La ministre de l’Égalité des Genres et du Bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, a présenté le bilan de sa première année à la tête de ce ministère, avant de dévoiler la campagne nationale et une série d’activités prévues dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, sur le thème Fam to pa zis enn viktim, to enn sanzman , et ce, du 24 novembre au 10 décembre. Une conférence articulée en deux volets marquée par une volonté affichée de remettre le ministère sur les rails et de renforcer les dispositifs de protection de l’enfance et de soutien aux victimes.
D’emblée, la ministre a indiqué qu’elle avait déjà occupé ce portefeuille entre 2000 et 2005. À son retour, en 2024, elle a découvert un ministère en ruine. « Quand je retrouve le ministère après mon passage en tant que ministre de 2000 à 2005, je peux vous dire que nous avons constaté qu’il était en ruine. Peu de choses fonctionnait comme il fallait », dit-elle. Elle évoque un « véritable méli-mélo dans certains services », affirmant que « tout ce qui avait été mis en place auparavant avait été enlevé, même si cela fonctionnait. »
Un état des lieux a été mené avec ses équipes au début de son mandat, débouchant sur un plan d’action lancé en août dernier. Celui-ci est présenté comme le fruit des Assises de la femme et de la famille, tenues le 10 décembre 2024, et nourri par les contributions de multiples Ong et partenaires. D’ailleurs, « l’une de nos plus grandes réalisations, c’est que nos partenaires ont senti que nous les écoutions », a-t-elle souligné.
Elle a ainsi expliqué que le plan d’action, intitulé Un Nouvel horizon pour l’enfance, l’Égalité et le Bien-Être de la famille, repose sur un recentrage du ministère autour du bien-être de l’enfant et de la famille. Douze Family Support Services ont été restructurés et rassemblés sous une approche unifiée. « Cela n’a pas été simple. Il y a eu quelques résistances, mais je suis convaincue que ceux qui n’étaient pas en faveur ont finalement compris le bien-fondé d’avoir tous les services sous un même toit », explique-t-elle, estimant que cette One-Stop Shop est « l’un des plus gros défis réalisés cette année . »
Le ministère dit également renforcer sa politique de Foster Care, autrement dit de placement familial. Arianne Navarre-Marie se réjouit que, pour la première fois, Maurice ait célébré le World Foster Day, encourageant les familles à accueillir des enfants. Elle affirme que plus d’une centaine de foyers se sont d’ailleurs déclarés intéressés. Elle a évoqué notamment le cas de la petite Soléa, abandonnée à Stanley dans un sac de riz.
Parallèlement, le programme Back to Home a permis de réintégrer 95 mineurs dans leurs familles biologiques respectives grâce à l’unité de réhabilitation. Le National Children’s Council (NCC) a poursuivi ses actions de sensibilisation, avec 9 180 élèves informés des dangers en ligne, de la toxicomanie ou encore du harcèlement scolaire.
La cyberviolence, en particulier sur Telegram, a ainsi été présentée comme une priorité. « Les victimes doivent dénoncer sur le 139 », affirme la ministre, qui a coorganisé avec le ministère des Technologies de l’information un atelier de travail réunissant officiers, étudiants et experts pour identifier de nouvelles pistes d’action en début d’année. En ce qu’il s’agit de l’accompagnement des enfants, au total, 9 273 cas ont été accompagnés par les services psychologiques du ministère en un an.
La ministre a également fait état des avancées mesurables en matière d’égalité des genres. Selon elle, 59% des recommandations de la politique nationale du genre ont été mises en œuvre. « 52 cellules genre sont désormais actives dans les ministères, dont six ayant finalisé leur politique sectorielle », ajoute-t-elle.
Elle a aussi avancé qu’en septembre, Rodrigues a lancé sa propre Gender Policy. Par ailleurs, 3 600 fonctionnaires ont été formés sur les questions du genre. Elle affirme ainsi être « heureuse d’avoir initié un travail novateur sur la masculinité positive », avec la formation de 25 jeunes Mentors au collège Bhujoharry.
« Fam to pa zis enn viktim, to enn sanzman »
Arianne Navarre-Marie a également expliqué que les centres de femmes, fermés depuis 2020-2021, ont été progressivement rouverts à Camp-La-Boue, Richelieu et Triolet. Ce dernier accueille désormais un incubateur d’entreprises pour encourager l’entrepreneuriat et faciliter l’autonomisation des femmes. À ce titre, plus de 5 000 femmes ont été sensibilisées, tandis que 700 autres ont bénéficié de formations communautaires.
En outre, le National Women Entrepreneur Council a organisé 166 marchés artisanaux, représentant quelque 1 700 femmes. De son côté, le National Women’s Council a touché 32 946 personnes. Par ailleurs, les projets de loi sur l’adoption et sur les violences domestiques avancent à grands pas, a indiqué la ministre, affirmant avoir discuté récemment avec l’Attorney General à ce propos.
Dans le deuxième volet de sa conférence de presse, la ministre de l’Égalité des genres a officiellement annoncé le début d’une campagne nationale contre les violences faites aux femmes. Et pour marquer la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le ministère lance une campagne nationale intitulée Fam to pa zis enn viktim, to enn sanzman. « Devant ces féminicides, on ne peut rester insensibles. Il est possible de se relever, de se reconstruire, même après avoir été des victimes », déclaré-t-elle. La campagne vise à encourager les victimes à retrouver confiance et à promouvoir un message d’espoir.
Du 24 novembre au 10 décembre, plusieurs activités sont prévues avec les Ong et les Family Support Services, dont une campagne médiatique. Du 24 au 28 novembre, chaque jour, à la radio, une survivante témoignera de son parcours et du moment où elle a dit « Stop ! ». Elle précise que pour « la réalisation de cette série de témoignages, nous avons bénéficié de la collaboration de Bloom Again, un collectif artistique et social qui combine musique, reportages vidéo et observations de terrain. ».
Par ailleurs, une série de portraits réalisés à travers l’île par l’équipe de production de Reckon Agency, avec l’ancienne journaliste Carole Grimaud, seront diffusés dans les médias locaux. Ainsi qu’une production vidéo ayant bénéficié de la collaboration de Passerelle, Gender Links et SOS Femmes.
Le ministère signera également un accord de principe avec le ministère de l’Intégration sociale pour mettre à disposition plusieurs unités de logement à Sainte-Croix pour les victimes accompagnées de leurs enfants de plus de 13 ans. Enfin, elle a abordé les efforts entrepris pour contrer les prédateurs opérant sur Telegram et a déclaré qu’un dossier remis à la police en février aurait déjà permis d’identifier certains individus. « Nous preons cela très au sérieux », s’appesatit-elle.

