Dewan Quedou, président du Mauritius Trade Union Congress (MTUC) « La compensation salariale doit dépasser Rs 1 000 en 2026 »

Un an après le retour au pouvoir de l’Alliance du Changement, le président de la Mauritius Trade Union Congress (MTUC), Dewan Quedou, dresse un bilan nuancé de l’action gouvernementale. Entre relance du dialogue social, avancées économiques, tensions politiques et attentes fortes autour de la compensation salariale 2025-26, il expose la vision syndicale : protéger le pouvoir d’achat, renforcer la justice sociale et garantir un salaire minimum de Rs 25 000. Pour lui, la compensation salariale doit dépasser Rs 1 000 en 2026. Dans cet entretien, il revient sur les enjeux prioritaires pour les travailleurs, les retraités et les institutions mauriciennes. Il dit constater aussi que les tensions visibles entre les partenaires de la coalition gouvernementale ont tendance à affaiblir la confiance du public et à détourner l’attention des priorités nationales, surtout lorsque les désaccords sont traités publiquement au lieu de passer par un dialogue interne structuré.

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Quelle est votre analyse sur la performance du gouvernement après une année au pouvoir ?

Un an après que l’Alliance du Changement soit revenue au pouvoir en novembre 2024 sous la direction du Dr Navin Ramgoolam, le gouvernement a promis de stabiliser l’économie, de restaurer la crédibilité des institutions publiques et de reconstruire la confiance entre l’État et ses citoyens. Douze mois plus tard, le bilan montre des progrès réels, un réajustement prudent, et des domaines où le travail reste inachevé. L’une des réalisations phares de l’administration a été le budget national 2025/26, qui s’est concentré principalement sur le soulagement des ménages et la relance économique. En augmentant le seuil d’imposition exonéré, en simplifiant l’impôt sur le revenu et en retirant des milliers de contribuables du système fiscal, le gouvernement a allégé le fardeau des familles à revenu faible et moyen. Les dispositifs de soutien salarial ont aidé les travailleurs et les employeurs à gérer les cycles économiques difficiles, tandis que l’assouplissement progressif de l’inflation et la stabilisation de la roupie ont offert un optimisme prudent aux consommateurs.

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Dans l’ensemble, que diriez-vous ?

Dans l’ensemble, la première année de l’Alliance du Changement reflète la détermination, le réajustement et une tentative sincère de reconstruire le consensus national. Les partisans louent les efforts du gouvernement pour stabiliser l’économie, promouvoir la transparence et raviver le dialogue social. Les syndicats et la société civile estiment que le rythme des réformes doit s’accélérer pour répondre aux attentes du public.  Alors que le gouvernement entre dans sa deuxième année, les Mauriciens s’attendent à des résultats plus tangibles : des réformes institutionnelles plus profondes, des améliorations plus claires en matière de gouvernance, un soutien économique soutenu et des résultats concrets des Assises du travail et de l’éducation. Les bases du changement ont été posées. L’enjeu est désormais de transformer le dialogue en action durable et de faire en sorte que la promesse de « changement » devienne une réalité quotidienne pour les citoyens.  Le gouvernement a ordonné des audits des données économiques passées et a promis une plus grande transparence dans les rapports publics – des mesures destinées à restaurer la confiance du public et à garantir que l’élaboration des politiques repose sur des informations exactes. Cette volonté de rendre des comptes a été bien accueillie par de nombreux secteurs qui réclamaient depuis longtemps une gouvernance plus claire.
Maurice a également adopté une position diplomatique ferme et cohérente sur l’archipel des Chagos, en poussant pour une reconnaissance plus forte de la souveraineté mauricienne et des conditions de négociation plus justes avec les partenaires internationaux. Bien qu’un règlement final reste en suspens, la visibilité et l’influence du pays se sont nettement renforcées.

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Pensez-vous que le dialogue social a été relancé ?

