourvoit plus d’appareils auditifs aux bénéficiaires, mais leur donne une somme d’argent, ce qui est souvent insuffisant. La ministre a répondu que cette décision a été prise suite à la pandémie de Covid-19. Il y avait certaines contraintes pour la disponibilité des appareils. Il a donc été décidé de donner l’argent aux bénéficiaires en vue de ne pas les pénaliser.

