Une signature tissée : l’identité artistique de Prisca Ramsawmy

Dans les mains de Prisca Ramsawmy, le fil ne sert pas seulement à coudre. Il devient ligne, texture et mouvement, comme s’il reprenait chaque étape de son propre parcours. Coiffée de son chapeau, qui semble être son accessoire fétiche, très branché et qui rappelle celui porté par Pierce Brosnan dans The Thomas Crown Affair, elle entre naturellement dans son univers. Assise dans son atelier en plein air, sous sa terrasse à Petit-Raffray, elle partage son vécu et son chemin dans le macramé, devenu au fil du temps presque sa signature. Dans l’art de Prisca, le macramé n’est pas un travail de nœuds. Sa technique repose sur des fils collés, posés et superposés pour créer des lignes, des formes et des volumes. À 41 ans, maman célibataire depuis sept ans, son parcours n’a pas été simple. Elle a connu des chutes, des doutes, des recommencements. Mais le fil, lui, ne l’a jamais quittée.

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Sa carrière en arts plastiques commence en 2006, où elle a commencé à enseigner l’art plastique dans une école privée qui se situe à Vacoas. « Au fil du temps, il m’a fallu avoir des bagages sur mon CV, ce que je n’avais pas », dit-elle. Prisca Ramsawmy a alors dû laisser la porte entrouverte pour se basculer dans un autre domaine. Bouger entre le secrétariat, puis travailler dans une agence de publicité comme production et média, et puis son dernier boulot remonte en Australie comme sexologue.

Qu’est-ce qui a changé ? Prisca Ramsawmy a dû retourner vers ses racines, donc vers l’art et la création, par la force des choses. Elle a eu un burn-out, de l’anxiété, «  cela m’a complètement changé mon état esprit » confie-t-elle. Le macramé a alors pris une place essentielle dans sa vie. Le macramé a été pour elle comme une psy, un traitement, une confidente. « Je relate tous mes émotions avec les couler des fils », souligne-t-elle. Son travail prend forme selon son état d’âme, et certaines réalisations durent un jour, parfois trois, selon la grosseur de la toile. C’est dans ces moments que son originalité s’affirme elle toujours avec son chapeau, lance-t-elle avec un air amusant.

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« J’ai choisi le macramé parce qu’après beaucoup de recherches, j’ai vu que le macramé est le chemin, l’art à explorer à Maurice, car il y a une certaine originalité mais je vais être honnête avec vous, à Maurice les artistes sont moins reconnus pour leur talent artistique, leur création, leur effort, parmi tant d’autres métiers qui englobent l’art et la création ,c’est très dommage, partage Prisca. Il y en a des Mauriciens très doués dans ce qu’ils font. Les artistes ne sont pas vraiment reconnus pour ce qu’ils font. Il n’y a pas suffisamment de support pour cela  et c’est difficile et décourageant quand on n’est pas soutenu. Prisca nous partage ses craintes « Sa fer trwa mwa depi mo’nn koumans fer mo bann tablo. Mo pa ankor kapav ekspoze, parski li kouté pou mwa pou investi dan enn plas pou montre mo bann travay. Tou sa-la kout bien ser. Tou kitsoz dan mo travay bizin enn l’invesstisman. Li rest kanmem difisil, surtou kan mo pa finn fer gran profi lor bann tablo ki mo’nn fek vann. »

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On sent chez elle une passion sincère, une manière de travailler qui relève presque de l’expressionnisme, où la matière porte directement a ce qui donne à ses pièces une signature personnelle. Pour comprendre comment elle travaille le thème de ses tableaux, il faut remonter à ce qu’elle a vécu. Elle a vécu dans plusieurs îles ; les Seychelles, inspirer  pour les coquillages, que l’on retrouve d’ailleurs sur presque tous ses tableaux ; l’île Rodrigues, pour le côté touche africaine, leur culture et les couleurs de l’île ; et l’île Maurice, qui rassemble les deux ile, avec la racine, la mer, le sable, la terre, l’espace vert et ce côté multiculturel. Raconte-t-elle, tout en jonglant entre la colle et le fil, pour confection de son tableau.

Son ambition est claire, se faire connaître, installer son nom et proposer des œuvres qui trouvent naturellement leur place dans les intérieurs comme dans les espaces professionnels. Malgré les heures consacrées à chaque tableau, elle se voit souvent contrainte de les vendre à un prix abordable pour que les clients puissent en profiter, ce qui reste parfois difficile pour elle. Elle précise que les prix sont fixés selon les dimensions du canvas, qu’il s’agisse des formats A5, A4, A3, A2, A1 ou de toiles rondes. Le temps passé sur chaque pièce et le coût du matériel pèsent beaucoup dans ce travail minutieux.

Aujourd’hui, elle souhaite toucher un public varié , les touristes en quête d’un souvenir authentique qu’il peut retourner avec dans leur pays, les hôtels et leurs lobbys, les cabinets de consultation, les chambre hôtel ou des bureaux
Prisca est aussi présent sur les réseaux sociaux « je suis sur Instagram , Facebook et tiktok ce sont les réseaux sociaux primordials qui permettent aux gens de me découvert mes tableau et avoir une visibilité de ce que je fais »

Au cœur de sa création

Prisca Ramsawmy construit ses tableaux en macramé avec une méthode très précise. Toujours vêtue de son chapeau, un accessoire qui fait partie d’elle  « j’aime bien la fashion et surtout me démarquer, et où je pars je suis toujours avec, et sera un element clef pour identiter pour mon entreprise», nous raconte-t-elle  . Ses mains dansent avec le fil, ses yeux restent fixés sur le tableau, et elle chuchote presque à sa création, comme si l’histoire commençait à se tisser sous ses doigts. Elle donne vie à son

œuvre, qu’elle a baptisé Ocean Whispers in Thread. Ses gestes tracent des courbes et des lignes, soigneusement posées et tendues. Chaque zone de couleur apparaît grâce à la pression du fil, créant des surfaces régulières ou des volumes plus denses selon l’effet recherché. Peu à peu, l’image se forme, le mouvement prend place, et l’on voit naître ce lien intime entre son état d’âme et la matière qu’elle assemble.

Le bois flotté piece maitraisse  dans son œuvre  pour garder  un cadre naturel , puis elle étale d’abord sa toile, volontairement brute, parsemée de petites éclaboussures faites à la brosse à dents, qui rappellent le grain du sable. Puis elle trace les premières lignes du motif , un coquillage stylisé, symbole récurrent dans son univers. Chaque corde est posée une à une, selon l’épaisseur, la couleur et la tension qu’elle veut donner à la forme. Elle alterne les tons ocre pour le sable, le vert pour l’algue, le jaune pour le soleil, tout en retrouvant les nuances des îles. Les courbes se dessinent lentement, guidées par son regard et ses doigts qui dictent le fil.

 

Ocean Whispers in Thread

 

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