Je pense que oui. Les Assises du travail sont un développement majeur. Le dialogue social national a été relancé, en particulier à travers les Assises du travail. Après des années de tensions entre les syndicats et l’État, ces Assises ont permis de réunir syndicats, employeurs et gouvernement pour discuter des droits des travailleurs, des conditions de travail, des structures salariales et de l’avenir du travail décent. L’initiative a été largement saluée par le mouvement syndical comme un retour significatif à la consultation tripartite et au respect des voix des travailleurs.
Avec les Assises de l’Éducation, le gouvernement a étendu cette même philosophie de dialogue au secteur de l’éducation à travers les Assises de l’Éducation. Pour les éducateurs, les chefs d’établissement, les parents et les syndicats, cette plateforme a offert une occasion tant attendue de discuter des défis structurels : les écarts dans l’éducation numérique, le manque de professeurs, les réformes des programmes, le bien-être des élèves et l’avenir des examens. Cela a marqué un engagement renouvelé à écouter, consulter et à concevoir des solutions avec ceux qui travaillent au quotidien sur le terrain. Les parties prenantes du secteur ont vu cela comme un pas positif et nécessaire vers une modernisation de l’éducation à long terme.  Cependant, la première année n’a pas été exempte de préoccupations. Un conflit public à la Banque de Maurice a soulevé des questions sur l’indépendance institutionnelle et la gouvernance interne. Les pressions liées au coût de la vie, bien que modérées, continuent d’affecter les familles, et plusieurs réformes promises — en particulier dans l’administration publique et la lutte contre la corruption — sont encore à un stade précoce ou incomplet. La question des Chagos, malgré les progrès réalisés, demeure non résolue et politiquement sensible.
Il existe également plusieurs autres décisions sociales et de gouvernance clés qui ont façonné le débat public.

La Basic Retirement Pension (BRP) fixée à 65 ans a fait débat cette année. Après réflexion, qu’en pensez-vous de tout cela ?

L’un des piliers les plus solides maintenus par la nouvelle administration est le système de pension universelle. Cette mesure continue d’assurer dignité et sécurité financière à des milliers de citoyens âgés, dont beaucoup n’ont pas d’autres sources de revenus réguliers. Son caractère universel évite des procédures administratives complexes et rassure la société sur le fait qu’aucun senior ne sera laissé pour compte. Toutefois, ce système représente une lourde charge financière pour l’État, notamment avec le vieillissement de la population. Certains économistes avertissent qu’en l’absence de planification à long terme, les pensions universelles pourraient entrer en concurrence avec le financement de programmes pour la jeunesse, la santé ou la création d’emplois.   Je profite de l’occasion pour dire que le transport public gratuit est une autre mesure qui a été maintenue, offrant un soutien essentiel aux étudiants, aux seniors et aux groupes à faible revenu. Cela réduit la pression financière quotidienne sur les familles et favorise un accès équitable au travail, à l’éducation et aux services. Cependant, le coût de la subvention du transport reste substantiel, et des préoccupations concernant les abus et les remboursements retardés pour les opérateurs de bus persistent. Bien que la politique bénéficie au public, elle nécessite une surveillance plus étroite pour en garantir la durabilité et l’équité.

La mise en place de frais pour les enfants fréquentant les écoles privées préprimaires est l’une des initiatives sociales les plus progressistes introduites. Elle soutient les parents travailleurs qui peinent à faire face aux frais de garde d’enfants et contribue à réduire les inégalités dans l’éducation de la petite enfance. Cette décision reconnaît également que l’État seul ne peut pas offrir suffisamment de places publiques en préprimaire. Toutefois, cette mesure exerce une pression supplémentaire sur les finances publiques, et des questions se posent quant à savoir si toutes les institutions privées préprimaires maintiennent des normes de qualité cohérentes. Un renforcement de la régulation pourrait être nécessaire pour protéger à la fois les parents et les enfants.

L’année 2025 a aussi été marquée par le licenciement dans les collectivités locales. Quel regard portez-vous sur la question ?

L’un des développements les plus controversés a été le licenciement ou le non-renouvellement des travailleurs engagés sous le régime précédent. Le gouvernement soutient que bon nombre de ces nominations manquaient de fondements méritocratiques et que la restructuration est nécessaire pour restaurer l’intégrité et l’efficacité dans le secteur public. Bien que cela puisse entraîner des améliorations en matière de gouvernance, cette approche a suscité des craintes de représailles politiques. Elle crée également de l’insécurité de l’emploi parmi les fonctionnaires, qui redoutent que des changements politiques n’affectent leur statut. Dans certains cas, les licenciements peuvent entraîner des contestations juridiques qui alourdissent davantage la charge de l’État.

Les nominations ont été sujettes à de nombreuses critiques. Quel regard portez-vous sur la question ?

Les nominations politiques sous le nouveau gouvernement ont également attiré l’attention. Chaque administration nomme des individus de confiance à des postes stratégiques, ce qui peut garantir l’alignement avec la vision du gouvernement et accélérer la prise de décision. Toutefois, les nominations politiques risquent de saper la méritocratie si la compétence et la transparence ne sont pas prioritaires. Maurice a besoin d’institutions qui demeurent stables indépendamment des changements politiques, et une dépendance excessive à la loyauté politique peut affaiblir le développement institutionnel à long terme.

