En fin de semaine, Prévention, information et lutte contre le sida (PILS) a organisé son premier Sextival. L’événement s’est déroulé dans l’enceinte de son centre, Nou Vi La, à Port-Louis. Comme son nom l’indique, la démarche s’inscrivait dans un souci pour l’Ong de signifier sa volonté « de libérer la parole et briser les tabous autour de la santé sexuelle, de la sexualité et du sexe », indique d’emblée Annette Ebsen Treebhoobun, directrice de l’Ong. Étaient présents, outre nos partenaires habituels, dont CUT, Ailes, le Collectif Arc En Ciel (CAEC), YQA (Young Queer Alliance), des acteurs qui œuvrent dans le cadre de la santé sexuelle, dont MenoWise, Lespri Sexy. « Autrement dit des interlocuteurs qui abordent la question de la santé sexuelle sans tabou et avec le souci premier de démystifier et d’éduquer », soutient Jacques Achille, directeur des communications stratégiques de PILS.
L’idée de base, résume Annette Ebsen Treebhoobun, est « de militer pour que les autorités et la société comprennent que la santé sexuelle n’est pas un sujet tabou qui doit être caché sous des couches de silences et d’interdits, comme cela est actuellement le cas, à cause d’une perception que le sexe et la santé sexuelle sont quelque chose de mal ».
Elle poursuit : « Ce n’est pas parce que, durant de longues années, personne n’a voulu prendre les devants, que nous devons perpétuer cette ignorance. La sexualité fait partie de notre quotidien à chacun : pas seulement la personne vivant avec le VIH, le travailleur sexuel, mais bien chaque homme, femme, enfant; chaque citoyen. Il est grand temps de faire tomber ces tabous. D’où la présente démarche. »
Jacques Achille explique : « Sextival est un événement que nous souhaitons répéter sur une base régulière, pourquoi pas annuellement, et dans des espaces publics. De cette façon, nous serons mieux à même de transmettre les bonnes informations au grand public. Cette année, pour jauger le response, mais surtout mieux comprendre le processus, nous avons organisé cette première édition sur une échelle moyenne, avec nos bénéficiaires principalement. »
Les tabous autour de la question du sexe, « une méconnaissance de la santé sexuelle, les violations des droits humains relativement, les abus et les manquements » sont les principaux moteurs ayant poussé PILS à organiser ce Sextival.
« Le sexe concerne tout le monde. Il n’y a rien de plus naturel au monde. Et pourtant, c’est un sujet qui met mal à l’aise : dans les conversations individuelles, familiales, religieuses, sociales ou politiques. Il n’a jamais vraiment été accepté socialement, religieusement ou politiquement », argue encore la directrice de PILS. Dans le contexte de l’éducation, la question est d’ailleurs encore trop souvent abordée sous un angle purement reproductif ou biologique, estime-t-elle. « Mais qu’en est-il du désir ? Du plaisir ? De l’épanouissement personnel ? Les citoyen(ne)s ont-ils réellement la permission de vivre une santé sexuelle équilibrée, libre et harmonieuse ? »
Pour Annette Ebsen Treebhoobun, il est clair qu’il faut se poser les bonnes questions : « Quel est l’impact psychologique des interdits, du non-dit, ou de la politique de l’autruche ? Quel est l’impact sur les individus en tant que citoyen(ne)s ? Il y a la honte et la culpabilité; la peur de parler des violences sexuelles; le rejet vécu par les personnes LGBTQ+, l’absence d’une éducation sexuelle adaptée, basée sur les standards internationaux, la criminalisation et la violence envers les travailleuses et travailleurs du sexe, le manque d’accès aux moyens de prévention en milieu carcéral… Tous ces points constituent de véritables violations des droits humains. »
Jacques Achille renchérit : « dans le contexte actuel, avec les indicateurs comme les grossesses précoces en hausse, entre autres, et les faits divers qui font écho de mal-être parmi autant les jeunes que les adultes, la santé sexuelle est une priorité. Chez PILS, nous avons déjà l’élément dans toutes nos prestations. »
Annette Ebsen Treebhoobun conclut : « Nous avons le devoir de dénoncer une réalité qui n’a plus sa place à Maurice en 2025. Et pourtant, la réponse que nous entendons trop souvent reste : “Maurice n’est pas encore prête.” Me kisann-la sa ki pa pre ? Les politiciens ? Les religieux ? Les recteurs et rectrices ? Les parents ? » Et de terminer : « Chez PILS et ses partenaires réunis aujourd’hui, nous, nous sommes prêts depuis longtemps. Entamons un dialogue libre ! À un mois de 2025, définissons ensemble une feuille de route pour 2026 afin de garantir l’acceptation et l’épanouissement de la santé sexuelle de chaque Mauricien. »
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