Le ministre Uteem : « Nous ne voulons pas de discrimination en cas d’avis de pluies torrentielles »
Réunis cette semaine à Côte-d’Or, les représentants des Comores, de Madagascar, de Maurice et des Seychelles ont pris part à une table ronde ministérielle pour le développement de chartes de partenariat dans l’océan Indien, consacrée aux initiatives conjointes pour la justice sociale et le travail décent. A l’agenda : les effets du changement climatique, la digitalisation du monde du travail et la nécessité d’une coopération régionale renforcée.
L’occasion pour le ministre du Travail, Reza Uteem, de réitérer l’interconnexion entre climat, technologie et emploi. « Le changement climatique, la progression rapide de la technologie et le travail décent sont étroitement liés au développement de nos sociétés », dit-il. Face à des îles de plus en plus exposées aux cyclones, aux sécheresses et à la montée des eaux, ces chocs climatiques ont, selon lui, un impact direct sur l’économie et donc sur l’emploi. « Les intensités des cyclones, mais aussi le changement climatique, influencent la situation économique et donc l’emploi dans nos pays », ajoute-t-il.
C’est dans ce contexte que Reza Uteem s’est longuement attardé sur la gestion des avis de pluies torrentielles à Maurice. Il a confirmé qu’un comité technique, placé sous la présidence du secrétaire au Cabinet, Suresh Seebaluck, a déjà élaboré un projet de protocole, qui sera bientôt soumis au Conseil des ministres. « Mais rassurez-vous, au niveau du gouvernement, nous ne voulons pas de discrimination et quand il y a un avis de pluie torrentielle, si les fonctionnaires retournent chez eux, les travailleurs du secteur privé aussi devront pouvoir rentrer chez eux », rassure-t-il.
La digitalisation a constitué un autre pilier de son intervention. Tout en reconnaissant les risques liés à l’intelligence artificielle, le ministre a souligné son potentiel pour le travail décent. « La digitalisation aide à créer de nouvelles opportunités pour accéder à de nouveaux marchés, contribuant ainsi au travail décent », fait-il comprendre. À Maurice, le ministère est engagé dans la digitalisation des systèmes de gestion des données du travail et de l’emploi. « Bientôt, l’enregistrement des syndicats se fera aussi en ligne, digitalement », a-t-il annoncé, évoquant même la perspective d’une plateforme régionale commune avec les Comores, Madagascar et les Seychelles, afin de mutualiser les outils et les expertises.
Cette modernisation doit aussi servir une meilleure mise en relation entre l’offre et la demande d’emploi. Reza Uteem voit un système où, grâce à l’IA, « un demandeur d’emploi peut être connecté automatiquement à ceux qui sont en train d’embaucher », tout en renforçant les capacités de contrôle et de suivi des inspecteurs du Travail à travers des bases de données centralisées.
Au chapitre de la justice sociale, le ministre a tenu à faire état d’un principe fondamental à Maurice. « Tous les travailleurs, qu’ils soient étrangers ou mauriciens, bénéficient du même régime. » Il a insisté sur l’absence de discrimination en matière de salaires, de sécurité ou de conditions de travail. Mais il a reconnu que le véritable défi régional reste l’intégration du secteur informel. « Nous avons beaucoup de travailleurs informels qui ne bénéficient pas forcément de la couverture sociale », a-t-il déploré, appelant à une réforme pour étendre protections et droits à ces travailleurs souvent invisibles.
La question de la mobilité régionale a également été discutée. Face au vieillissement de la population active mauricienne, le recours aux travailleurs étrangers est devenu incontournable. Reza Uteem est revenu sur l’interdiction stricte des frais de recrutement imposés aux travailleurs migrants. « C’est une infraction pénale aujourd’hui pour une entreprise de demander de l’argent à un travailleur étranger pour une embauche à Maurice », prévient-il. Il a cité la présence d’environ 9 500 ressortissants malgaches à Maurice, notamment dans l’hôtellerie, tout en soulignant la mobilité inverse des Mauriciens vers les Seychelles.
Les autres intervenants ont renforcé le plaidoyer régional. Frederick Muia, directeur régional du Bureau international du Travail, a souligné l’importance de travailler ensemble sur la mobilité professionnelle et la protection des travailleurs migrants, mais aussi sur l’économie bleue, l’emploi des jeunes et l’égalité de genre.
De son côté, Lisa Simrique Singh, Coordinatrice résidente de l’ONU, a fait ressortir que la transformation technologique est « both a major opportunity as well as a challenge », appelant à investir davantage dans les compétences et des cadres réglementaires favorables à des emplois décents.
Reza Uteem sur le PRB:
« Nou p trenn enn gro boulet »
A l’issue de la cérémonie d’ouverture, interrogé sur les propos du Premier ministre, Navin Ramgoolam, a l’effet que le rapport du PRB sera publié potentiellement cette semaine, et qu’il n’y aura pas de rétroactivité, le ministre Reza Uteem répond que « le Premier ministre a aussi souligné les conditions économiques désastreuses dans lesquelles le pays se retrouve. Après un an, cependant nous avons fait beaucoup d’efforts, nous sommes notamment parvenus à stabiliser la roupie, nous aurons un taux de croissance de plus de 3,2%. Plusieurs secteurs économiques se redressent notamment le secteur touristique. »
D’autre part, Reza Uteem ajoute que le fait que beaucoup d’entreprises soient à la recherche de travailleurs étrangers « est signe que l’économie va déjà mieux. » Il a cependant insisté que «nou pe trenn enn gro boule avek 10 banane de desas ekonomik de lansien gouvernma. Malerezman, nou lame atase et nou pou bizin ekout se ki ban offisie Finans pe dir nou par rapor a sitiasion ekonomik ek sa pou impacte direkteman le PRB. Comme le Premier minis inn bien explike, apar Pravind Jugnauth et Renganaden Padayachy, personn dan Moris pa ti kone ki leta ekonomik ti été. »
Il a ajouté qu’à la veille des élections générales, il participait à une émission radio pendant laquelle, l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy « ti dir nou dan enn boum ekonomik. Mais kan noun rant dan gouverneman nou’nn trouv ke tou sa la ti ban mensonz. Et se pan nou kinn trouv sa, se ban offisie minister mem kinn montre nou ban sif-la. »