Quelle lecture faites-vous des conflits politiques au sommet ?

Des conflits entre les partenaires politiques ont émergé tout au long de l’année, reflétant les tensions internes au sein de l’alliance au pouvoir. Si les désaccords peuvent encourager un débat sain et prévenir les tendances autoritaires, ils ralentissent également la prise de décision et créent de l’incertitude. Les tensions visibles entre les partenaires de la coalition ont tendance à affaiblir la confiance du public et à détourner l’attention des priorités nationales, surtout lorsque les désaccords sont traités publiquement au lieu de passer par un dialogue interne structuré.

Le prochain rapport du PRB est très attendu en ce moment. Quelle est votre analyse sur le sujet ?

En perspective, l’un des développements les plus attendus est l’ajustement salarial du Pay Research Bureau, avec des augmentations salariales prévues pour être versées à partir de janvier 2026. Les fonctionnaires considèrent la révision du PRB comme essentielle pour restaurer leur pouvoir d’achat, surtout après une longue période d’inflation. Les augmentations boosteront le moral dans la fonction publique et pourraient aider à retenir les travailleurs qualifiés. Cependant, le coût de la mise en œuvre des recommandations du PRB est considérable, et le gouvernement doit donc équilibrer les augmentations salariales avec une gestion fiscale responsable pour éviter d’aggraver le déficit budgétaire ou de créer une pression inflationniste.

Quelle est la philosophie, d’un point de vue syndical, sur la compensation salariale 2025-26 pour Maurice ?

Au MTUC, nous plaidons pour une compensation salariale substantielle en 2025-26 pour contrer la hausse du coût de la vie et assurer des salaires équitables, avec une pression pour un salaire mensuel minimum de Rs 25 000. Le MTUC a adopté une position ferme sur la rémunération salariale pour 2025-26, en soulignant les principes suivants : Justice sociale et équité ;   Nous croyons que la rémunération doit refléter le coût réel de la vie et faire en sorte que les travailleurs puissent vivre dans la dignité. Protection contre l’inflation ; avec l’inflation persistante et la stagnation des salaires, nous soutenons que la rémunération salariale doit être suffisamment forte pour maintenir le pouvoir d’achat, Salaire minimum universel ; le MTUC a proposé un salaire minimum de Rs 25 000 par mois, affirmant que les seuils actuels sont insuffisants compte tenu des pressions économiques et. Rémunération inclusive : le MTUC conteste le plafond de Rs 50 000  pour l’admissibilité à la prime du 14 mois, la qualifiant d’injuste pour les salariés de niveau intermédiaire.

Le gouvernement mauricien avait annoncé une compensation salariale de Rs 610 par mois pour les travailleurs à temps plein gagnant jusqu’à Rs 50 000, soit 3,7 % du salaire mensuel (plafonné à Rs 610 pour les travailleurs à temps partiel, une aide financière aux employeurs de janvier à juin 2025 pour soutenir ces paiements. Le MTUC a critiqué ce plafond de rémunération : Il a insisté sur le fait que le plafond de Rs 610 est insuffisant et ne reflète pas la hausse réelle du coût de la vie. Le MTUC a exhorté le gouvernement à repenser les structures salariales et à développer un cadre de rémunération plus durable et équitable. Il a soumis des propositions officielles lors des consultations budgétaires, exigeant des protections plus solides pour les travailleurs et des réformes salariales.

Quel sera le montant acceptable de la compensation salariale pour Maurice en 2026 ?

Un montant acceptable de rémunération pour les travailleurs en 2026 devrait dépasser Rs 610 par mois, le MTUC préconisant une augmentation plus substantielle alignée sur l’inflation et le coût de la vie.

Voici un aperçu détaillé de l’évolution des attentes et des facteurs qui influent sur le montant de la rémunération salariale de 2026 :

Cadre de rémunération actuel.

• En janvier 2025, le gouvernement a mis en place une rémunération mensuelle de Rs 610 pour les employés à temps plein gagnant jusqu’à Rs 50 000.

• Les employés à temps partiel recevaient 3,7 % de leur salaire mensuel, plafonnés à Rs 610.

• Cette compensation visait à compenser l’inflation et la hausse du coût de la vie.

Cependant, ce montant a été largement critiqué par les syndicats, le MTUC et certains observateurs économiques comme insuffisant.

Quelles sont vos attentes syndicales pour 2026 ?

