L’affaire suscite un malaise de plus en plus grandissant aux Police Headquarters des Casernes centrales. Le nom d’un haut gradé de la police, du rang de Deputy Commissioner of Police (DCP), a été cité par l’Assistant Commissioner of Police (ACP) Lilram Deal lors de son interrogatoire par la Financial Crimes Commission (FCC). D’ailleurs, ce Top Gun de la police est l’un des deux dénoncés par l’ancien patron de la Counter-Terriorism Unit dès le début de l’enquête de la Financial Crimes Commission au sujet de la Drug Reward Money Saga avec des éléments ayant filtré lors des débats sur la bail motion logée par Me Roshi Bhadain, au nom de l’ACP Lilram Deal. D’autre part, la magistrate Naazish Sakaulloo, siégeant au tribunal de Port-Louis, devra faire connaître aujourd’hui son ruling au sujet de cette motion de remise en liberté provisoire. Toutefois, dans le sillage de ce développement au sujet de l’ACP Deal, ce haut gradé de la police pourrait être incessamment convoqué formellement par les limiers de la Financial Crimes Commission pour être confronté aux preuves accablantes au sujet d’un versement de Rs 500 000 en son nom en 2022.
D’autre part, des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès des sources concordantes indiquent que dans le dossier à charge compilé par la Financial Crimes Commission ont été versés des documents attestant des démarches initiées en vue d’un départ de l’ACP Lilram Deal pour le Canada. D’autres sources avancent en ce début de semaine que ce blue-eyed boy de l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, se serait déjà qualifié pour une éventuelle émigration au Grand Nord américain, où se trouvent déjà des membres de sa famille, avec un éventuel départ à la retraite de la force policière. Mais ces démarches sont tombées à l’eau, car avec son arrestation dans une affaire de blanchiment allégué de Rs 30 millions, puisées de la reward money de la police dans le cadre de la lutte contre la drogue, son passeport a été impounded, même au cas où il pourrait être remis en liberté provisoire, il ne pourra pas en faire usage.
Dans l’immédiat, la prochaine séance d’interrogatoire under warning de ce haut gradé de la police avec les Rs 500 000 de reward money passionne plus d’un aux Casernes centrales, et par extension, au sein de l’ensemble de la force policière. D’ailleurs, l’identité de ce Deputy Commissioner of Police n’est qu’un secret de Polichinelle pour les initiés des dessous de la Drug Reward Money Saga. Cet officier de police a longtemps dirigé une unité importante et stratégique au sein de la police, avant d’être muté, sous l’ancien gouvernement de Pravind Jugnauth, à la Southern Division pour des raisons qui demeurent encore obscures.
À une certaine époque, son nom figurait même parmi les favoris pour succéder à Khemraj Servansingh au poste de commissaire de police. Mais finalement, Anil Kumar Dip a été nommé à ce poste. Entre-temps, la Financial Crimes Commission a d’ores et déjà saisi la Cour suprême en vue d’obtenir des Judge’s Orders pour examiner le ou les comptes bancaires de ce haut responsable à des fins d’enquête pour le délit allégué de money laundering, en particulier la confirmation des Rs 500 000 de 2022.
Par ailleurs, les enquêteurs disposent d’éléments troublants suggérant que des membres influents de la hiérarchie policière auraient encaissé d’importantes sommes en provenance de ce fonds, alors que ce sont souvent des officiers subalternes qui mettent leur vie en péril sur le terrain pour combattre le trafic de drogue. L’une des conclusions de l’enquête de la Financial Crimes Commission est que « ce sont ceux qui restent assis aux bureaux qui tirent les marrons du feu et récoltent les gains », alors que des informateurs attendent encore leur récompense.
Des sources bien informées à la police évoquent même un cas de saisie de drogue très médiatisé au port, dans lequel une prime de Rs 1 million devait être versée à un informateur en raison de l’importance de l’opération. Finalement, l’indicateur n’aurait reçu que Rs 100 000. Déçu par cette somme dérisoire, l’informateur aurait cessé toute collaboration, compromettant le suivi de l’enquête. La police n’est jamais parvenue à remonter toute la filière dans ce cas de trafic de drogue. Outre le cas de haut gradé, un autre officier de rang inférieur est également dans le collimateur de la Financial Crimes Commission. Lui aussi aurait sollicité et obtenu une somme importante provenant du fonds de récompense. Dans son cas également, les enquêteurs scrutent ses transactions bancaires.
Selon les renseignements recueillis par la Financial Crimes Commission, généralement les officiers sur le terrain, de rang subalterne, disposent du meilleur réseau d’informateurs. Pourtant, lors des grandes opérations, leurs supérieurs prennent les devants pour solliciter et accaparer le reward money auprès du bureau du commissaire de police. Ce dernier, selon les cas, émettait un chèque sans poser de questions ou remettait un montant inférieur à celui demandé. Le responsable de l’unité concernée était alors chargé de redistribuer les fonds à ses subordonnés pour qu’ils rémunèrent les informateurs. Toutefois, les agents de rang inférieur ignoraient souvent la somme réelle perçue par leur supérieur, ce qui alimentait frustrations et rancunes, certains allant jusqu’à dire « bef travay, souval manze ». C’est précisément ce système opaque que la Financial Crimes Commission tente d’éclaircir, afin de comprendre comment certains officiers supérieurs ont pu empocher des montants aussi considérables à cet effet.
Par ailleurs, l’interrogatoire de Lilram Deal se poursuit au QG de la Financial Crimes Commission, au Réduit Triangle. Il persiste à ne pas révéler l’identité de ses informateurs ni les modalités de paiement en se cachant derrière les dispositions de l’Official Secrets Act.
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