Gérard Sanspeur, qui a soumis sa démission de son poste de Second Deputy Governor de la Banque de Maurice à la demande du Premier ministre, Navin Ramgoolam, hier matin, s’est engagé dans un exercice de grand déballage lors d’une conférence de presse donnée à l’hôtel Labourdonnais et non pas à la Banque de Maurice comme cela avait été prévu initialement. Il a tiré à boulets rouges contre le gouverneur de la Banque Centrale, Rama Sithanen, qu’il accuse d’agir comme un potentat. Il affirme être en présence de preuves qu’il y a eu des interférences dans les procès-verbaux de Mauritius Investment Corporation Limited et qu’il envisage de faire de dépostions la police et à la Financial Crimes Commission (FCC).
Pendant près 90 minutes Gérard Sanspeur a confirmé avoir reçu un appel du Premier ministre à 10h17 hier matin pour lui expliquer qu’il se trouvait devant une situation difficile au niveau de la Banque de Maurice avant de lui demander de soumettre sa démission. Il affirme qu’il considère cette démission comme une libération sans aucune amertume et déception et précise qu’il continuera à entretenir de bonnes relations avec le Premier ministre et à travailler à sa façon pour que l’Alliance du changement puisse poursuivre sa mission jusqu’à la fin de son mandat.
« Je ne suis ni accablé, ni surpris et ni déçu », a-t-il dit et a précisé qu’il ne comptait pas réclamer d’indemnisation pour avoir été forcé de quitter ses fonctions bien avant la fin de son mandat. Revenant sur son passage à la Bank of Mauritius Tower, Gérard Sanspeur a expliqué qu’il entretenait de bonnes relations avec le gouverneur Rama Sithanen et les directeurs depuis sa nomination mais tout a changé à partir du moment où il avait refusé de collaborer avec une personne qui avait refusé au début et qui a, par la suite, révélé comme étant le fils du gouverneur de la Banque à la suite des questions des journaliste. Il affirme avoir, par la suite, coupé toutes les communications avec la personne en question.
Pour lui, une des sources de ses problèmes à la Banque de Maurice était le manque de communication entre le gouverneur et lui. « Soi-disant, on me reproche onze choses. Mais si on me reprochait, on avait qu’à venir me dire, j’aurais peut-être donné des explications. C’est cela la source du problème. Mais après, il y a beaucoup, beaucoup d’autres choses qui viennent se greffer dessus, qui font que nous sommes arrivés là où nous sommes. L’idée, c’était de me faire partir avec tout un arsenal d’harcèlement qui se jouait pratiquement heure par heure », déclare-t-il. Gérard Sanspeur a affirmé que le gouverneur lui avait dit un jour que le Premier ministre n’était pas satisfait de sa performance alors que peu de temps après Navin Ramgoolam lui aurait appelé pour lui annoncer qu’il compte faire ses éloges comme directeur de Landscope au Parlement.
Poursuivant son intervention, il a accusé le gouverneur de manquer de volonté pour prendre les décisions qu’il fallait au niveau de la Mauritius Investment Corporation Limited. « J’ai à maintes reprises dit au gouverneur qu’il faut absolument un exercice de Deep Forensic sur tout ce qui s’est passé. Il a tout le temps refusé. Le gouverneur a aussi refusé de faire un inventaire complet de notre patrimoine financier », dit-il encore.
Gérard Sanspeur a déclaré avoir été surpris d’apprendre lors d’une réunion du conseil d’administration de la Mauritius Investment Corporation Limited par un Board Paper annonçant la vente d’un terrain à Sotravic. Il affirme avoir été le seul directeur à s’opposer à cette décision et avoir réussi à convaincre les autres de ne pas approuver cette décision. Il indique avoir basé son argument sur la performance passée de la compagnie. Toutefois, il devait apprendre plus tard que Rama Sithanen avait été président de cette compagnie dans le passé. » Donc, je vous donne tout cela pour vous dire un peu les sources de conflits, comment j’ai vécu pratiquement neuf mois de conflits à essayer de faire les choses correctement. Sotravic, j’ai pu arrêter. Et il n’y a pas plus de temps qu’avant-hier, l’affaire de Menlo Park », fait-il ressortir en se demandant pourquoi Rama Sithanen n’avait pas déclaré ses intérêts, car la Banque de Maurice est le seul actionnaire de la Mauritius Investment Corporation Limited.
Gérard Sanspeur a également dénoncé le fait que la Mauritius Investment Corporation Limited comptait conclure un accord avec Menlo Park. Il maintient que c’est grâce à son intervention que cette démarche n’a pas été approuvée. Il a aussi fait mention de l’enregistrement d’une conversation entre le directeur de Menlo Park, Stéphane Adam, Mme Boolell et Rama Sithanen « Si ce recording sort, Rama Sithanen devrait démissionner dans les heures qui suivent », lance-t-il.
Gérard Sanspeur a aussi évoqué le cas du syndicaliste qui fait actuellement l’objet d’une enquête au niveau de la Banque de Maurice. Il a fait les éloges de ce dernier qui était soutenu par quelque 240 employés. Alors qu’il avait travaillé sur ce dossier, il s’étonne que du jour au lendemain le dossier lui avait été retiré pour être confié au premier gouverneur adjoint. Il s’est ensuite engagé dans une série d’autres accusations, dont les interférences dans les procès-verbaux.
Interrogé par la presse au sujet des accusations portées contre lui par rapport à des interférences dans les procédures d’appels d’offres, il a accusé le gouverneur de la banque de menteur et l’a accusé d’avoir monté une cabale contre lui. Il a annoncé qu’il compte revenir à la charge pour dénoncer ce qui se passe à la Banque de Maurice qui, à l’instance des autres institutions du pays, nécessite une réforme en profondeur. À d’autres questions, il a accusé Rama Sithanen d’être à l’origine de la réforme du système de pension et de vouloir imposer une politique d’austérité dans le pays