Les syndicats mauriciens, y compris la MTUC, font pression pour : un montant plus élevé que Rs 610, faisant valoir que l’inflation et l’augmentation du coût de la vie exigent un ajustement plus significatif, soit Rs 1000 à Rs 1500, une rémunération universelle, la suppression du plafond salarial de Rs 50 000 pour inclure les salariés à revenu intermédiaire, un salaire minimum de Rs 25 000, qui, selon nous, reflète un salaire décent dans le climat économique actuel.

  Le gouvernement a prolongé le soutien financier aux employeurs jusqu’en 2026 pour aider à couvrir la rémunération et les augmentations du salaire minimum. Les employeurs, représentés par Business Mauritius, ont appelé à un quantum « raisonnable » qui équilibre les besoins des travailleurs avec la durabilité des entreprises.  Le quantum de la compensation salariale doit prendre en considération la croissance post-pandémie et la hausse continue des coûts de la nourriture, la location des logements.

 Les retraités méritent-ils également d’obtenir une compensation salariale en janvier 2026 ?

Oui, les retraités à Maurice doivent recevoir un soutien accru en janvier 2026, non pas par le biais d’une compensation salariale, mais par une augmentation directe des pensions de Rs 1 000 par mois. Les retraités mauriciens ne reçoivent pas de rémunération au sens traditionnel du terme, car ils ne sont pas des salariés actifs. Cependant, le gouvernement a mis en place des augmentations ciblées des pensions pour protéger leur pouvoir d’achat.   La pension de retraite de base a été augmentée de Rs 1 000, ce qui porte la pension mensuelle à Rs 13 500 pour les citoyens âgés de 60 ans et plus. Cette mesure a été annoncée dans le budget national de 2025-26. L’âge d’admissibilité à BRP est de 60 à 65 ans, dans le cadre d’une réforme plus large des régimes de retraite visant à assurer leur viabilité à long terme. La réforme tient compte des changements démographiques et de la pression financière liée au maintien des pensions universelles à mesure que la population de retraités augmente.  Alors que les syndicats et le MTUC se concentrent principalement sur la rémunération des travailleurs actifs, il existe un large soutien en faveur d’une augmentation des pensions pour s’assurer que les retraités ne sont pas laissés pour compte : L’équité sociale exige que les retraités reçoivent des rajustements en fonction de l’inflation et de la hausse du coût de la vie. L’augmentation de Rs 1 000   est considérée comme une réponse partielle, mais nous préconisons des examens plus fréquents et plus substantiels des niveaux de pension.

  Quels sont vos souhaits en tant que syndicaliste pour l’année 2026 ?

En tant que syndicaliste qui envisage 2026, mes souhaits seraient ancrés dans la justice, la dignité et la solidarité pour tous les travailleurs à travers l’île Maurice.  Voici ce que j’espère :  Il faut augmenter le salaire mensuel minimum à Rs 25 000 pour tenir compte du coût réel de la vie. Veiller à ce que la rémunération soit indexée sur l’inflation, et non plafonnée arbitrairement, étendre l’indemnisation à toutes les tranches de revenu, et pas seulement à celles qui sont inférieures à Rs 50 000, assurer des conditions de travail sûres dans tous les secteurs, en particulier dans la construction, l’industrie manufacturière et l’agriculture ; garantir la sécurité de l’emploi et protéger contre les licenciements injustes (comme c’est le cas actuellement), promouvoir la protection des dénonciateurs pour les travailleurs qui dénoncent les abus ou la corruption plus de protection pour les dirigeants syndicaux qui sont souvent harcelés par les employeurs., maintenir l’accès universel à la pension de retraite de base sans pénaliser les changements d’âge, ajuster régulièrement les pensions en fonction des augmentations du coût de la vie, offrir des subventions de santé aux retraités et aux retraités à faible revenu, investir dans la formation professionnelle et les programmes d’alphabétisation numérique pour les travailleurs ; garantir l’accès gratuit à la formation continue pour tous les âges et soutenir les initiatives d’emploi des jeunes qui relient l’éducation et l’industrie.  Sur le plan social, le MTUC veut que les négociations tripartites entre le gouvernement, les employeurs et les syndicats soient renforcées. Il faut aussi promouvoir des consultations budgétaires transparentes avec la participation des syndicats, et encourager les   négociations collectives dans les secteurs émergents. Ces souhaits reflètent une vision de Maurice où les travailleurs ne sont pas seulement indemnisés, mais respectés et protégés.

Propos recueillis par Jean-Denis Permal

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