Madhavi Ramdin-Clark, de Business Mauritius, mise sur une coopération accrue Maurice-Réunion
En lançant un avertissement clair sur l’état du réseau d’eau à Maurice, le ministre de tutelle, Patrick Assirvaden, a donné le ton d’une conférence régionale où l’urgence hydrique a dominé les échanges. « Face au climat imprévisible et à un réseau vieillissant, une seule voie est possible : agir maintenant, sans hésitation », a-t-il lancé lors de l’ouverture de la conférence organisée par Business Mauritius en collaboration avec Club Export de La-Réunion sur le thème « Eau, climat et Avenir : agir maintenant ». Ainsi, Madhavi Ramdin-Clark, vice-présidente de Business Mauritius, a élargi la réflexion en pointant la nécessité d’une coopération renforcée entre Maurice et La-Réunion, confrontées aux mêmes défis climatiques.
Patrick Assirvaden, n’a pas cherché à adoucir le diagnostic. Maurice, a-t-il affirmé, sort à peine de l’une des sécheresses les plus sévères de ces dernières années. « Mare-aux-Vacoas s’approchait dangereusement du seuil des 15 %. À ce niveau, ce n’est plus de l’eau potable, mais de la boue », a-t-il souligné, évoquant les réunions quotidiennes, les projections alarmantes et la pression d’un pays au bord de la crise hydrique.
Ce contexte l’a conduit à prendre des décisions « impopulaires mais nécessaires » : interdiction de l’irrigation de la canne, suspension du lavage des véhicules, priorisation stricte de l’eau domestique. « Le confort politique n’était pas une option », dit-il.
Pour Patrick Assirvaden, l’urgence climatique — plus de sécheresses, pluies irrégulières, stress hydrique accru — impose une transformation rapide et profonde. « Dépendre uniquement de la pluie est devenu un pari trop risqué », affirme-t-il.
Des réponses rapides
Le ministre a détaillé les mesures engagées depuis un an, parmi lesquelles :la mobilisation des forages privés pour alimenter le réseau, la création de 25 nouveaux forages fournissant plus de 25 000 mètres cubes par jour, l’introduction de Containerized Pressure Filters, injectant 14 000 mètres cubes d’eau traitée supplémentaire.
Ces solutions ont, selon lui, évité de graves pénuries dans plusieurs régions.
Mais le véritable défi se trouve ailleurs : dans un réseau vieux de plusieurs décennies. « Une partie des conduites remonte encore à l’époque coloniale. Résultat : nous perdons 60 % de notre eau dans les fuites. C’est le taux le plus élevé du continent africain. C’est inacceptable », a-t-il répété.
Patrick Assirvaden annonce un programme de modernisation massif : remplacement des conduites, création de réservoirs de proximité, construction de mini-barrages et investissements étrangers structurants — notamment 200 M€ de réformes et 120 M€ de projets avec l’Agence Française de Développement (AFD) et l’Union européenne.
Mêmes réalité
Si le ministre a dressé le tableau opérationnel des urgences, Madhavi Ramdin-Clark, vice-présidente de Business Mauritius, a replacé cette crise dans une perspective régionale et collaborative. Elle s’appesantit sur le point que Maurice et La-Réunion sont confrontées à des évolutions structurelles du cycle de l’eau : périodes sèches allongées, précipitations irrégulières, demande en hausse, pression croissante sur les systèmes agricoles, industriels et touristiques. « Nos territoires sont portés par le même océan, soumis aux mêmes pressions, mais chacun a développé des approches différentes. Cette diversité est une richesse que nous devons mobiliser », met-elle en avant.
Pour Ramdin-Clark, il ne s’agit plus uniquement de gérer une crise, mais de repenser collectivement les modèles hydriques : « L’eau n’est pas seulement un enjeu environnemental. C’est un enjeu de sécurité, de développement et de cohésion sociale. » Elle plaide pour une coopération solide entre institutions, entreprises, chercheurs, agriculteurs et communauté.
La vice-présidente de Business Mauritius voit dans cette conférence un tournant. « Nous devons passer d’échanges dispersés à une vision coordonnée, d’initiatives isolées à une dynamique commune », prône-t-elle. Pour contribuer à cet effort, Business Mauritius a lancé : le Water Stewardship Forum, les Water Stewardship Guidelines, déjà adoptées par plusieurs entreprises.
Ramdin-Clark salue également la présence du ministre à ces échanges. « Une réponse strictement publique ou strictement privée ne suffira pas. Seule une coopération étroite entre tous les acteurs permettra de renforcer notre résilience », dit-elle.
Pour sa part, Dominique Valgressy, présidente du Club Export Réunion, a situé les enjeux dans une perspective régionale. « Nos territoires sont portés par le même océan, exposés aux mêmes questions climatiques. En même temps, chacun a élaboré des approches différentes pour gérer ses ressources en eau. Cette diversité d’expérience est une richesse à mobiliser », a-t-elle déclaré. La-Réunion fait face aux mêmes bouleversements : périodes sèches plus longues, pluviométrie instable, demande en hausse, tension accrue sur les réseaux. Elle cite une étude régionale qui projette une baisse allant jusqu’à 15 % des ressources d’ici 2050, sous l’effet combiné de l’évaporation et de la multiplication des épisodes de sécheresse.
« Ces réalités ne sont pas passagères, elles sont structurelles », insiste-t-elle, estimant que l’eau est devenue un enjeu « de sécurité, de développement, d’économie et de cohésion sociale ».
Selon Valgressy, une évidence s’impose : « Une réponse strictement publique ou strictement privée ne suffira pas. La seule voie viable est celle d’une coopération solide entre institutions, entreprises, chercheurs, agriculteurs et collectivités. » Elle a salué la présence du ministre Patrick Assirvaden comme un symbole de cette volonté d’agir ensemble.
La conférence régionale – qui a duré toute la journée – comprenait une table ronde sur le thème « La vision à long terme de l’eau et du climat pour les îles ». Quatre ateliers de travail ont été organisés en parallèle durant la journée. Ils ont permis de réfléchir sur les questions suivantes : (a) Eau et Agro-industrie ; vers une souveraineté alimentaire résiliente (b) l’innovation au service de l’eau : connecter stratégies nationales et solutions sectorielles (c) circularité de l’eau et solution fondées sur la nature : une approche systémique (d) Gestion des risques liés à l’eau et intégration stratégiques. Il est revenu à Gille Hubert, vice-président délégué à la gestion de l’eau et président délégué de l’Office de l’eau à l’île de La-Réunion de prononcer le discours de clôture.

