L’édition 2025 du Festival Kreol continue à provoquer des remous, après les nombreuses réactions ayant suivi l’annonce de sa dernière version. Conçu au départ comme un évènement international pouvant attirer les touristes, il était devenu, au fil des éditions, une fête populaire pour les Mauriciens, une plate-forme d’expression pour montrer leurs talents artistiques musicaux, gastronomiques avec quelques activités consacrées à la langue kreol et ce qu’il faut de revendication identitaire. En fonction de la situation économique de 2025, le budget du festival kréol a été réduit, sa durée écourtée – 3 jours au lieu de 10 – et l’organisation totalement chamboulée. Après avoir déclaré que dans le contexte économique difficile, il n’avait pas le cœur à investir Rs 40 millions dans un festival, le ministre du Tourisme a été contraint de faire marche arrière. Surtout quand on lui a rappelé que malgré la mauvaise situation économique du pays, le gouvernement avait trouvé les moyens pour accueillir le Président français avec faste et banquet d’État et spectacle. Et que, comme l’écrivait dans une lettre ouverte une jeune citoyenne mauricienne : « Le Festival Kréol n’est pas un concert, ni une distraction touristique. C’est un espace de mémoire et de dignité, un des rares moments où une communauté encore marquée par l’histoire peut se voir dans le miroir national. En le réduisant sans hésitation, vous envoyez un message clair et douloureux : Le pays ne considère toujours pas cette culture comme un pilier, mais comme un supplément optionnel. Un supplément dont on peut couper les ailes sans que personne ne s’en offusque. »
Face aux nombreuses protestations, il fut décidé qu’un mini festival serait organisé et que l’organisation serait financée, en partie, par le secteur hôtelier. Ce changement a été très mal pris par les centaines de Mauriciens qui avaient participé aux précédentes éditions en proposant, autour des animations et des concerts, des menus de manzé lakaz que l’on ne trouve pas sur les tables des restaurants des hôtels. Au niveau musical, ce festival était devenu un tremplin pour des artistes et groupes amateurs n’ayant pas accès aux salles de spectacles et aux concerts organisés par les professionnels de l’événementiel. C’est ce côte amateur ou artisanal du festival – mettant sous le projecteur des artistes peu connus, certains faisant leurs débuts sur scène – qui en faisait le charme.
L’organisation du festival écourtée, confiée à des « professionnels » – en fait, des proches du ministre et de tous les ministres de tous les régimes, disent les mauvaises langues – est loin de faire l’unanimité. Les critères pour sélectionner les artistes devant se produire dans les différents concerts sont, pour dire le moins, flous.
C’est ainsi que l’un des artistes les plus populaires de l’Est du pays et sa formation n’ont pas été invités à participer au concert donné dans leur région, alors que d’autres artistes venant des quatre coins de l’île étaient à l’affiche. Il paraît également que, malgré les grandes déclarations ministérielles, les droits d’auteur des artistes dont les chansons seront utilisées, ne seront pas payées puisque les formalités légales n’ont pas été remplies, comme l’exige la loi. Comme cela avait été le cas pour l’édition précédente du festival. Comme quoi l’édition 2025 du Festival Kréol inauguré en grande pompe provoque plus de mécontentements et de critiques que d’applaudissements. Pour décrire le mécontentement des artistes, voici le message que le chanteur Nitish Joganah – auteur, entre autres, de Krapo Kriyé et Dilo pou areté 9 hrs – a posté au ministre du Tourisme sur les réseaux sociaux, en fin de semaine :
« Félicitasion Missié Richard Duval pou OU festival kreol. Sapo. Mo pe fer ou koné si ou mank consey al diman ban frer dan Sesel kuma organiz Festival Kréol. Ou finn amen fristration parmi buku artis (mo pénan naryen kont bnan frer artis ki fin invité). Lancien gouvernman MSM ti invit nou pou Festival Kreol malgré nou pas ti dakor ar zot. Mé nu gouvernman 60 zéro pé guet ti kopin. Korek la. Apre vinn diman sarité pu gayn vot ! »
