La Financial Crimes Commission (FCC) a ouvert un nouveau chapitre dans l’opération Maradiva, Lakaz Mama, Sezon II, avec en premire ligne Sattar Hajee Abdoula, 66 ans, après une série de perquisitions menées dans ses bureaux, à Port-Louis et à Ébène, durant la semaine écoulée. Ce qui devait être au départ une investigation centrée sur le controversé contrat Air Mauritius–Grant Thornton semble désormais s’étendre à un ensemble beaucoup plus large d’opérations financières et de décisions stratégiques impliquant l’ancien administrateur d’Air Mauritius et ex-Chairman de SBM Holdings Ltd.
L’une des premières surprises des enquêteurs concerne la présence, parmi les dossiers saisis chez Sattar Hajee Abdoula, de documents confidentiels pour le compte de la SBM. Des dossiers relatifs aux fameux Toxic Loans accordés par la banque sous l’ancien gouvernement de Mravind Jugnauth, y figuraient, alors que ces informations n’auraient jamais dû se trouver en possession d’un ancien responsable ayant été forcé d’évacuer son poste en avril.
La Financial Crimes Commission s’interroge désormais sur l’usage prévu de ces documents, leur détention pouvant constituer une violation grave des règles bancaires. Le département légal de la commission a été appelé à déterminer si ces pièces peuvent être exploitées dans le cadre de l’enquête, étant donné qu’elles ont été obtenues à la suite d’une perquisition légale, mais relèvent normalement des dispositions du secret bancaire.
Le volet SBM constitue l’un des axes prioritaires de la FCC. Parmi les dossiers qui retiennent l’attention figure une ligne de crédit d’environ Rs 1,5 milliard octroyée à une compagnie indienne opérant au Kenya, engagée dans la fourniture de denrées alimentaires et de matériaux au gouvernement kényan. L’entreprise, financièrement fragilisée par des paiements en retard, avait présenté à la SBM des documents indiquant que Nairobi lui devait plusieurs milliards. Malgré l’absence de garanties solides, la banque avait consenti au financement, dans l’espoir d’un remboursement à la réception des paiements gouvernementaux.
Un autre dossier majeur concerne une société d’investissement basée à Dubaï et active dans le secteur médical pour des prêts dépassant Rs 1,2 milliard. Au total, l’enquête sur les prêts toxiques englobe plus de Rs 7 milliards considérés à hauts risques. Ce volet s’ajoute à l’affaire impliquant l’ex-CEO de la SBM, Premchand Mungur, inculpé pour « fraud by abuse of position » concernant des prêts d’environ Rs 470 millions accordés à Dhyanavartam Ltd, gestionnaire de l’hôtel Maradiva, du clan Ramdenee/Jugnauth.
Depuis plusieurs mois, la Financial Crimes Commission travaille de concet avec la firme internationale Kroll, mandatée pour examiner les décisions prises à Air Mauritius durant la période d’administration volontaire entre avril 2020 et septembre 2021. Sattar Hajee Abdoula en était alors l’administrateur principal. Les premières informations concernent la décision d’Air Mauritius d’octroyer un contract pour Advisory Services à Grant Thornton en mars 2020, sans appel d’offres. La firme de Sattar Hajee Abdoula avait obtenu près de Rs 3,7 millions. Aucun rapport concret n’aurait été soumis, ce qui laisse penser que les services facturés n’ont jamais été réellement fournis.
Un ancien cadre d’Air Mauritius a, déjà fourni de nombreuses informations sur divers sujets en relation avec Sattar Hajee Abdoula. La Financial Crimes Commission attend désormais une copie intégrale du rapport Kroll pour croiser ces déclarations.
Les limiers s’intéressent de près à tous les contrats obtenus par Grant Thornton sous l’ancien régime. Lors d’une perquisition au siège de la firme à Ébène, des documents internes et fichiers informatiques ont été saisis pour analyse. Les enquêteurs souhaitent notamment comprendre si le montant de Rs 141 millions versé aux administrateurs Sattar Abdoula et Arvindsingh Gokhool a été payé sur le compte de la firme ou sur des comptes personnels, mais aussi l’implication de Grant Thornton dans la gestion de la Silver Bank Ltd, placée sous conservatorship en 2024.
Selon les informations rendues publiques par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, Hajee Abdoula aurait perçu plus de Rs 287 millions provenant d’institutions publiques entre 2015 et novembre 2024.
Par ailleurs, la situation médicale de Sattar Hajee Abdoula complique l’avancée des procédures. Le sexagénaire, souffrant de problèmes cardiaques et admis à la clinique Wellkin, n’a pas pu être présenté devant le tribunal de Port-Louis comme prévu. Le coffre saisi dans ses bureaux reste scellé et sous surveillance, tandis que l’inventaire des biens saisis – dont des grands crus et des stylos Montblanc – devra se faire en sa présence.
Entre les prêts toxiques, les contrats publics, les décisions controversées au sein d’Air Mauritius et les implications de Grant Thornton dans plusieurs dossiers sensibles, la Financial Crimes Commission se retrouve face à un ensemble d’enquêtes tentaculaires. Le rapport Kroll, attendu dans son intégralité, devrait sceller le sort de Sattar Hajee Abdoula et orienter les prochaines actions judiciaires. De nouvelles révélations sont attendues dans les semaines à venir.
FCC – Sezon II : Sattar Hajee Abdoula au cœur d’un vaste faisceau d’enquêtes
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